Laurent Mallard, facteur dans la Creuse (20 mars 2007) © TF1/LCIPour les habitants de Royère-de-Vassivière, dans la Creuse, le cas est emblématique. Et la mobilisation, une question de principe. On parle de défense du service public, de préservation du lien social ; des avis vengeurs circulent sur internet, des pétitions tournent dans le village, la mairie et l'office de tourisme montent au créneau, et réclament, sourcilleux, des explications à La Poste. Au centre de la polémique, Laurent Mallard, facteur de son état, dont tous tracent le même portrait : consciencieux, serviable, toujours prêt à rendre service. N'hésitant pas, comme nombre de ses collègues en milieu rural, à faire de petites courses pour des personnes isolées, porter du tabac à l'un, des médicaments à l'autre... Or, c'est ce facteur modèle auquel sa hiérarchie demande aujourd'hui des explications. Et dans le village, tous redoutent qu'il soit sanctionné... pour avoir rendu service.
La mobilisation de Royère-de-Vassivière a trouvé des échos dans la presse et même à la télévision, au grand embarras de La Poste qui s'efforce aujourd'hui de dédramatiser. Il n'est nullement question de sanctions, jure-t-on ; encore moins de remise en cause du rôle social des facteurs, que La Poste affirme vouloir développer. Les premiers contacts entre les habitants et la hiérarchie du postier ayant été plutôt rugueux, et face à l'ampleur prise par l'affaire, c'est le service de presse qui réagit au niveau national. Sans convaincre apparemment les soutiens de Laurent Mallard, qui déplorent des accusations de "non-respect du règlement, de faute grave voire carrément de travail au noir" portées à son encontre. Le malheureux facteur, convoqué par sa hiérarchie, aurait subi "un "interrogatoire" de plusieurs heures avec réponse par écrit".
"Tout simplement scandaleux"
A l'origine de la polémique, une procédure a priori banale. A l'occasion d'une réorganisation de la distribution du courrier dans le secteur, Laurent Mallard reçoit la visite d'un "organisateur analyste". Ce dernier est chargé de l'accompagner pour évaluer le temps consacré à ses diverses tâches en cours de tournée, et proposer éventuellement de revoir l'itinéraire, le nombre de personnes visitées... Or, cette fameuse tournée ne se passe pas bien, la hiérarchie du facteur est prévenue... et rapidement viennent les craintes de sanctions.
Laurent Mallard, effondré, ne comprend pas. Ses collègues pas davantage. "Le cas a été évoqué en conseil municipal, fulmine Anne-Marie Reyre, maire de Royère-de-Vassivière. On doit m'envoyer bientôt le texte d'une nouvelle pétition. C'est tout simplement scandaleux". Le président de l'office de tourisme juge "malvenu qu'on veuille sanctionner quelqu'un qui rend service, qui paie de sa personne et n'en tire aucun bénéfice..." Et de détailler : "Aujourd'hui, il y a 80 cm de neige. Pour des personnes de plus de 80 ans vivant autour du village, le facteur est le seul contact qu'elles ont avec l'extérieur. C'est le facteur qui nous informe en cas de problème. Si on sanctionne ça, alors La Poste marche sur la tête".
Plus mesuré, Jacques Garat, lui-même ancien responsable de la distribution du courrier dans la région et aujourd'hui permanent à la CFDT, s'efforce de comprendre : "Je pense que l'organisateur a voulu faire du zèle". Il évoque aussi des problèmes d'ordre légal : "J'ai vu des pharmacies en zone rurale qui faisaient porter les médicaments par le facteur. Mais s'il se trompe, c'est la responsabilité de La Poste qui est engagée..."
"Ses qualités professionnelles ne sont pas remises en cause"
La Poste plaide le malentendu. "Il y a eu une incompréhension dès le départ entre le facteur et la personne en charge de l'accompagner", assure Michel Faugeras à la Direction du courrier du Limousin. "Ses qualités professionnelles ne sont pas remises en cause". Tout se résumerait à un problème de personnes ("une engueulade", suggère un autre responsable) ; quant à la demande d'explication, bien loin du blâme ou de la mise à pied redoutés par certains habitants, "elle n'est nullement liée aux services rendus".
Mais au-delà de la polémique, Michel Faugeras redoute que le quiproquo "affecte l'image même du facteur". Car si l'heure est bien au développement du rôle social du postier, "il faut cadrer les choses pour pouvoir les installer dans le temps. Et il faut que ce rôle soit intégré dans la charge de travail pour qu'il n'y ait pas des répercussions sur la distribution du courrier". A son tour, il cite l'exemple des médicaments : "j'ai toujours peur de recevoir un appel me disant : un facteur s'est trompé..." D'où les discussions entre La Poste et le syndicat national des pharmaciens, pour encadrer une pratique qui existe déjà bel et bien en milieu rural.
La Poste devra rétablir la confiance, alors qu'une manifestation est prévue le 2 avril devant son siège régional et que les lettres de soutien affluent chez Laurent Mallard. "Je vous remercie d'avoir fait preuve de gentillesse et de solidarité dans l'exercice de vos fonctions", témoigne l'une de ces missives qu'il lit aux journalistes. "Je crois qu'il est un peu militant", suggère pour sa part Guillaume Allys, témoin des remous que provoque l'affaire dans son café placé au centre du village. "C'est peut-être ce qui a énervé le contrôleur..."
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