France Soir : le directeur part, les salariés craignent le "trash"

Par TF1 News (avec agence), le 19 août 2010 à 15h57 , mis à jour le 19 août 2010 à 16h21

Le licenciement de Christian de Villeneuve, artisan de la reprise récente des ventes du quotidien, fait craindre aux salariés le lancement d'une énième formule façon tabloïds anglais.

Une page du nouveau France soirUne page du nouveau France soir © DR

Engagée la semaine dernière, la procédure de licenciement de Christian de Villeneuve, directeur de France Soir, est actée. Selon le comité d'entreprise, il sera remplacé dès mardi par Rémy Dessarts, 54 ans, directeur général de l'Equipe de 2008 à 2009. Une décision qui rend amers les salariés du quotidien. D'abord parce que l'ancien directeur de rédaction du Journal du Dimanche et du Parisien se voit reprocher de ne pas avoir atteint ses objectifs de vente alors qu'elles ont quadruplé par rapport à 2009. Le PDG du quotidien, Alexandre Pugatchev visait 150.000 exemplaires d'ici fin 2010 et 200.000 d'ici fin 2011. A partir d'une diffusion de 20.800 exemplaires en 2009, Villeneuve les a hissées à 105.180 exemplaires en mars, puis à 86.715 en avril et 82.759 en mai, selon les chiffres de l'OJD, grâce à une formule axée principalement sur l'information.

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Mais la rédaction redoute surtout l'arrivée du remplaçant de Christian de Villeneuve. Rémy Dessarts, journaliste, diplômé de l'Ecole européenne des affaires, qui a occupé des fonctions de direction à VSD, Hachette Filipacchi et M6, a également travaillé sur un projet de tabloïd sur le modèle du journal populaire allemand Bild. Le titre devait notamment traiter des célébrités "sur un ton très libre", mais l'idée a finalement été abandonnée en 2007. "Avant, c'était un miracle quand on arrivait à sortir un numéro. Avec Villeneuve, nous avons eu une ligne éditoriale qui tient à peu près la route. Là, on se retrouve à nouveau démotivés et il y a des interrogations sur la ligne éditoriale", résume Stéphane Paturey, secrétaire du comité d'entreprise de France Soir. "L'appel enchanteur d'un Bild à la française n'offrira aucun avenir à ce titre qui a trop longtemps souffert de remaniements", ont prévenu cette semaine les syndicats. 
 

Des objectifs de vente jugés irréalistes par les syndicats
 
Selon les syndicats, la direction refuse pour l'heure de communiquer en interne. Ils comptent en savoir plus en début de semaine prochaine, lors d'une rencontre avec Alexandre Pugatchev. Ils l'interrogeront sur les raisons du licenciement de Christian de Villeneuve, la ligne éditoriale et les objectifs de ventes du quotidien. "200.000 exemplaires tout de suite, ce n'est pas réaliste. On ne gagne pas le lectorat comme ça, même avec des scoops", estime M. Paturey. En 2006, France Soir avait déjà testé une formule de tabloïd populaire, qui lui avait été quasi fatale : la multiplication des faits divers, de grandes photos "trash" et la réduction de la taille des articles avaient fait fuir le lectorat. De 50.000 exemplaires en 2005, les ventes étaient tombées à 27.000 en 2006, puis à 21.000 en 2007.
 
Créé en 1944, le journal longtemps dirigé par Pierre Lazareff comptait dans les années 1960 quelque 400 journalistes (93 actuellement), dont des signatures prestigieuses comme Joseph Kessel, Henri Amouroux et Philippe Labro. Il pulvérise les ventes en novembre 1970, avec plus de 2,2 millions d'exemplaires pour la mort du Général de Gaulle. A partir de la fin des années 1970, les ventes s'érodent et, en 1999, le titre est vendu pour un franc symbolique à Georges Ghosn, ancien patron de La Tribune et du Nouvel Economiste. Celui-ci vend à son tour la totalité de ses parts au groupe italien Poligrafici en décembre 2000, puis France Soir passe de main en main.

Par TF1 News (avec agence) le 19 août 2010 à 15:57
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