La pharmacie à la française menacée par Bruxelles

Par Matthieu DURAND avec agence, le 21 mars 2007 à 17h29 , mis à jour le 21 mars 2007 à 18h09

La Commission européenne veut libéraliser le secteur en permettant notamment la création de chaînes de pharmacies. Une démarche lourde de conséquences, selon Pierre Leportier, président d'un syndicat de pharmaciens.

TF1/LCI : Une pharmacieUne pharmacie © TF1/LCI

La Commission européenne a engagé mercredi une procédure d'infraction contre la France sur la propriété des pharmacies. Cette "lettre de mise en demeure" est la première étape d'une procédure d'infraction pouvant aboutir à une saisine de la Cour européenne de Justice.

Dans ce document, Bruxelles s'attaque aux contraintes d'actionnariat imposées par l'Etat français aux professionnels souhaitant ouvrir une pharmacie. La France interdit notamment qu'un même titulaire puisse posséder plus d'une pharmacie et exige que le propriétaire d'une officine soit un pharmacien. Deux conditions qui empêchent la détention de pharmacies par de grands groupes de distribution.

En revanche, Paris a obtenu de la Commission que celle-ci abandonne ses griefs à l'encontre de son numerus clausus. Afin de répartir au mieux l'offre de soins dans l'Hexagone, entre villes et campagnes, banlieues et centre-ville, la France n'autorise en effet qu'une pharmacie maximum pour 2500 ou 3000 habitants, selon que la ville compte plus ou moins de 10.000 habitants.

"Service de proximité"

"L'Etat français a voulu monter un service de santé public de proximité dans lequel chaque citoyen dispose d'une pharmacie à moins de 6 minutes de chez lui", explique à LCI.fr Pierre Leportier, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPS). Ce service, poursuit-il, s'appuie sur "trois spécificités" : la répartition des officines selon le principe du numerus clausus, "le monopole des compétences sur les médicaments" et "l'exercice personnel du pharmacien, qui est propriétaire de son officine".

"Si on attaque un de ces trois points, on mettra à mal ce service de proximité", avertit Pierre Leportier. Or, selon lui, ce service va prendre de plus en plus d'importance avec le vieillissement de la population française. Par ailleurs, poursuit le président de la FSPS, l'ouverture du capital des officines va entraîner la création de "chaînes" de pharmacies qui se concentreront dans les centres-villes et les centres commerciaux. Un phénomène qui ira "à l'encontre du maillage du territoire".

Contre-attaque

Face aux menaces que représente la procédure de la Commission européenne, les pharmaciens français s'organisent. Dans le cadre d'actions de lobbying à Bruxelles via le groupement pharmaceutique européen mais aussi au niveau national : des projets de décrets permettraient notamment à chaque pharmacien de prendre des participations minoritaires dans six officines, contre deux aujourd'hui.

La question de la pharmacie "à la française" — un modèle que l'on retrouve dans 18 pays européens, notamment dans les pays latins et en Europe — sera d'ailleurs au cœur d'un grand oral que les pharmaciens feront passer mardi prochain aux candidats à l'élection présidentielle, au Théâtre du Gymnase, à Paris. François Bayrou (UDF) et Nicolas Sarkozy (UMP) seront présents tandis que Ségolène Royal (PS) se fera représenter, la présence de Jean-Marie Le Pen (FN) et Marie-George Buffet (PC) n'étant pas encore assurée.

L'automédication d'abord en pharmacie

75% des Français ne sont pas prêts à acheter des médicaments ailleurs qu'en pharmacie, selon une enquête réalisée en février pour la Mutualité Française par l'institut CSA/CECOP publiée mercredi, à l'occasion d'un colloque sur l'automédication. Près de 7 Français sur 10 portent un jugement positif sur l'automédication, qui permet aux patients l'achat de médicaments en pharmacie sans passer par leur médecin et donc sans être remboursés. A noter que 62% des Français déclarent pratiquer l'automédication souvent ou de temps à autre, contre 37% rarement ou jamais.

Par Matthieu DURAND avec agence le 21 mars 2007 à 17:29
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11 Commentaires

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  • Papi Lach, le 22/03/2007 à 11h53

    Après le passage à 22 ? des consultations généralistes, (voir votre article récent sur votre site), encore un autre scandale de la société française: la défense des privilèges des pharmaciens. Sous des prétextes divers le pouvoir politique et l'état, sous la pression des professionnels de la santé (mèdecins, pharmaciens même combat!!) justifie le monopole des pharmaciens et le numérus clausus des professions médicales, sous prétexte de mailllage du territoire, de proximité d'un pharmacien à moins de 6', etc,,, A propos, ou en est le maillage du territoire dans les campagnes pour les mèdecins généralistes et les infirmières, Echec patant de la politique du numérus clausus imposé par l'état et les professions médicales. Alors comment justifie-t-on la suppression de nombreux services « au » public? Allez vous rhabiller les ploucs, vous n'interessez personne...., surtout pas les pharmaciens et les mèdecins. Pour quelle raison, un pharmacien pourait vendre des « capotes anglaises », de la parfumerie, des produits d'hygiène féminine et j'en passe (allez voir, cela représente environ la moitié des rayons d'une pharmacie et une bonne partie du chiffre d'affaire). Pour quelle raison, il n'y aurait pas de vente de produits pharmaceutiques dans les grandes surfaces, je ne parle pas des chaînes de pharmacie. Allez voir, cela marche très bien aux USA et malgré nos coquoriquos ils ne sont pas plus mal soignés que nous. De la sorte pour la vente de médicaments génériques, le problème aurait été rapidement réglé. Le maillage du territoire, je vois! Est-ce que ce n'est pas aussi l'industrie pharmaceutique qu'il faudrait protéger? Je vous entend, a travers les profits de cette industrie il faut protéger la recherche. Je vous en prie, nos performances dans le domaine des brevets ne sont pas terribles... Vous voyez qu'un train peu en cacher un autre. A quand une nuit du 4 août pour abolir tous ces privilèges.

