Suicides en série chez Renault à Guyancourt

Par B. M., le 20 février 2007 à 17h37 , mis à jour le 20 février 2007 à 21h24

Le parquet a ouvert mardi une enquête pour rechercher d'éventuelles infractions, comme le harcèlement moral, après un 3e suicide en 3 mois chez Renault.

Technocentre Renault à GuyancourtTechnocentre Renault à Guyancourt © Jean Descombels

"Au vu du mot qu'il a laissé et pour faire la transparence totale sur cette affaire, le parquet a diligenté une enquête pénale pour vérifier les conditions de travail de ce monsieur." Le parquet de Versailles a décidé d'ouvrir mardi une enquête préliminaire après le suicide d'un employé du Technocentre Renault à Guyancourt, dans les Yvelines, qui avait expliqué dans un courrier son geste par ses difficultés au travail. L'enquête pénale n'a pas pour but de donner les circonstances du décès qui sont "clairement établies", puisqu'il s'agit d'un suicide, mais de rechercher d'éventuelles infractions (comme le harcèlement moral par exemple) qui pourrait être en lien avec la mort du salarié.

Le suicide en milieu de semaine dernière à son domicile de Saint-Cyr-l'Ecole de cet employé au technocentre Renault de Guyancourt de 38 ans est le troisième en trois mois. L'employé, en passe d'être nommé cadre, travaillait sur le lancement de la nouvelle Laguna, l'un des projets phares de la marque au losange. Ce décès intervient trois semaines après la marche silencieuse de salariés de ce technocentre, en hommage à deux de leurs collègues qui se sont suicidés en octobre et janvier derniers sur le site même de Guyancourt. Pour ces deux décès, le parquet de Versailles, qui travaille avec l'Inspection du travail, a souligné qu' "aucun élément ni infraction (de l'employeur, NDLR) n'avaient été retenus qui auraient pu être liés à la mort de ces deux personnes", selon une source judiciaire.

Le 20 octobre 2006, un technicien en informatique s'était jeté du cinquième étage du bâtiment principal du technocentre qui compte 12.500 salariés et un second s'est noyé le 22 janvier. Le commissariat de Guyancourt chargé de l'enquête avait conclu à des suicides.

Une "expertise indépendante"

La direction du groupe a estimé mardi que ce décès "pose beaucoup d'interrogations et renvoie chacun à sa part de responsabilité", même si ce drame "survient dans un établissement où les conditions de travail ne sont pas les plus difficiles, où le personnel se sent fortement mobilisé".

Un constat que ne partage pas la CGT Renault, qui de son côté a demandé "une expertise indépendante pour mettre en lumière l'ensemble des causes du mal vivre au Technocentre qui ont pu pousser certains salariés à commettre l'irréparable". Plusieurs syndicats s'accordent à dire que les conditions de travail se sont dégradées depuis le lancement du "Contrat 2009". Selon eux, ce plan de rigueur mis en place par Carlos Ghosn a considérablement accru la charge de travail des salariés engagés sur les principaux projets de Renault.

"Depuis deux ans, la pression sur les salariés est beaucoup plus forte", explique Pascal Bahnweg (CFDT) à LCI.fr. "La réorganisation a perturbé un certain nombre de salariés, dont la situation est souvent difficile à détecter". Marcel Sarpaux, secrétaire du Comité d'établissement et élu de la CFE-CGC, estime également qu'"il y a un vrai problème de communication, notamment dans le secteur de l'ingénierie, où les exigences sont énormes".

Observatoire du stress

Pour trouver une issue à cette spirale négative, les syndicats essaient de travailler main dans la main avec la direction de Renault. Deux plans d'action ont été mis en place depuis novembre 2006. Le premier, orchestré par le Comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT), se traduit par la mise en place d'un observatoire du stress, en collaboration avec l'Institut français d'action contre le stress. La direction de Renault a également mis en place un cabinet de gestion des crises. Cette cellule médico-psychologique offre des formations aux médecins du travail de l'entreprise.

Mais du côté syndical, l'optimisme n'est plus de mise. Pour Pascal Bahnweg (CFDT), "la pression et les exigences sont telles que malheureusement on n'est pas à l'abri d'autre suicides".

Par B. M. le 20 février 2007 à 17:37
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19 Commentaires

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  • Julien, le 23/02/2007 à 07h57

    Pourquoi se suicider alors qu'il suffit de demissionner? Comment se fait-il qu'en France les gens se comportent comme si un travail etait a vie?

