© TF1/LCI"Il n'est pas envisageable qu'il y ait deux poids, deux mesures. On ne peut pas protéger les salariés dans certains endroits et pas dans d'autres". Le ministre de la Santé, qui était l'invité du journal de LCI à 18h lundi, a refusé tout délai supplémentaire réclamé par les buralistes pour mettre en oeuvre la nouvelle réglementation sur le tabac. Ces derniers défilaient ce lundi partout en France pour obtenir du gouvernement un report de cinq ans de la date d'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer dans les bars-tabac, prévue le 1er janvier 2008. Xavier Bertrand a expliqué son refus par le fait qu'il était alors impossible de "protéger les salariés du tabagisme passif" si l'on confère aux bars un délai supplémentaire. Et le ministre de rappeler les chiffres : "66.000 décès par an dus au tabac, 6000 dus au tabagisme passifs" (Voir l'interview intégrale de Xavier Bertrand).
15.000 à 20.000 buralistes (sur 31.000 en France) ont manifesté dans 82 départements pour obtenir ce report, selon René le Pape, le président de la Confédération des débitants de tabac. Invité de LCI lundi soir, il a estimé que la solution préconisée par le député UMP Thierry Mariani de s'inspirer du modèle espagnol en laissant les tabacs décider s'ils sont des espaces fumeurs ou non fumeurs était une "solution de bon sens" car elle "laisse quelques espaces de libertés".
Aides de l'Etat
Les buralistes, qui devaient rencontrer 300 députés lundi, souhaitent également inciter le gouvernement à ouvrir les négociations pour la poursuite du "contrat d'avenir", un plan d'aide comprenant une enveloppe financière et un gel fiscal, signé en 2003 et qui prend fin en décembre 2007. "On nous a promis d'engager les négociations sur le futur contrat d'avenir, mais je ne vois rien venir. J'attends de me mettre réellement à la table des négociations", a dit René Le Pape, qui espère une signature du nouveau contrat avant la fin de l'année.
Grâce à ce contrat d'avenir, les buralistes ont perçu entre 150 et 160 millions d'euros d'aides chaque année depuis 2003 et vu leurs revenus provenant de la vente de tabac progresser de 19% entre 2002 et 2005. En 2006, les buralistes devraient encore percevoir une aide autour de 150 millions d'euros. Les négociations devraient notamment s'articuler autour d'une aide supplémentaire pour les bars-tabac situés aux frontières, un aide au départ pour les propriétaires retraités qui n'arrivent pas à trouver un repreneur et une augmentation du taux la rémunération sur la vente de tabac à 7% contre 6% actuellement.
1500 bureaux de tabac ont fermé
Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé le 8 octobre l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics à partir de février 2007, avec un délai jusqu'au 1er janvier 2008 dans les bar-tabacs, restaurants et discothèques, le temps pour eux de créer des "fumoirs strictement réglementés". Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et président de l'UMP, a défendu une certaine souplesse dans l'application de cette disposition, et des "adaptations géographiques".
Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a répondu qu'il n'y aurait "pas deux poids, deux mesures", car "nous ne pouvons pas avoir une protection des salariés qui serait à la carte". Les 31.000 buralistes, dont 65% tiennent également des bars, craignent de perdre entre 25% et 30% de chiffre d'affaires, notamment sur les ventes de boissons, si l'interdiction s'applique. Déjà depuis 2003, les ventes de tabac ont chuté de 32% en raison de l'augmentation des prix des cigarettes de 45% et de l'explosion des ventes transfrontalières. Au total, 1.500 bureaux de tabac, principalement frontaliers, ont fermé.
76% de Français favorables à l'interdiction dans les lieux publics |
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