  • Regis, le 22/03/2007 à 11h47

    Commencent a nous gonfler serieusement des parlementaires europeens....... il privilegient les societes par rapport aux particuliers, brefs ne sont qu'un appui de plus pour l'ultra liberalisme, a se demander s'ils ne touchent pas des commissions de la part des industriels etrangers....

  • Christophe, le 22/03/2007 à 11h14

    Les restrictions d'actionariat ont aussi pour but d'empecher la création de chaine de pharmacies rapides ou d'usine à boites, ce qui est le but probable des solliciteurs de cette réforme. Pourquoi prendre comme exemple l'Angleterre, dont le service de santé au sens large évoque plus le Tiers Monde que l'Europe ? > Flo009 : si la para-pharmacie est trop chere, achetez-la en supermarché, il n'y a pas de restriction sur ces produits.

  • Jacquet, le 22/03/2007 à 10h48

    Et on s"étonne que des français votent non à l'europe!!!ils feraient mieux de s'employer à résoudre les inégalités et trouver des mesures aptes à donner du travail à tous!!!

  • Jerz, le 22/03/2007 à 10h34

    Gabriel a raison. C'est Bruxelles qui dirige notre pays!!! De plus, je ne me voit pas acheter des médicaments à un simple vendeur, la santé ne se vend pas comme un paquet de chips. A quoi servirait d'être pharmacien si n'importe qui peut vendre des médicaments.

  • Gabriel, le 22/03/2007 à 09h09

    Si ce n'est pas là de l'ingérence!Encore une fois Bruxelles se mêle à nos affaires internes,bravo à tous ceux qui ont voté "non" à la constitution et mieux encore,pourquoi à l'instar de la Grande Bretagne nous n'en sortirions pas?

  • Alex, le 22/03/2007 à 08h56

    La seule tolérance qu'on pourrait admettre c'est de refuser qu'ils se nomment phamacie, mais "vendeurs de médicaments" et qu'en gros sur l aporte on puisse lire que le personnel n'a aucune formation. Mais bon à la base je suis contre, de plus en plus je vois l'europe comme un frein. Qu'on privatise et permette la libre conccurrence, c'était normal... mais qu'on remette en cause certains fondements qui sont pour le bien du patient, pour faire plaisir aux gros groupes pharmaceutiques, pas question. Ils nous empoisonnent déja a coup d'anxyolithique, somniferes et autre, les vendeurs démarchent les médecins pour qu'en échange de "cadeaux" ils prescrivent un médicament plutot qu'un autre, c'est déja bien assez. Cette Europe c'est l'europe du fric et des actionnaires, coute que coute, le fric avant tout. Je ne pense pas que les laboratoires soient en difficulté financiere, donc cette mesure n'a pas a etre mise en place. Quant aux amendes, on est libre de les payer ou non, nous sommes peut etre endettés, mais faut voir aussi les sommes que la france a laché pour l'europe. Pourquoi est ce que l'angleterre qui a refusée la monnaie unique ne subirait pas d'astreintes alors que c'est beaucoup plus grave que nos pharmacies.

  • Vog, le 21/03/2007 à 21h55

    Ce poujadisme-là s'éteindra enfin lorsque les Français seront correctement informés, qu'ils se rendront compte à quel point ils manquent actuellement de choix et surpaient les produits d'automédication tels le paracétamol, l'aspirine, les vitamines, les sirops antitussifs etc. Un exemple: à New York une boîte de 300 comprimés de paracétamol coûte (soit env 40 centimes d'Euro les 16 dragées lisses): comparez avec ce qu'on paie en pharmacie pour une boîte de 16 gros comprimés blancs difficiles à avaler...

  • Delessert, le 21/03/2007 à 21h47

    Oui ala libération de certains produits pharmaceutique comme au USA et tous les pays anglo saxons il est inimaginable d'être obligé d'avoir une ordonnance pour obtenir des produit courant ce qui provoque de grosses dépense pour la sécurité sociale et favorise le monopole des médecin et pharmacien

  • Flo009, le 21/03/2007 à 20h22

    Les pharmacies veulent se protéger au détriment de la santé publique, car quand je vois des petites pharmacies de quartier qui doublent les prix de certains produits de para-pharmacie il y a de quoi avoir honte. Au moins le fait d'avoir des chaînes de pharmacies puisantes permettrait de réduire les coûts des produits.

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