Technocentre Renault à Guyancourt © Jean Descombels"Au vu du mot qu'il a laissé et pour faire la transparence totale sur cette affaire, le parquet a diligenté une enquête pénale pour vérifier les conditions de travail de ce monsieur." Le parquet de Versailles a décidé d'ouvrir mardi une enquête préliminaire après le suicide d'un employé du Technocentre Renault à Guyancourt, dans les Yvelines, qui avait expliqué dans un courrier son geste par ses difficultés au travail. L'enquête pénale n'a pas pour but de donner les circonstances du décès qui sont "clairement établies", puisqu'il s'agit d'un suicide, mais de rechercher d'éventuelles infractions (comme le harcèlement moral par exemple) qui pourrait être en lien avec la mort du salarié.
Le suicide en milieu de semaine dernière à son domicile de Saint-Cyr-l'Ecole de cet employé au technocentre Renault de Guyancourt de 38 ans est le troisième en trois mois. L'employé, en passe d'être nommé cadre, travaillait sur le lancement de la nouvelle Laguna, l'un des projets phares de la marque au losange. Ce décès intervient trois semaines après la marche silencieuse de salariés de ce technocentre, en hommage à deux de leurs collègues qui se sont suicidés en octobre et janvier derniers sur le site même de Guyancourt. Pour ces deux décès, le parquet de Versailles, qui travaille avec l'Inspection du travail, a souligné qu' "aucun élément ni infraction (de l'employeur, NDLR) n'avaient été retenus qui auraient pu être liés à la mort de ces deux personnes", selon une source judiciaire.
Le 20 octobre 2006, un technicien en informatique s'était jeté du cinquième étage du bâtiment principal du technocentre qui compte 12.500 salariés et un second s'est noyé le 22 janvier. Le commissariat de Guyancourt chargé de l'enquête avait conclu à des suicides.
Une "expertise indépendante"
La direction du groupe a estimé mardi que ce décès "pose beaucoup d'interrogations et renvoie chacun à sa part de responsabilité", même si ce drame "survient dans un établissement où les conditions de travail ne sont pas les plus difficiles, où le personnel se sent fortement mobilisé".
Un constat que ne partage pas la CGT Renault, qui de son côté a demandé "une expertise indépendante pour mettre en lumière l'ensemble des causes du mal vivre au Technocentre qui ont pu pousser certains salariés à commettre l'irréparable". Plusieurs syndicats s'accordent à dire que les conditions de travail se sont dégradées depuis le lancement du "Contrat 2009". Selon eux, ce plan de rigueur mis en place par Carlos Ghosn a considérablement accru la charge de travail des salariés engagés sur les principaux projets de Renault.
"Depuis deux ans, la pression sur les salariés est beaucoup plus forte", explique Pascal Bahnweg (CFDT) à LCI.fr. "La réorganisation a perturbé un certain nombre de salariés, dont la situation est souvent difficile à détecter". Marcel Sarpaux, secrétaire du Comité d'établissement et élu de la CFE-CGC, estime également qu'"il y a un vrai problème de communication, notamment dans le secteur de l'ingénierie, où les exigences sont énormes".
Observatoire du stress
Pour trouver une issue à cette spirale négative, les syndicats essaient de travailler main dans la main avec la direction de Renault. Deux plans d'action ont été mis en place depuis novembre 2006. Le premier, orchestré par le Comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT), se traduit par la mise en place d'un observatoire du stress, en collaboration avec l'Institut français d'action contre le stress. La direction de Renault a également mis en place un cabinet de gestion des crises. Cette cellule médico-psychologique offre des formations aux médecins du travail de l'entreprise.
Mais du côté syndical, l'optimisme n'est plus de mise. Pour Pascal Bahnweg (CFDT), "la pression et les exigences sont telles que malheureusement on n'est pas à l'abri d'autre suicides".
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