© AFP/F.FIFECinq jours après l'arrestation controversée de l'ancien directeur de publication de Libération, la polémique continue de faire rage. Mardi matin, l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a donc volé au secours de la magistrate qui "n'avait d'autres solutions" que de demander aux policiers d'aller chercher Vittorio de Fillipis, au petit matin à son domicile, vendredi dernier. Le syndicat dit avoir "pris connaissance avec regret de la mise en cause, sur la base de déclarations non contradictoires et pour partie infondées", de la juge Muriel Josié, qui instruit une plainte contre Vittorio de Filippis, mis en examen pour diffamation publique envers Xavier Niel, fondateur du fournisseur d'accès internet Free.
"Conformément aux dispositions du Code de procédure pénale et pour ne pas commettre un déni de justice, la juge d'instruction, face aux refus de la personne mise en cause de répondre à ses convocations, n'avait d'autre solution que de décerner un mandat d'amener", affirme mardi l'USM dans un communiqué. Vittorio de Filippis dit avoir été menotté, insulté devant l'un de ses fils par les policiers et avoir fait l'objet de deux fouilles à corps. Cependant, souligne l'USM, le mandat d'amener ne détermine pas avec précision "ses conditions d'exécution" qui sont "laissées à l'initiative des services interpellateurs".
"Dépassement de bornes"
Nicolas Sarkozy avait assuré, lundi, comprendre "l'émoi" suscité par l'interpellation controversée de l'ancien directeur de la publication de Libération, et annoncé une réflexion sur "une procédure pénale plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes". En réagissant ainsi, le chef de l'Etat s'est clairement démarqué de ses deux ministres, Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati, qui ont pris la défense de leurs troupes en déclarant que policiers et magistrats n'avaient pas failli.
Mardi matin, sur RTL, le président du Mouvement Démocrate (MoDem) François Bayrou a qualifié de "dérapage" l'arrestation de Vittorio de Filippis, estimant que le pouvoir en place a créé "un climat propice à ce genre de dépassement des bornes". "Je trouve que c'est un dérapage qui prend désormais l'allure d'une habitude", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il souhaitait que Nicolas Sarkozy désavoue "de manière explicite" ses deux ministres.
Le patron des députés UMP, Jean-François Copé, allant dans le même sens que le chef de l'Etat, a estimé mardi sur RMC que "les conditions d'interpellation, voire de garde à vue doivent être réexaminées", mettant notamment en cause "certains des moyens utilisés" dans le cas de Vittorio de Filippis : "les menottes devant les enfants", "la fouille au corps". "L'idée de dépénaliser la diffamation me paraît maintenant être vraiment à l'ordre du jour, j'y suis favorable", a par ailleurs affirmé Jean-François Copé, jugeant qu'il faut avoir "un vrai débat" sur ce sujet.
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