"Nos vies ne valent-elles pas un euro?"

Par , le 27 juillet 2007 à 15h29 , mis à jour le 30 juillet 2007 à 11h13

La salariée de SFR qui a tenté de se suicider la semaine dernière a écrit à LCI.fr. Est-ce que, comme le suggère le patron de PSA, le travail ne peut pas être le seul facteur d'une tentative de suicide ou bien les entreprises doivent-elles assumer leur responsabilité morale ?

télétravail travail emploi job © DR

"Je suis la jeune employée qui a avalé un cocktail médicamenteux le samedi 21 juillet sur le site du Futuroscope (...)." C'est en ces termes que débute le message envoyé mardi à notre rédaction par la salariée du service clientèle de SFR à Poitiers, qui a tenté de se suicider quelques jours plus tôt. "Je l'ai fait dans un moment de désespoir où je ne me sentais pas capable d'assumer mon rôle d'être humain (...) "Vendre 571 salariés, à qui on a répété qu'ils étaient les meilleurs, pour un euro symbolique... comment peut-on garder un semblant de dignité pour soi, pour ses enfants lorsque l'on est traité ainsi ? (...) nos vies ne valent-elles pas un euro ?"

Un comité central d'entreprise extraordinaire avait eu lieu le 20 juillet : "Vendredi, nous avons appris que les trois centres d'appels concernés par le transfert d'activité étaient cédés pour un euro symbolique", indique Carole Marin, secrétaire du CHSCT. Division Arvato est le repreneur du site de Poitiers  et Teleperformance celui de Toulouse et de Lyon. Le transfert aura lieu le 1er août pour les 1900 salariés des services clientèles.

"Elle a craqué"

Le lendemain de l'annonce, la jeune femme, que nous appellerons Julia, était présente sur son lieu de travail en périphérie de Poitiers. "C'est un collègue qui ne travaillait pas ce jour-là qui a donné l'alerte après avoir reçu un SMS alarmant de Julia", selon Carole Martin. Transportée au CHU de Poitiers, elle en est sortie le lendemain et bénéficie d'un arrêt maladie depuis. Dans ce dernier message, la jeune femme, mère d'un enfant, s'en prenait directement à son entreprise.

Représentante du personnel, Julia s'était beaucoup impliquée depuis l'annonce de la reprise de leur site par un sous-traitant le 23 mai. "Elle s'était renseignée sur ce que l'on pouvait faire, était allée voir les collègues de Toulouse et de Lyon et les élus locaux. C'est elle qui organisait les AG, les déplacements à Paris", rapporte sa collègue Isabelle Lebault, représentante syndicale au CHSCT. "Quand elle a vu que, malgré tout, on était vendu pour un euro, elle a craqué", ajoute Carole Martin.

L'entreprise doit assumer ses responsabilités

"Il ne s'agit absolument pas d'une vente pour un euro symbolique", répond-on chez SFR. "Les centres d'appels sont transférés, en application de l'article de loi L122-12. Seuls les murs sont cédés pour un euro symbolique". Pas d'argent donc entre SFR et les repreneurs mais un engagement de la part de l'opérateur téléphonique de faire travailler les sous-traitants. Les salariés n'ont pas d'avenant à leur contrat à signer : ils conservent leur salaire et leurs avantages sociaux, indique SFR. "Faux, nous perdons l'intéressement, la participation, les primes tous les deux mois et les avantages sur nos abonnements téléphoniques", affirme Carole Martin.  

Quant aux tentatives de suicide, "ce sont souvent ceux qui s'investissent le plus dans leur travail qui plongent les premiers et peuvent passer à l'acte", estime Françoise Mesnard, médecin du travail dans les Deux-Sèvres. Autre indicateur d'un mal-être, les arrêts de travail. Chez SFR Poitiers, 315 journées d'arrêt de travail ont été enregistrées en juin pour un effectif de 571 personnes. Depuis, une assistance psychologique a été mise en place via un numéro vert et la présence quotidienne d'un psychologue sur le site. "Rien qu'hier, 40 personnes sont allées le voir", rapporte Carole Martin.  

Mercredi, Christian Streiff, patron de PSA - où cinq suicides ont eu lieu sur le lieu de travail depuis le début de l'année - estimait que "le travail n'est pas, en tout cas pas à lui seul, la cause d'un suicide". "La question n'est pas de savoir si c'est la seule raison ou pas, mais d'accepter de regarder les choses en face et de reconnaître que c'est, aussi, à cause du travail", rétorque la médecin du travail, auteure d'une tribune intitulée "Tombés au champ du travail" dans Libération. Le message de Julia sur LCI.fr se terminait ainsi : "Je n'oublie pas au passage de remercier les actionnaires qui nous en demandent toujours plus pour un moindre coût".

