Manifestation des salariés du "Monde" (14 avril 2008) © TF1/LCIC'est la première fois dans l'histoire du Monde que les journalistes ont posé leur stylo pour des raisons spécifiquement internes. En fin de matinée ce lundi, une centaine de personnes s'étaient rassemblées à l'extérieur du journal, principalement des journalistes du groupe et notamment ceux de Fleurus. Et sur l'immeuble du Monde, avaient été placardées de nombreuses affichettes sur lesquelles était écrit "Le Monde en grève, non aux 130 suppressions d'emploi". Alors que le journal restait absent des kiosques, le personnel du monde.fr s'est opposé à ce que le site soit alimenté par des articles de leurs confrères de la rédaction "papier". Selon les syndicats, une quinzaine de salariés de cette filiale du Monde ont cessé également le travail.
Réunis en assemblée générale, les salariés du Monde ont exigé que les suppressions d'emploi envisagées par la direction se fassent sur la base du volontariat et ont également demandé l'abandon du projet de cession des magazines. Ils ont voté une motion dans laquelle ils mandatent leurs représentants pour négocier avec la direction un nouveau plan de redressement dans ce sens. Cette motion a été votée par 251 personnes pour, 4 abstention et zéro voix contre.
Fottorino "comprend" mais reste "déterminé"
Le plan de la direction prévoit la suppression de 130 emplois à la Société éditrice du Monde (SEM), dont 85 à 90 journalistes, soit le quart de la rédaction. Pour la première fois dans l'histoire du titre, la direction a annoncé que ces suppressions de postes ne se feraient pas seulement par des départs volontaires, mais aussi par des départs contraints. Le plan prévoit également la cession d'entités "déficitaires ou non-stratégiques", totalisant 170 emplois : Fleurus Presse (presse jeunesse), les Editions de l'Etoile (société éditrice des Cahiers du Cinéma), le mensuel Danser et le réseau de librairies spécialisées en littérature religieuse La Procure.
Pour Michel Delberghe, délégué CFDT, qui s'exprimait lundi pendant l'assemblée générale "ce plan est pire que ce que l'on pouvait imaginer. Il consiste à supprimer des postes dans tous les secteurs. Des services vont être très affectés alors même que les chefs de service n'ont pas été consultés". Plusieurs salariés ont dénoncé le fait que les "sacrifices ne soient supportés que par les seuls salariés". D'autres se sont interrogés sur ses conséquences sur la qualité du Monde, alors que, selon les syndicats, le projet éditorial de la direction "tient en trois phrases" autour du constat que le "lecteur urbain s'intéresse essentiellement à l'économie, à la géopolitique et à l'environnement". Les journalistes ont reçu de nombreuses marques de solidarité : dernière en date, la Fédération internationale des journalistes a exprimé son "soutien aux journalistes français du journal Le Monde (...) dans leur combat contre la diminution des postes récemment annoncée qui décimerait sa rédaction".
A ces arguments, le président du directoire du Monde, Eric Fottorino, a répondu dans l'après-midi qu'il "comprenait l'émotion" des salariés, mais qu'il était "déterminé" à mener à bien le plan de redressement. Selon un membre de l'intersyndicale, la direction s'est toutefois dite prête à discuter des modalités de cession de plusieurs entités. Une nouvelle assemblée générale est prévue mercredi pour décider des suites à donner au mouvement, au lendemain d'un comité d'entreprise extraordinaire au cours duquel le plan de suppressions d'emplois doit être examiné.
D'après agence
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