Le logo d'Alcan © TF1/LCILCI.fr : Avez-vous des craintes sur les possibles répercussions sociales d'une reprise d'Alcan par l'américain Alcoa ?
François Hommeril (représentant CFE-CGC chez Alcan) : Des craintes, le terme est faible car cela sous-entend qu'il y aurait une probabilité que les répercussions ne soient pas certaines. Or, en cas de rachat, l'impact social sera important et certain. Nous sommes échaudés par ce qui s'est passé quand Pechiney a été racheté par Alcan en 2003.
Ce qui est fou c'est que on va prendre deux sociétés en très bonne santé, qui dégagent des bénéfices dans un marché très favorable - et qui devrait le rester encore au moins deux ans - et qu'on va les essorer et les affaiblir. Pour acheter Alcan, Alcoa va devoir le payer plus cher que sa valeur. Pour y remédier, mais aussi pour plaire aux marchés financiers, Alcoa a d'ores et déjà annoncé un programme d'économies d'un milliard de dollars : cela ne se fera pas sans restructuration et cession d'actifs.
LCI.fr : Quelles peuvent être les conséquences en France ?
François Hommeril : Alcoa et Alcan sont les deux principaux acteurs sur le marché de l'aéronautique (coques pour avion). S'ils ne font plus qu'un, pourquoi iraient-ils se concurrencer sur ce secteur. Or, le site d'Issoire attendait de gros investissements sur une nouvelle technologie d'aluminium pour les avions, il y a peu de chances qu'ils arrivent si la fusion est effective. Pour des raisons de position dominante, la nouvelle entité pourrait être obligée de céder son activité emballage, ce qui représente à peu près 3500 personnes en France.
Par ailleurs, Alcoa n'est pas du tout tenu par les engagements qu'Alcan avait pris auprès de nous. Avoir un siège européen à Paris par exemple : soit 450 à 500 emplois. De manière plus générale, une fusion s'accompagne toujours d'une restructuration et, en moyenne, de la suppression de 10% des postes.
LCI.fr : Que comptez-vous faire ?
François Hommeril : C'est une bonne question. Pas grand-chose pour être honnête car la vraie question c'est, pourquoi n'avons-nous rien fait il y a trois ans, pourquoi l'Etat français et l'Union européenne n'ont pas empêché le rachat de Pechiney. Aujourd'hui, nous n'avons plus la main alors on peut toujours faire quelques moulinets mais ça ne changera rien.
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