  • Isabelle, le 21/02/2007 à 18h33

    Je suis vraiment desolee pour ces familles mais le stress en France???? au minimum 5 semaines de vacances sinon plus. 35 ou 40 heures de travail. les cadres qui travaillent plus gagnent plus. quand les boites ferment pour non rentabilite, pas content. quand on pousse les employes pour rester competitifs pas contents. jamais contents en France.

  • Michel, le 21/02/2007 à 18h30

    Ce n'est ni Renault ni les patrons qui sont responsables de ces suicides. La responsable, c'est la fonction de "chercheur". Etre chercheur c'est une vocation, pire que d'être curé. En recherche on ne peut pas se plaindre ou demander de l'aide au bon Dieu. On est confonté à chaque instant à sa médiocrité devant l'inconnu et si on n'est pas fait vraiment pour ça, on ne résiste pas, surtout quand on vient du cadre technique, où l'on doit exécuter et pas trouver du nouveau. Il n'y a qu'à demander au CNRS, le nombre de suicides parmi les chercheurs? Edifiant et jamais d'enquêtes. C'est presque toujours lié à un changement de responsabilité ou à un refus de promotion.

  • Dureau, le 21/02/2007 à 17h46

    Comment font les allemands qui travaillent plus que nous ? ils se suicident plus ? et les américains ? et les japonais ? et les coréens ? et les anglais , etc etc Arrêtons de nous lamenter, il y a de la pression, oui, mais c'est vrai dans beaucoup de domaine. PS : je travaille chez un constructeur auto concurrent de Renault, je connais donc bien le milieu... Quant aux patrons, ils subissent les mêmes pressions en pire.

  • Ph.LEVY, le 21/02/2007 à 17h25

    Je trouve cela vraiment honteux.De plus les ASSEDIC vous demande encore pourquoi avez vous démissioné .Il suffit de voir comment en traite les gens en 2007 pauvre FRANCE ya vraiment du boulot en voila des faits MESSIEURS LES MINISTRES,MESSIEURS LES SYNDICATS .IL faut se battre contre de tel pratique avant qu'il soit trop tard.

  • Alliot, le 21/02/2007 à 13h27

    Je viens de voir cet article, je suis très choquée, je pense a ces familles, quel malheur ! on vit dans un monde de dingue, le boulot le stress, la vie est bien dure a notre époque. nadine Aveyron

  • Anne, le 21/02/2007 à 13h21

    Burnout( Wikipedia): un syndrome d?épuisement professionnel, consécutif à l'exposition à un stress permanent et prolongé. Certaines professions sont plus à risque que d'autres, ce sont notamment les professions : * À fortes sollicitations mentales, émotionnelles et affectives * À forte responsabilité notamment vis-à-vis d'autre personnes * Où l'on cherche à atteindre des objectifs difficiles, voire impossibles * Où il existe un fort déséquilibre entre les tâches à accomplir et les moyens mis en ?uvre dans ce but * Où il existe une ambiguïté ou un conflit de rôles L'automobile n'est probablement pas le secteur industriel ou les conditions de travail ou de relations professionnelles sont les pires... Cependant: Objectifs de délais, de coûts et de performances de plus en plus tendus, avec des moyens de plus en plus réduits, forte responsabilisation de tous les salariés ( d'ou stress important et parfois conflit de rôles)... Les conditions du burn out sont réunies et pourtant, peu de sensibilisation des managers a ce risque. Il suffit d'une seule étincelle dans ces conditions

  • JP85600, le 21/02/2007 à 12h45

    Alarmant, mais helas je pense que ce n'est pas que le cas de la Régie. L'entreprise est un monde de pire en pire, il est de plus en plus difficile de résister aux chantages et harcelements de tous genres, ceci etant lié, je pense, a l'avidite de certains pour l'argent et le pouvoir. Condoléances à ces familles touchées par le malheur.

  • Pierre, le 21/02/2007 à 12h31

    Quasi ingénieur, mes profs m'ont prévenus .. l'industrie automobile c'est marche ou crève et souvent on y reste pas à vie dû au stress et autre ..

  • Valentin, le 21/02/2007 à 11h59

    "Travailler plus...",voila le résultat!! J'en connais qui sont surchargés de travail et qui ne"gagnent pas plus"et d'autres qui en cherchent désespérément.Et ça va continuer si...

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