Par Sophie Lutrand le 27 juillet 2007 à 15:29
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50 Commentaires

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  • DUCHENE, le 31/07/2007 à 13h49

    Bonjour, Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt l'article concernant la tentative de suicide Julia. Je la comprends tout à fait. Je suis moi-même déléguée du personnel dans une Asso d'Aide à Domicile. Il nous est très difficile d'exécuter notre mission en raison des pressions de la Direction. Les salariées n'osent pas venir nous voir de peur d'être pénalisées pour l'attribution d'heures de travail (temps partiel pour toutes)et beaucoup d'autre difficultés trop longues à expliquer ici. Si des déléguées d'autres Entreprises voulaient me faire part de leur vécu cela pourrait peut-être m'aider. Je les remercie par avance. Cordialement

  • James, le 31/07/2007 à 09h55

    Je rappelle toute de même qu'une personne fervente de ce type de politique, loi du marche ; capitalisme, jet set, rentabilité,gestion de la misère et non as reduction de celle-ci, a été dernièrement élue avec 57% de voix grace à un discours populiste ravivant l'individualisme qui detruit notre société, je pense même qu'il peut actuellement supprimer les congés payés, cela ferai même plaisir à certains

  • JC, le 31/07/2007 à 09h20

    Attendez, on va devenir un peu serieux. Les cas de suicides au travail sont le fait aussi d'autres facteurs, cependant je pense que nous sommes issus d'une generation "un peu gate", a croire que les personnes sont devenus comme des guimauves et ne supportent plus rien (petite remontrance, etc...). Quelque chose a remettre en place, aujourd'hui sachant que les entreprises n'ont aucun scrupules a se "debarasser" de salaries et bien les "salaries" n'ont aucune raison d'être "fidele a la mort" pour l'entreprise ! A Fred de Paris, moi aussi j'ai commence il y a 5 ans dans un call center et la situation de l'emploi n'etait pas plus faciles, au bout de 2 mois j'en eu marre et en accord avec l'entreprise je suis parti. A force de volonte et en se forgeant une experience via interim et CDD, j'ai su profiter des opportunites qui se sont presentes. Je sais que mon message peut paraître dur, mais dans le monde d'aujourd'hui, les sentiments n'ont pas lieu d'être en relation du monde de l'entreprise, les personnes qui s'en sortent le mieux sont celles qui se comportent comme des "mercenaires", c'est triste mais c'est la "cruelle" realite et l'utopie n'a pas lieu d'être...

  • Gomez, le 31/07/2007 à 08h58

    Voila penssez vous que un chef a le droit de faire la misere au personne qui est tomber en maladie que si une personne est vraiment malade il etait incapable de travailler que la personne demende de rentrer chez lui et que sont chef refuse il a le droit de rentrer chez lui mais ci il le fait il ce venge sur les horaire le travaille le comportement avec preuve a l apuit qu un chef degrade un vehicule et qu un directeur dit qu etant ton age et comparativement a la mienne il ne ferais rien pour que cette situation cesse devant la cgt il a ozer dire ca avec 3 temoin dont un autres a demissionner pour meme cause avoir l inspection de travail avoir beaucoup de document vraiment a l apuit une des juges des prud hommes a dit que j avais 4 ou 5 procedure penal a mon avocat mes surtout que le procureur a classer l affaire sans suite montrer moi la justice francaise vive la france

  • Boubou, le 31/07/2007 à 02h42

    Essayons d'être constructifs : je suis membre d'un syndicat ouvrier et chef d'entreprise. Le problème des cotisations sociales est que leur calcul est basé sur la masse salariale. Il est évident qu'il peut s'agir d'un handicap pour une entreprise demandeuse de main d'oeuvre. Un syndicat ouvrier propose une réforme de l'assiette des cotisations et de baser les calculs sur les bénéfices. Ainsi les entreprises qui font beaucoup de profit et qui n'ont pas une forte masse salariale payent plus. Ainsi elles jouent leur rôle social. Quant à la répartition des impôts, il est clair que c'est à revoir. On peut certainement faire mieux. Donc cessons d'opposer les "assistés" (que nous sommes tous, n'est-ce pas?) aux patrons. Le monde n'est pas aussi simple et les solutions qui peuvent contenter tout le monde existent. Merci de me publier

  • Julien, le 31/07/2007 à 01h28

    Je suis étudiant en économie, voilà mon point de vu. Il est évident que le manque de fléxibilité (du au "socialisme à la Française") donne un coup aux entreprises (et donc aux salariés, car l'entreprise n'est rien d'autre qu'une structure consituté de plusieurs éléments indiscociables). Il faut arrété de cracher sur l'employeur, les cadres ou même les actionnaires (Je suis sur que 80% d'entre vous on déja investit en action). Le cadre à un quotas d'heures et de pression bien supérieur aux salariés (Comme il l'a été mentioné on en parle jamais de ces cas car on s'immagine tout de suite le cadre qui va jouer au golf au maroc (la belle blague!)). La france à depuis longtemps pratiquée la politique socialiste du "tu veux de l'argent tiens je t'en donne mais tu votes pour moi!" Résultat les entreprises n'arrivent plus à réspirer. La France va devoir changer, Sarkozy est l'expression de ce désir de changement. