Le CNE rattrapé par la justice

Par , le 06 juillet 2007 à 10h38 , mis à jour le 06 juillet 2007 à 14h36

La cour d'appel de Paris a jugé vendredi que le Contrat nouvelle embauche était contraire à la convention 158 de l'Organisation internationale du travail. Elle estime "déraisonnable" le délai de deux ans de période d'essai.

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Cas particulier ou bombe à retardement ? La cour d'appel de Paris a confirmé vendredi le jugement du conseil des prud'hommes de Longjumeau. Elle a estimé que le Contrat nouvelle embauche (CNE) était contraire à la convention 158 de l'Organisation internationale du travail, estimant déraisonnable le délai de deux ans durant lequel un salarié embauché en CNE* peut être licencié sans motivation.

La 18e chambre de la cour d'appel était saisie d'une décision rendue le 28 avril par le conseil des prud'hommes de Longjumeau dans l'Essonne qui avait requalifié un contrat nouvelles embauches en CDI. Il avait jugé que l'ordonnance créant le CNE était contraire au droit international. Un jugement de principe qui constituait une première.

"Une régression"

Dans sa décision, la cour a repris, en le complétant de façon sévère, l'argumentaire développé en première instance. Elle constate d'abord que "durant une période de deux années, le CNE prive le salarié de l'essentiel de ses droits en matière de licenciement", le ramenant à une situation où la charge de la preuve de l'abus de la rupture du contrat de travail lui incombait.  

La cour d'appel estime qu'il s'agir d'une "régression qui va à l'encontre des principes fondamentaux du droit du travail". La juridiction s'étonne d'ailleurs : "dans la lutte contre le chômage, la protection des salariés dans leur emploi semble être un moyen au moins aussi pertinent que les facilités données aux employeurs pour les licencier" et remarque "qu'il est pour le moins paradoxal d'encourager les embauches en facilitant les licenciements". En conséquence, "le contrôle de proportionnalité ne permet pas de considérer que le délai de deux années institué par l'ordonnance du 2 août 2005 soit raisonnable" au regard de la convention 158 de l'OIT**, conclut la cour.  

En attendant la Cour de cassation

Ce jugement est-il de nature à imposer une révision du CNE ? "Non pas forcément, indique Maître Susana Lopes dos Santos, avocate spécialisée en droit du travail. En France, contrairement à l'Angleterre, la jurisprudence n'a pas valeur de loi". En revanche, cette décision pourrait inciter d'autres personnes à vouloir faire requalifier leur CNE en CDI. Les jugements peuvent toutefois différer d'un tribunal à un autre : "Les cours d'appel peuvent avoir des lectures différentes", estime l'avocate.

"La Cour d'appel de Paris n'est pas n'importe quelle juridiction et ce jugement aura un sacré impact", estime quant à lui Maître Christophe Nouzha, avocat à Strasbourg. "Les avocats qui défendent les salariés en CNE pourront s'appuyer sur cette décision et les conseils de prud'hommes suivront sans doute cet arrêt de peur de voir leur décision annulée par une cour d'appel".

Dans l'affaire présente, l'employeur peut encore se pourvoir auprès de la Cour de cassation. Une démarche qui peut prendre au minimum un an. Et que ferait la Cour de cassation ? Suivrait-elle l'avis du Conseil d'Etat ou bien celui de la Cour d'appel de Paris ? Saisi par des syndicats de travailleurs lors du vote du Contrat Nouvelle Embauche, le Conseil d'Etat avait en effet estimé, que deux ans était une durée "raisonnable" (décision du 19 octobre 2005).

 

*Créé en août 2005, le CNE est un contrat de travail à durée indéterminée destiné aux entreprises de 20 salariés ou moins, débutant par une période de deux ans pendant laquelle l'employeur peut licencier son salarié sans avoir à fournir de justification.

** Convention 158 de l'OIT, article 2, la convention encadrant les règles de licenciement ne s'applique pas pour "les travailleurs effectuant une période d'essai ou n'ayant pas la période d'ancienneté requise, à condition que la durée de celle-ci soit fixée d'avance et qu'elle soit raisonnable".

Par Sophie Lutrand le 06 juillet 2007 à 10:38
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36 Commentaires

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  • Tazou, le 09/07/2007 à 17h39

    A Laure, Loulay, on ne dit pas que c'est mieux, mais au moins avec des CDD, on touche les primes de precarité et on sait ou on va pendant un temps donné. tandis que le CNE, c'est dehors du jour au lendemain sans preavis, sans explication et quelque soit la durée passée dans l'entreprise et sans prime de fin de contrat. donc au choix, mieux vaut un ou plusieurs CDD...

