Néné et sa fille © TF1-LCILa vue sur le Palais Brongniard est imprenable. La moquette est épaisse, les plafonds hauts, les pièces spacieuses, l'ensemble relativement chaleureux. L'immeuble du 24, rue de la Banque, à deux pas de la Bourse, dans le IIe arrondissement, à Paris, est plutôt cossu. Pourtant, l'adresse n'est pas celle d'un hôtel grand luxe mais celle d'un squat. Le bâtiment de 1000 m2 est celui d'une ancienne succursale du CIC, vide depuis trois ans, réquisitionné depuis une semaine par trois associations : l'association culturelle et artistique Macaq, à l'origine de cette initiative avec Droit au logement (DAL) et le collectif Jeudi Noir contre le mal-logement.
Une quarantaine de personnes vivent à l'intérieur, dispatchées sur les six étages. L'ambiance est celle d'un "vrai" immeuble avec des portes qui claquent, des effluves de nourriture qui embaument l'air, des gamins qui jouent dans l'escalier, des dames qui commentent la météo dans le hall... A chaque palier son atmosphère. Le premier est celui du "ministère de la Crise du logement" inauguré lundi par les trois associations. "Le but d'une telle action est de placer ce dossier au cœur du débat" avant les élections, explique Julien Bouchet, le fondateur de Macaq, le collectif à l'origine de la réquisition. Dans la grand pièce empreinte d'odeurs de café et de peintures, ça s'affaire : aménager l'espace, donner un dernier coup de pinceau aux banderoles, répondre aux sollicitations des journalistes...
L'heure des grandes capitales
Au deuxième, place aux artistes. Le palier embaume l'encens. La décoration est de bric et de broc. Ici des toiles, là des chaises, une lampe... Ils sont cinq à squatter avec comme point commun, un parcours chaotique. Dans son bureau qui lui sert de chambre, "Olive", 38 ans aménage sa pièce sur fond de Rage Against de Machine. Ancien jongleur et ingénieur du son, il a du mettre un terme à sa passion pour raisons médicales. C'était il y a trois ans, depuis il n'a plus rien, depuis il squatte à gauche, à droite. Les autres paliers sont réservés aux travailleurs précaires et aux familles sans logement. Elles sont huit avec une vingtaine d'enfants. Dans une salle de réunion, une maman en boubou traditionnelle prépare un plat de semoule. Autour d'elle, ses enfants, deux petits garçons, trois filles, la petite dernière profondément endormie sur un matelas. Sur le mur, des cadrans donnent l'heure des grandes capitales européennes, vestige de l'ère "financière" du bâtiment.
Dans le bureau d'à côté, une pièce à l'élégante moquette beige, il y a Néné, 26 ans, Malienne et mère de deux enfants. Le plus jeune dans ses bras, elle explique avoir été expulsée en septembre dernier d'un appartement qu'elle avait décroché après des années d'errance chez des amis pour un "faux bail". L'appartement lui avait été sous-loué par un locateur mauvais payeur. Voilà trois ans qu'elle demande un logement social. Avec un salaire de 600 euros, elle ne peut pas trouver ailleurs, dit-elle. "Avec cette réquisition, on veut interpeller le gouvernement sur cette situation du mal-logement. On veut ainsi aussi montrer que ce fait de société touche tout le monde", martèle Julien Bouchet. Qu'ils soient travailleurs précaires, artistes sans le sous ou familles avec ribambelle d'enfants, cette petite communauté hétéroclite de ces sans-logis répète à qui veut l'entendre qu'elle ne partira pas de cette ancienne banque avant d'avoir touché le jackpot, une solution concrète de relogement.
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