"On vit entre des souris et des cafards"

Par , le 08 février 2007 à 16h48 , mis à jour le 08 février 2007 à 19h42

Reportage - 200 personnes occupent depuis mercredi un gymnase de Paris pour protester contre leurs conditions d'hébergement en hôtels.

Marie-Eve, Pascaline et Bernadette, jeudi dans le gymnase/A.Ga./LCIMarie-Eve, Pascaline et Bernadette, jeudi dans le gymnase © A.Ga./LCI

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La grand-mère à la permanente violette tire la laisse de son Yorkshire lui aussi fraîchement toiletté. Entraînant avec elle un sillage d'odeur de laque, la vieille dame traverse la rue en maugréant un "Ah, c'est pas vrai !" de dégoût. Le trottoir ainsi soudainement déserté par la mamie est celui du gymnase Camou situé au 35 avenue de la Bourdonnais, dans le très chic 7e arrondissement de Paris. Depuis mercredi, la salle de sport située à deux pas de la Tour Eiffel est occupée par des familles qui protestent contre leurs conditions d'hébergement en hôtel.

"Elles vivent dans des conditions déplorables depuis des années, explique Benoîte Bureau du DAL, les prix des chambres fixés par des marchands de sommeil sont exorbitants, les hôtels sont insalubres, ces familles sont dans la plus grande urgence". Un air de déjà-vu. Sauf que contrairement aux squatteurs de Cachan, en août dernier, les 200 à 250 occupants des lieux ont tous des papiers, cartes d'identité française ou de séjour. Eux ce qu'ils veulent c'est être logés dans la dignité. Pas dans des établissements insalubres. La majorité est d'origine africaine, le reste vient du Maghreb ou des pays de l'Est.

"Des logements, pas des prisons"

Jeudi matin. Il règne un sacré brouhaha dans le gymnase. Des gamins improvisent des jeux sur le parquet ciré : chat et souris, partie de foot avec bouteilles en plastiques. L'ambiance est celle d'une cour de récré, l'endroit a une capacité de 55 personnes. Dans un coin, un monticule de sac de couchages bleus attendent la prochaine nuit, la deuxième. Assises sur des tissus colorés, les mères s'affairent à nourrir les petits ou papotent entre elles. Une immense banderole jaune accrochée au mur indique "Des logements, pas des prisons".

Allongée sous une barre de danse, Anna Maria mange des chips comme pour s'occuper. Cette Hongroise de 27 ans est arrivée en France il y a sept ans pour "fuir des problèmes politiques". Depuis, elle loge dans un hôtel de 9e arrondissement avec son mari Attila et leurs deux enfants de 4 et 5 ans. Là cuisine se prépare dans la cave de l'établissement ; les cafards tombent dans les casseroles. Loyer de la chambre : 2480 euros, la ville de Paris payant la moitié. Pour cause de sclérose en plaque, la jeune femme ne peut pas travailler. Son mari pourrait. Oui mais voilà, sans logement, pas de travail. Sans travail, pas de logement.

Les noms changent, les nationalités aussi mais l'histoire est toujours peu ou prou la même. Il est question d'hôtel miteux, de conditions de vie inhumaines et de demandes de logement en HLM restées lettre morte. Emilien, 40 ans, qui vit avec sa femme et ses deux enfants dans un hôtel du 19e arrondissement ; Pangu, 39 ans qui vit dans un établissement situé dans le 20e. Les occupants du gymnase réclament "un rendez-vous avec le ministre du Logement et le maire de Paris et le relogement immédiat en HLM ou dans des logements du parc privé loués par les collectivités ou par voie de réquisition", selon le communiqué du DAL. La réunion devait avoir lieu jeudi à 16 heures.

"Tremblez bourgeois, tremblez !" 

"On restera là le temps qu'il faut, prévient Bernadette, 27 ans, sa fille de un an dans les bras. Moi, je veux payer un loyer, dites-le bien avec vos lecteurs, on n'est pas là pour obtenir un appartement gratuitement. Cela fait des années qu'on attend un HLM..."  Pascaline, sa voisine d'hôtel, la coupe : "on a cherché dans le privé mais on a pas toutes les garanties qu'ils demandent !". Bernadette prend le relais : "Et on travaille toutes les deux !" L'autre copine Marie-Eve résume : "notre vie c'est des souris qui courent et des cafards qui tombent sur nos enfants".

Sur le pas de la porte, Monique, une retraité de 68 ans : "Je suis là parce que j'ai la rage". Elle a entendu la nouvelle de l'occupation à la radio, elle est venue tout de suite. "Ce n'est pas la première fois que nous sommes témoins d'une situation qui va s'aggraver. Mais y a pas assez de solidarité". Elle regarde les beaux immeubles haussmanniens qui font face au gymnase. "Mais comment voulez vous que les gens qui habitent là se sentent concernés. Peut être qu'ils vont leur proposer une chambre de bonne", se demande-t-elle ironique. Cette "descendante de révolutionnaire" s'exclame tout d'un coup : "Tremblez bourgeois, tremblez !" Une dame à chapeau passe en baissant les yeux.

