Une pharmacie © TF1/LCILa Commission européenne a engagé mercredi une procédure d'infraction contre la France sur la propriété des pharmacies. Cette "lettre de mise en demeure" est la première étape d'une procédure d'infraction pouvant aboutir à une saisine de la Cour européenne de Justice.
Dans ce document, Bruxelles s'attaque aux contraintes d'actionnariat imposées par l'Etat français aux professionnels souhaitant ouvrir une pharmacie. La France interdit notamment qu'un même titulaire puisse posséder plus d'une pharmacie et exige que le propriétaire d'une officine soit un pharmacien. Deux conditions qui empêchent la détention de pharmacies par de grands groupes de distribution.
En revanche, Paris a obtenu de la Commission que celle-ci abandonne ses griefs à l'encontre de son numerus clausus. Afin de répartir au mieux l'offre de soins dans l'Hexagone, entre villes et campagnes, banlieues et centre-ville, la France n'autorise en effet qu'une pharmacie maximum pour 2500 ou 3000 habitants, selon que la ville compte plus ou moins de 10.000 habitants.
"Service de proximité"
"L'Etat français a voulu monter un service de santé public de proximité dans lequel chaque citoyen dispose d'une pharmacie à moins de 6 minutes de chez lui", explique à LCI.fr Pierre Leportier, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPS). Ce service, poursuit-il, s'appuie sur "trois spécificités" : la répartition des officines selon le principe du numerus clausus, "le monopole des compétences sur les médicaments" et "l'exercice personnel du pharmacien, qui est propriétaire de son officine".
"Si on attaque un de ces trois points, on mettra à mal ce service de proximité", avertit Pierre Leportier. Or, selon lui, ce service va prendre de plus en plus d'importance avec le vieillissement de la population française. Par ailleurs, poursuit le président de la FSPS, l'ouverture du capital des officines va entraîner la création de "chaînes" de pharmacies qui se concentreront dans les centres-villes et les centres commerciaux. Un phénomène qui ira "à l'encontre du maillage du territoire".
Contre-attaque
Face aux menaces que représente la procédure de la Commission européenne, les pharmaciens français s'organisent. Dans le cadre d'actions de lobbying à Bruxelles via le groupement pharmaceutique européen mais aussi au niveau national : des projets de décrets permettraient notamment à chaque pharmacien de prendre des participations minoritaires dans six officines, contre deux aujourd'hui.
La question de la pharmacie "à la française" — un modèle que l'on retrouve dans 18 pays européens, notamment dans les pays latins et en Europe — sera d'ailleurs au cœur d'un grand oral que les pharmaciens feront passer mardi prochain aux candidats à l'élection présidentielle, au Théâtre du Gymnase, à Paris. François Bayrou (UDF) et Nicolas Sarkozy (UMP) seront présents tandis que Ségolène Royal (PS) se fera représenter, la présence de Jean-Marie Le Pen (FN) et Marie-George Buffet (PC) n'étant pas encore assurée.
L'automédication d'abord en pharmacie |
75% des Français ne sont pas prêts à acheter des médicaments ailleurs qu'en pharmacie, selon une enquête réalisée en février pour la Mutualité Française par l'institut CSA/CECOP publiée mercredi, à l'occasion d'un colloque sur l'automédication. Près de 7 Français sur 10 portent un jugement positif sur l'automédication, qui permet aux patients l'achat de médicaments en pharmacie sans passer par leur médecin et donc sans être remboursés. A noter que 62% des Français déclarent pratiquer l'automédication souvent ou de temps à autre, contre 37% rarement ou jamais.
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