Fillon a voulu en faire un maximum

Par , le 19 juillet 2007 à 18h38 , mis à jour le 19 juillet 2007 à 19h30

Analyse - En proposant d'étendre le service minimum à l'Education, le Premier ministre a-t-il délibérément choisi de déclencher une mini-tempête ?

TF1/LCI François Fillon le 28 juin 2007François Fillon le 28 juin 2007 © TF1-LCI

"Comment va-t-il exister ?", "Je n'aimerais pas être à sa place", "Supprimons le poste de Premier ministre, ça sera plus clair"... Il y a encore quelques jours, les députés de la majorité s'interrogeaient sur la surface politique de François Fillon face à  "Super-Sarko", comme le titre Le Point cette semaine. Aujourd'hui, le chef du gouvernement existe bel et bien et suscite tous les commentaires. Il lui a suffi d'une phrase prononcée mardi soir sur France 3 pour agiter politiques, syndicats et commentateurs. L'évocation d'un service minimum pour les profs au moment où le projet de loi en débat au Sénat ne concerne pour l'instant que les transports a fait bondir un corps enseignant déjà préoccupé par les annonces de suppressions de postes l'an prochain.
 
Gaffe ?  A ce niveau de responsabilités, on connaît le poids des mots. Moyen d'exister politiquement ? Peut-être, diront certains. Mais plus probablement, le nouveau visage de François Fillon qui a troqué son image de réformateur consensuel pour celle d'un Premier ministre au service de la rupture. L'homme qui a travaillé depuis deux ans à l'élaboration du programme de Nicolas Sarkozy entend l'appliquer pleinement pour "changer les choses en profondeur", il l'a clairement rappelé dans sa déclaration de politique générale.

'Pas de projet en cours"

Or qu'a-t-il dit d'extraordinaire mardi soir ?  Sur le fond, rien puisque le candidat puis président élu Nicolas Sarkozy avait lui-même évoqué la question de l'accueil des enfants à l'école en cas de grève pendant sa campagne. Cet accueil n'est pas obligatoire dans le primaire. D'ailleurs, son porte-parole David Martinon a estimé jeudi matin qu'une "réflexion était possible" sur cette question. Mais il s'est surtout empressé de rappeler qu' "il n'y avait pas de projet" en cours. Au lendemain des propos de François Fillon, son porte-parole Laurent Wauquiez avait du également repréciser les choses, tout comme le ministre de l'Education nationale qui n'entend pas se mettre à dos les syndicats avant la discussion de son budget à la rentrée.
 
Largement soutenu par l'opinion, le service minimum dans le secteur public doit-il se limiter aux transports ?  Doit-il être interdit de l'évoquer dans l'Education sous prétexte qu'un 1,5 million de fonctionnaires sont concernés et que toute réforme dans l'enseignement est une grenade dégoupillée ?  Le débat mérite sûrement d'être poussé jusqu'au bout en posant les bonnes questions, notamment l'utilité ou la faisabilité du projet.

Une pente risquée

Mais le tempo est-il le bon ?  Pas sûr. Avant même le vote par le Sénat et l'Assemblée du texte sur les transports, pourquoi déjà se projeter dans un autre secteur, l'école, qui va être touchée dès la rentrée par la question du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux à la retraite ? Cela semble ajouter des ingrédients à une rentrée sociale chaude. 

Quant à la méthode, est-elle la bonne ?  Pas certain non plus. Sur une promesse chère au président de la République, l'impression de confusion s'installe. Et si le débat est légitime, il appartient généralement au chef du gouvernement d'arbitrer et dé définir la ligne, pas de semer le trouble dans les esprits. Il pourrait lui en coûter son autorité sur ses ministres et sa crédibilité dans l'opinion. A moins qu'un mystérieux partage des rôles s'instaure au sein du couple exécutif. Au Premier ministre l'application à la lettre du programme de rupture, au président le soin de jouer ensuite "les gentils" pour conserver dans l'opinion une confiance indispensable à la réforme. Son habilité à apaiser les syndicats étudiants pour faire passer l'autonomie des universités, quitte à raboter le projet de la ministre, fera-t-elle jurisprudence ?  Il est trop tôt pour le dire.

"Vu qu'il n'y a plus d'opposition, tu veux aussi en être le chef ?", plaisantait ainsi récemment un interlocuteur de Nicolas Sarkozy. Si elle se confirme, cette pente n'est pas sans risques. Les ministres auront tendance à durcir leur texte et attendre la magie du verbe présidentiel pour régler d'inévitables conflits. A quel maillon se situera alors le Premier ministre dans la chaîne de décision ?  Poser la question alors que certaines voix, même isolées, se prononcent pour la suppression de cette fonction n'est pas bon signe.