Par Amélie Gautier le 08 février 2007 à 16:48
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11 Commentaires

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  • Annick, le 08/02/2007 à 19h28

    Et ceux qui sont - dans le meilleur des cas ! - sous les tentes ???? ils devraient aussi EXGIGER le re-logement ! quant aux loyers payés : c'est tout simplement scandaleux !ras-le-bol de toute cette victimisation ... Merci de me publier

  • Stephane, le 08/02/2007 à 18h52

    Pauvre abbé Pierre , à lire la reaction de certains il doit se retourner dans sa tombe . On voit maintenant le grand nombre d'hypocrites qui étaient presents lors de ses obseques

  • Jacqueline92, le 08/02/2007 à 18h39

    Je suis tout simplement écoeurée. Quand je vois ces jeunes couples qui travaillent et trouvent des apparts à loyers exorbitants et ne peuvent pas se le permettre et de ce fait etre obligés de loger chez leurs parents parcequ'ils n'auront jamais de logements sociaux. Je suis DEGOUTEE.

  • Jacques, le 08/02/2007 à 18h22

    S'il n'y avait pas de soi-disants "bourgeois", je me demande comment on ferait pour subvenir financièrement à leur logement transitoire. Les bourgeois contribuent largement à la manne financière de la France. Notre seul tort est d'avoir laissé s'installer toutes ces gens sans pouvoir leur donner la possibilité de subvenir à leurs propres moyens dans un pays où^la vie est de plus en plus chère pour tout le monde. Ce qui m'étonne aussi c'est cet engouement qui les pousse à rester dans Paris, alors que la majorité des français partent habiter en banlieue, voire en grande banlieue pour arriver à financer un loyer descent.

  • Zorrilla, le 08/02/2007 à 18h18

    N'attendez rien, même en période électorale. De la démagogie vous aurez. A la personne qui déclare "qu'ils aillent dans les villages" honte à elle. Même là, la précarité on s'en fout hélas.Les responsables sont ceux qui gères. Mal certes mais persistent à faire des promesses non tenues. Mon message passera t il

  • Luis, le 08/02/2007 à 18h08

    J'habite un hlm dans le 93, je travaille porte de clichy, et pour aller au boulot j'en ai pour 1 heure minimum de RER et métro.on n'a obligé personne à aller se trouver un hotel en plein milieu de Paris quand on en connait les loyers. ça va 5 minutes ce discours de l'exploitation de la misère. ils ne veulent pas non plus un loft avec terrasse et vue sur la tour eiffel tant qu'on y est? si ils veulent un logement, qu' ils fassent comme nous. ras le bol de l'assistanat soutenu par les gauchos bien pensants, faut remettre les pieds sur terre.

  • Juju, le 08/02/2007 à 17h55

    Loyer de la chambre : 2480euros!!!!!!mais ce qui m'hallucine encore plus c que la mairie de paris en paye la moitié (1240euros!!!)plus surement la caf par dessus!!! c triste pour ces gens mais il ne devrait avoir aucune aide ,aucune subvention pour payer des logements aussi insalubre. Et pourquoi pas se servir de ses aides pour ,plutot,renover des logements deçents pour les gens qui en ont besoin??? Merci de me publier.

  • Cld75, le 08/02/2007 à 17h54

    C'est qui les bourgeois qui doivent trembler ? Ceux qui paient leurs impôts et cotisations, pour financer l'assistanat, sans pouvoir attendre la moindre reconnaissance ? Ceux qui bossent pour s'en sortir vaille que vaille ? Peuvent trembler de rage, oui !

  • Rico, le 08/02/2007 à 17h51

    Une seule question ? Quand un gouvernement va construire des logements ? On est capables de dépenser des dizaines de millions d'euro pr décorer les champs pr les JO non ? Et je suis totalement contre l'attribution automatique d'appartements.On vit dans les surfaces les plus petites au monde.Une pauvre maison à St Tropez vaut autant qu'un villa aux états unis mdr! Les prix dépassent de loin la prestation et dans 10-15 ans on va avoir une crise importante car qui mettra 1m5 euros dans un 4 pièces à Paris quand on sait qu'on a une villa avc piscine pour le même prix ailleurs.La moitié des gens gagnent le SMIC en France donc ne peuvent pas trouver de logements.Ce pays me fait penser aux pays de l'est il y a 20 ans...Et le pire c'est qu'on a plus de chances d'avoir un appartement en étant clandestin ou en occupant un gymnase qu'en étant mère seule avec 1300? de salaire ce qui est trop au yeux de l'administration.Le système d'attribution d elogements est honteux dans ce pays totalement et ça aussi ça augmente les votes extrêmes. Allez je parie que ds même pas 10 jours ils sont tous un 3 pièces dans paris avec des aides etc etc j'en peux plus de cette France d'assistanat.Et comme ququn du PC ou du PS va s'en mêler ils vont encore perdre des voix !!!

  • Florent, le 08/02/2007 à 17h46

    Faudrait arrêter le délire, là!!! La collectivité n'a pas à fournir des logements à tous ceux qui décident de venir des autres Etats de l'UE, profitant que la porte est ouverte. Celui qui est libre de venir, qu'il vienne s'il en a envie, mais ensuite qu'il assume son acte.

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