  • Mo, le 09/07/2007 à 15h44

    Arretez de prendre l'angleterre comme un exemple... 12% de pauvres en France 18% en angleterre http://www.inegalites.fr/spip.php?article388&id_mot=76

  • Yves Darnaudet, le 09/07/2007 à 09h17

    Je suis chef d' entreprise et de " droite " mais cette période de deux ans est une absurdité. Il faut entre trois et six mois pour pour que l' employeur et le salarié puisse apprécier s'ils sont faits pour s' entendre. Une pépiode de six mois aurait été un bon compromis.YD.

  • Me Daniel RAVEZ, le 08/07/2007 à 21h55

    Bonjour, Je suis l'avocat de la salariée dans cette affaire. Vous pouvez lire sur mon site consacré à cette affaire ( http://me.dnr.free.fr ) l'arrêt de la Cour d'Appel en intégralité. Cordialement. Me Daniel RAVEZ, Avocat au Barreau de Paris.

  • Riquelme, le 08/07/2007 à 10h55

    Je réponds à Laure de LOULAY, Madame je pense que si vous parlez comme cela, vous devez avoir une bonne place, car si vous étiez dans la précarité au niveau de l'emploi, vous n'auriez pas la même réaction,je pense qu'une période d'essai de trois à sis mois est suffisante, car on donne tous les pouvoirs aux patrons, si un jour il est mal luné il va supprimé la personne concerné pour n'importe quel motif. Avec le respect que je vous dois Madame enlevez vos yeullers et regardez autour de vous. MERCI

  • DORLET Jean-Michel, le 08/07/2007 à 01h44

    Pour une analyse juridique de l'arrêt : http://droitdutravailenligne.hautetfort.com

  • Amathieu aurélie, le 07/07/2007 à 00h18

    J'ai eu un CNE en décembre 2005, ma patronne a revendu son affaire et la nouvelle direction a commencer le 1 septembre 2006, je suis tomber enceinte en avril de la meme année il n'étai donc pas possible pour eux de me licencier mais quoiqu il arrive mon patron m'a bien dit que je ne resterai pas ma avec ma grossesse il ne pouvait pas, il a alors attendu le 2 avril 2007, jour de ma reprise pour me virer car il n y a pas d'autre mot et le pire est que ma patronne m'a convoquer une demi heure avant la fin de mon service (elle etait accompagnée de la cuisinière comme témoin et moi personne)pour me refuser le congé parental de 6 mois que j'avais demander et que par conséquant je fini mon service et je ne revient plus. je suis rester bouche B. donc pour conclure le CNE a petite dose ou réviser car c'est trop facile.

  • Viviane, le 06/07/2007 à 21h54

    C'est tellement simple l'entreprise a d travail elle embauche l'entreprise n'a plus de travail elle licencie l'argent ne tombe pas du ciel si on empeche de licencier on coule définitivement l entreprise qui n'a pas de rentrée d'argent et au lieu de licencier 3 personnes on met toute l'entreprise au chomage le choix de la france

  • FR, le 06/07/2007 à 21h01

    "Il est pour le moins paradoxal d'encourager les embauches en facilitant les licenciements"??? Parce que menacer les entreprises d'être "coincées" avec de mauvais employés, ou obligées de garder tout le monde si les affaires vont mal, cela va sans doute encourager la création de nouvelles entreprises en France? Les juristes devraient s'occuper d'appliquer la loi, et laisser aux experts le soin de réformer l'économie et l'emploi dans ce pays. Ce n'est pas la loi qui va permettre aux entreprises françaises de faire de la concurrence aux companies étrangères, mais une nouvelle mentalité qui nous rende plus compétitifs. Quant à moi, je préfère un emploi précaire qu'un chômage garanti.

  • NONO, le 06/07/2007 à 20h09

    Allez, tous ensemble on demande à SEBASTIEN DE PARIS, brabaland de Roanne et surtout à LIBERTE s'ils sont employés en CNE? Messieurs-dames, êtes-vous employés en CNE? juste pour savoir ce qui vous rend aussi maléfique envers ceux sur qui la porte du CDI se referme et qui doivent se contenter de ce contrat d'esclave soumis.

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