Une scène de "Home" de Yann Arthus-Bertrand © DRIl y a eu un effet "Home" aux européennes. C'est en tout cas ce qu'en pense le réalisateur du documentaire écologiste qui a cartonné à la télévision vendredi dernier. "Qu'on ait favorisé la donne, certainement. Maintenant, c'est une date choisie il y a deux ans, le 5 juin", qui est la journée mondiale de l'environnement, a ajouté Yann Arthus-Bertrand sur France Info. Cette date de diffusion avait donc été choisie avant que ne soit décidée la date des Européennes, a-t-il noté. "Home" est sorti libre de droits dans 126 pays : sur écrans géants, à la télévision (plus d'une centaine de chaînes), sur internet en haute définition en quatre langues au moins (YouTube et Google), en DVD et au cinéma.
"J'ai été épaté par le score" d'audience réalisé par ce documentaire, soit 33% de part d'audience en France et 8,3 millions de téléspectateurs, a dit Yann Arthus-Bertrand. "Cela veut dire, selon lui, que les gens se passionnent pour l'environnement et s'ils se passionnent ils vont voter pour des partis qui s'occupent d'environnement. Que tous les partis s'y mettent un peu plus et ils auront plus de voix".
Le Pen : "Je ne suis pas dupe de la manipulation"
L'importante diffusion du documentaire vendredi avant le scrutin a été dénoncé dimanche par des dirigeants politiques qui ont estimé qu'elle a contribué au succès d'Europe Ecologie. Alors, parmi les ténors un peu "verts", il y a notamment Jean-Marie Le Pen. Sur France 2 dimanche soir, le leader du FN a souligné "le caractère extravagant, scandaleux de l'émission du film 'Home', film climatiste fait pour soutenir la candidature de M. Bové et de M. Cohn-Bendit"."Je tiens à dire que je ne suis pas dupe de la manipulation qui a consisté il y a deux jours à faire passer à une très grande échelle le film de M. Arthus Bertrand. Je pense que tout cela était réfléchi, précisément prévu pour pousser Europe Ecologie", a renchéri sa fille Marine, vice-présidente du parti d'extrême-droite. Plus mesurée, l'ex-ministre de l'Environnement Corinne Lepage (MoDem), présidente de la formation écologiste Cap21 a évoqué une possible "arrière pensée" dans la programmation. "Mais je ne pense pas que cela soit uniquement pour cela que les électeurs se sont prononcés".
Sur France 2, la journaliste Elise Lucet a, elle aussi, rappelé que Home a été diffusé en même temps dans 134 pays à l'occasion de la journée internationale de l'environnement. Une date fixée avant celle des européennes. "C'est un film de prise de conscience", a déclaré pour sa part le ministre du Budget Eric Woerth, qui a rendu hommage au "très bon" score Europe Ecologie et à son leader: "Marier le mot Europe et Ecologie, c'est deux espoirs fondamentaux. Les convictions européennes de M. Cohn-Bendit ne sont pas à remettre en cause. Il suffit de voir comment il a fonctionné au Parlement européen". Et de rappeler que c'est l'UMP qui avait le Grenelle de l'Environnement.
Hamon : "Il ne faut pas chercher de mauvaises excuses"
Reconnaissant qu'elle avait diffusé le documentaire lors de son dernier meeting à Monthléry, Nathalie Kosciusko-Morizet a rejeté les accusations de manipulation ce sujet. "J'ai beaucoup d'amis dans les partis Verts. Je ne crois pas que ce soit dans les partis spécialisés que l'on peut changer les choses. Je pense que c'est plutôt en écologisant les grands partis qu'on peut porter des politiques plus fortes, comme on l'a fait avec le Grenelle de l'environnement", a déclaré la secrétaire d'Etat chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique. "Ce n'est pas ça qui a fait perdre le MoDem". Sur LCI Radio, Benoît Hamon a lui aussi réfuté la polémique : "il ne faut pas chercher de mauvaises excuses", a dit le porte-parole du PS.
Du côté des Verts, si on reconnait un "vrai coup de pouce" avec la diffusion de Home mais on souligne le rôle crucial joué par Daniel Cohn-Bendit. "Dany a été une super locomotive. Sans lui, le résultat aurait été incontestablement inférieur", assure l'ex-Greenpeace Yannick Jadot, candidat dans l'Ouest. Dès l'automne, "on était déjà sur la transformation écologique de l'économie, on n'a jamais dérogé à ça, ça paye!", juge-t-il. Pour les Français, "les écologistes ont toujours été perçus comme des Européens, Cohn-Bendit en est l'incarnation et avec Eva Joly, ça a été un couple porteur", affirme Stéphane Rozès (société de conseil CAP) pour qui l'altercation entre Cohn-Bendit et Bayrou jeudi a profité à l'ex-leader de Mai 68.
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