Les journalistes en grève, l'édition de mardi du journal absente des kiosques : les salariés du Monde protestent ce lundi contre le "coup de massue" qui leur a été infligé avec l'annonce par la direction d'un plan prévoyant de nombreuses suppressions d'emploi. Selon l'historien et spécialiste du Monde, Patrick Eveno, il s'agit seulement du troisième cas de grève impliquant la rédaction depuis la création du titre en 1944. Et le premier impliquant les rédacteurs du quotidien... Ceux du site du journal se sont d'ailleurs déclarés solidaires du mouvement, de sorte que l'édition de mardi introuvable dans les kiosques le sera tout autant sur Internet.
Votée par une très large majorité de salariés, cette grève s'annonce d'ores et déjà "très dure", a averti Maurice Hadida, délégué CGT du Monde, lors d'une assemblée générale du pôle magazine du groupe. En même temps que ce mouvement, les syndicats de journalistes SNJ-CGT, SNJ, CFDT et SJ-CFTC ont appelé ce lundi la profession à un rassemblement devant le siège du journal pour soutenir la grève : selon eux, l'inquiétude des salariés du Monde "rejoint l'inquiétude de toute une profession en proie aux mêmes attaques dans tous les titres". Le personnel du Monde a aussi reçu le soutien de l'Association des journalistes d'information sociale et du Parti communiste.
La tension monte
La direction du groupe, déficitaire et lourdement endetté, a présenté en conseil de surveillance un "plan de redressement" prévoyant la suppression de 130 emplois à la SEM, à la fois par des départs volontaires et contraints, et la cession de plusieurs entités "déficitaires ou non stratégiques" (Fleurus Presse, Les Cahiers du Cinéma, Danser...). Pour la première fois dans l'histoire du titre, la direction a annoncé que les suppressions de postes ne se feraient pas seulement par des départs volontaires, mais aussi contraints. Salariés et syndicats ont jugé le plan "inacceptable en l'état", refusant notamment tout licenciement contraint, alors que la direction veut aller vite : dès ce mardi, au lendemain de la grève, elle souhaite entamer la procédure d'information-consultation sur le plan, lors d'un CE extraordinaire.
La tension est des plus vives. Déjà, au pôle magazine, les salariés se sont mis en grève jeudi soir pour protester contre le refus de la direction de publier dans les hebdomadaires du groupe (Télérama, La Vie et Courrier International) un texte dans lequel ils motivaient leur rejet du plan. Salariés et direction sont finalement parvenus à un compromis vendredi en milieu de journée. Dans les prochains numéros des trois magazines figureront des articles rédigés par des journalistes, expliquant la situation et intégrant des déclarations de l'intersyndicale.
D'après agence








