Les locaux du magazine Auto Plus © TF1-LCI"C'est une première dans l'histoire du journal et une première dans la presse automobile", selon les journalistes d'Auto Plus. Une perquisition a été menée mardi matin dans les locaux de leur magazine dans le cadre d'une affaire d'espionnage industriel, a indiqué une source proche du dossier. Une dizaine de policiers accompagnés d'une juge d'instruction ont investi les locaux mardi matin.
Un journaliste de l'hedomadaire automobile a été placé en garde à vue. "On ne sait pas ce qu'on lui reproche exactement à ce stade", a déclaré le directeur de la rédaction , ajoutant que les policiers "ont saisi des ordinateurs, des disques durs ainsi que des photos". Selon la rédaction, les policiers sont arrivés dans les locaux du magazine en compagnie de leur confrère incriminé qu'ils étaient allés chercher à son domicile.
Tout est parti d'une plainte de Renault, selon une source proche du dossier. Le magazine, qui revendique 300.000 exemplaires vendus chaque semaine, aurait publié des photos de futurs modèles de voitures. Selon des journalistes de la rédaction, les photos auraient été faites par un ou plusieurs salariés du constructeur. Ce dernier veut savoir qui dans son entreprise a transmis au magazine les photos réalisées avec un téléphone portable à très bonne résolution, ont ajouté des journalistes d'Auto Plus. Selon RTL, un employé de Renault a d'ailleurs été mis en examen.
Les "shooters remplacés par les employés
La presse spécialisée publie régulièrement des enquêtes sur les modèles à venir, à différents stades de leur développement. Si, pendant longtemps, ces clichés étaient l'oeuvre de paparazzi spécialisés (les "shooters", dans l'argo du métier), qui planquaient aux abords des circuits privés des constructeurs, les mesures de sécurité sont devenues tellement draconiennes que ce genre de prises de vues sont devenues exceptionnelles, ont indiqué des journalistes d'Auto Plus. Désormais, selon eux, les prises de vues de modèles en développement sont presque toujours l'oeuvre d'employés des constructeurs ou de sous-traitants. Selon des journalistes d'Auto Plus, la direction de Renault chercherait, en déposant cette plainte, d'une part à démasquer le ou les auteurs des photos et d'autre part à faire pression sur les autres pour les dissuader d'en faire autant.
Le Syndicat des journalistes Force ouvrière a protesté solennellement "contre cette intrusion et cette interpellation", soulignant que la loi sur la protection des sources n'autorise la justice à rechercher l'origine d'une information de presse "qu'en cas d'impératif prépondérant d'intérêt public". "Les intérêts commerciaux de Renault ne nous paraissent pas relever de l'intérêt public, la liberté d'informer et d'être informé, si", déclare-t-il dans un communiqué. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a pour sa part jugé "intolérable que les journalistes soient traités comme des criminels alors qu'ils exercent simplement leur profession d'informer".
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