Lagarde ménage la chèvre et le chou

Par D.H. (avec agence), le 16 juillet 2008 à 12h17 , mis à jour le 16 juillet 2008 à 21h42

Au lendemain de la perquisition chez Auto Plus sur plainte de Renault, la ministre de l'Economie a estimé mercredi qu'il fallait à la fois protéger les inventions et la liberté d'informer.

Christine LagardeChristine Lagarde, la ministre de l'Economie, à l'issue d'une rencontre avec le dirigeant de Total, le 9 juin 2008 © TF1/LCI

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La perquisition chez Auto Plus fait scandale

Inventions et information, l'équilibre est délicat. Du coup, interrogée mercredi sur la procédure pour espionnage industriel à l'encontre du magazine Auto Plus, Christine Lagarde a donné des gages aux deux : à Renault et à Auto Plus. La ministre de l'Economie a estimé, sur RMC et BFM-TV, qu'il fallait à la fois être "très ferme sur la protection des inventions" et respecter "la liberté d'information".
 
D'un côté, la ministre a souligné qu'elle menait "une action déterminée" sur "le principe de la protection des inventions, des brevets, des marques, des dessins et modèles", parce que "c'est un des secteurs dans lesquels la France dispose vraiment d'un atout plus". De l'autre, "la liberté d'information, la liberté de la presse sont des piliers sacrés", a-t-elle affirmé, ajoutant que "chaque fois qu'une action s'exerce à l'encontre de ces deux principes, il faut aussi être extrêmement attentifs".
 
"On navigue entre ces deux impératifs"
 
Selon Christine Lagarde, "le capital intellectuel généré par toutes les entreprises de France et qui permet le dépôt de marques, de brevets, d'inventions et leur protection, cela relève de l'intérêt collectif". Et "l'économie française repose notamment sur la capacité d'innover, d'inventer, de toutes les entreprises et de tous les salariés qui y participent". "Donc on navigue entre ces deux impératifs et j'espère que toute la procédure en cours permettra, un de faire la lumière et deux, de respecter ces deux principes", a-t-elle poursuivi, en précisant qu'elle ne voulait pas "commenter" cette procédure.

La ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, s'est pour sa part dite mercredi "mal à l'aise" qu'un journaliste soit en garde à vue, estimant qu'il est "urgent" que le projet de loi sur la protection des sources soit discuté au Sénat. "Le texte du gouvernement prévoit qu'il ne pourra être porté atteinte au secret des sources que si la gravité particulière du crime ou du délit en cause rend cette atteinte strictement nécessaire", rappelle-t-elle, précisant que les perquisitions ne pourront être effectuées que par un magistrat.

Le PS, par la voix des deux députés Aurélie Filippetti et Michel Françaix, a apporté son  "soutien plein et entier" au journaliste d'Auto Plus, tout  en critiquant le récent projet de loi du gouvernement sur la protection des  sources, qui doit encore être votée au Sénat.
 
Un salarié de Renault mis en examen
 
La rédaction du magazine automobile Auto Plus a été perquisitionnée mardi alors qu'un de ses journalistes avait été placé en garde à vue, à la suite d'une plainte déposée par Renault pour "espionnage industriel" (lire notre article). Une perquisition qui a vivement fait réagir les syndicats de journalistes estimant que la protection des sources journalistiques avait été "bafoué" par cette perquisition. L'hebdomadaire aurait publié les photos de futurs modèles de la marque, très en amont de leur sortie officielle. La dizaine de policiers, accompagnée d'un juge d'instruction, a saisi mardi des disques durs et des photos dans les locaux de la rédaction.
 
Un employé de Renault a en outre été mis en examen la semaine dernière, après enquête interne. Des journalistes d'Auto Plus ont affirmé mardi que les photos publiées avaient été prises par un ou des salariés de Renault. Selon RTL, le salarié a été placé sous contrôle judiciaire vendredi par un juge d'instruction de Versailles, étant soupçonné d'être l'informateur d'Auto Plus. On ne connaît en revanche pas encore les chefs de mise en examen. Selon une source judiciaire, ce salarié travaille au technocentre, qui élabore les modèles automobiles.

Renault a porté plainte contre X afin de "protéger" ses secrets industriels et sa propriété intellectuelle et non "d'attaquer un magazine", a justifié mercredi Christian Husson, directeur juridique du groupe.

Par D.H. (avec agence) le 16 juillet 2008 à 12:17
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