
"J'essaie de faire passer l'école avant le travail." Alexis, 17 ans, élève en Terminale à Lille, n'oublie pas qu'il est avant tout un lycéen qui veut décrocher son bac. Mais c'est dur. Comme lui, beaucoup de jeunes jonglent entre les cours et un travail à temps partiel. "C'est un phénomène inquiétant, et qui progresse à vue d'œil. Beaucoup de lycéens travaillent pour des nécessités vitales, pas seulement pour se payer un scooter ou des vacances", explique Cindy Leoni, responsable de la FIDL, un syndicat lycéen.
Yannick est en Terminale Sciences des technologies de laboratoire à Hyères, dans le Var. A 18 ans, ce lycéen doit composer avec un emploi du temps surchargé. En plus de ses 37 heures de cours hebdomadaires, Yannick a trois emplois qui l'occupent une vingtaine d'heures par semaine. "Le mardi soir, je garde des enfants. Le mercredi après-midi, je donne des formations de secourisme. Et le week-end, je fais des extras dans la restauration", énumère le lycéen. "C'est un cercle vicieux, explique le jeune homme. Je fais mes devoirs le soir quand les enfants que je garde sont couchés, donc le matin, je suis crevé en cours". Comme Yannick, ils seraient de plus en plus nombreux à devoir travailler pour vivre. "Ma famille gagne juste un peu trop d'argent pour que j'aie une bourse. Mais moi, j'ai besoin de ces 500€ pour vivre."
"Est-ce vraiment indispensable ?"
Si le baby-sitting reste encore le "petit boulot" le plus répandu, les lycéens sont aussi nombreux à remplir les rayons des supermarchés, ou à cuire les hamburgers dans les fast-foods. "Le plus problématique, c'est que l'on estime à 75.000 le nombre de lycéens qui travaillent sans être déclarés", déplore Maud Briset, secrétaire générale de l'UNL.
Dans les établissements scolaires, les personnels disent être conscients de cette réalité, même si le sujet est encore tabou. "On en a parlé lors de la réunion de rentrée, se souvient le proviseur adjoint d'un lycée du Val-de-Marne. Nous avons demandé aux élèves : "On sait que beaucoup d'entre vous travaillent, mais est-ce vraiment indispensable ?" La seule chose que nous puissions faire, c'est d'en parler."
"Les élèves ont honte"
Mais le plus souvent, les lycéens rechignent à évoquer leur situation avec les professeurs ou les assistantes sociales. "Les élèves ont honte. Ils se renferment dans une bulle de folles excuses plutôt que de dire qu'ils font des ménages ou qu'ils travaillent à Mac Do pour vivre", explique Cindy Leoni. Les syndicats dénoncent le manque d'assistantes sociales dans les établissements pour tenter de trouver des solutions alternatives.
Pour Yannick, le bac, c'est dans six mois. Un objectif qu'il ne perd pas de vue, malgré son emploi du temps surchargé. "Vus mes résultats du premier trimestre, ce n'est pas gagné" sourit le lycéen. Seul motif de satisfaction : il ne travaillera pas pendant les vacances de Noël. "Au moins, je vais pouvoir réviser", conclut le jeune homme, un rien désabusé.
Que dit la loi? |
Le travail est autorisé à partir de 16 ans, dans certains cas dès 14 ans, lorsque le jeune effectue des "travaux légers", pendant les vacances scolaires notamment. Les mineurs ne peuvent travailler plus de 35 heures, et doivent bénéficier de 12 heures de repos consécutives. La durée journalière de travail ne peut excéder 8 heures. |
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