Par Renaud Pila le 19 juillet 2007 à 18:38
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38 Commentaires

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  • Pauline, le 20/07/2007 à 12h12

    Allez, arrêtez de râler les profs. Vous n'êtes pas sans savoir que ce sont nos impôts qui paient vos salaires. Que se passerait-il si nous faisions la grève des impôts ? N'auriez vous pas l'impression d'être pris en otages ? Arrêtez d'être égoïstes et pensez à nos enfants. Vous êtes là pour leur transmettre votre savoir, il n'y a pas de plus beau métier.

  • Antoine, le 20/07/2007 à 11h48

    Le service minimum (S.M)doit être la règle générale quand l'INTERET du public est bafoué. L'extension du S.M doit être appliquée à d'autres secteurs, tels que le SM dans le transport aérien où les contrôleurs aériens font grève notamment lors des jours de congés scolaires. Le SM doit s'appliquer aussi à la poste quand des entreprises et des particuliers sont génés par l'absence de courriers (ex; factures, divers modes de paiement, salaires par chèque non encaissés). Le SM soit s'appliquer aux transports terrestres et maritimes (cf le blocage des ports par les syndicats qui ont fortement pénalisé la région de marseille). La liste du SM n'est pas exhaustive, mais je laisse l'imagination des français qui subissent ces grèves à répétition de prendre le relais pour énumérer le SM à étendre à d'autres secteurs d'activité.

  • Samuel, le 20/07/2007 à 10h59

    Je ne serai pas publié mais bref... T'énerve pas Olivier tu vas nous faire une attaque... Quant à tes réflexions idiotes (capacités intellectuelles réduites peut-être?)sur les temps de travail des uns et des autres, je suis enseignant et je suis sûr que je travaille plus que toi... C'est beau M. Sarkozy qui veut être le président de tous les Français. Il voudrait monter le "public" contre le "privé" qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Dans un ou deux ans, si tout va bien et si le temps le permet c'est la guerre civile!

  • Popof, le 20/07/2007 à 10h48

    Bravo à M. Fillon pour son courage face à cette corporation d'enseignants du public qui profitent de l'existence de nos enfants pour etre payés le maxi en faisant déjà le minimum. En résumé, rien de changera pour ces profs qui sont déjà absents mais cette fois ci ils seront obligés de venir faire leur cours.

  • Jacques, le 20/07/2007 à 10h26

    Fillon a raison d'évoquer la mise en place d'un service minimum àl'école primaire.Ce n'est pas un sujet tabou et une grande majorité de parents sont demandeurs.Les syndicats enseignants comme d'habitude campent sur leurs positions sans vouloir en déroger,si bien qu'ils incitent à manifester de manière préventive ce qui devient exaspèrant.Il faut absolument rentrer dans cette fourmillère et montrer à ces syndicats enseignants qu'ils ne sont pas plus forts que la loi.

  • Regis, le 20/07/2007 à 10h23

    Bien sur qu'il l'a fait expres, histoire de preparer les enseignants a ce qui va leur arriver bientot... ca fait plaisir :-)

  • Ben, le 20/07/2007 à 10h05

    Pourquoi Mr FILLON ne s'attaque-t-il pas aux vrais problèmes ??? Les personnes ayant des enfants comme moi doivent se "débrouiller" tant bien que mal pour trouver de quoi les garder le mercredi après midi. Alors avant de s'attaquer au droit de grève pourquoi ne s'attarderait-il pas à trouver une solution, par exemple, en créant des vrais services petites enfances. Merci d'avance à TF1 de bien vouloir diffuser ce message qui, il me semble, est à contre courant de tous les autres.

  • Jean-Pierre, le 20/07/2007 à 09h58

    Effectivement Fillon peut être tenté d'en rajouter pour exister politiquement ou se partager les rôles du méchant et du gentil avec Sarkozy pour que le président puisse rassembler comme il le prône, les français et conserver toutes ses chances pour 2012. Et puis cette idée de Fillon est bien reçue si l'on en croit les auteurs des précédentes réactions, c'est si facile de taper en ce moment sur les fonctionnaires.... Mais, il faudrait d'abord se poser la question de savoir si un service minimun dans le primaire est vital pour le fonctionnement du pays. Laissez moi rire!

  • Riquelme, le 20/07/2007 à 09h48

    Nous sommes en démocartie, mais je conseillerais, à MR FILLON de se calmer sur ses petites phrases, je pense que lui aussi, il devrait faire un service minimum et arrêter de dire n'importe quoi, car quant la rue va se déchainer et à première vue, septembre pourrait être le bon mois? alors Messieurs les hommes pôlitiques, vous qui êtes des hommes intelligents, faites attention à vos petites phrases.Merci

  • Fab, le 20/07/2007 à 09h44

    Je tiens à signaler à Guy et Jeanine que le salaire des enseignants n'augmentent pas tous les ans (et de très peu) et que les jours de grève ne leur sont pas payés. Ensuite, qu'apportera le service minimum sur le point de vue éducatif : rien ! Mais il est vrai que l'Education Nationale est devenue pour beaucoup une garderie peu onéreuse...

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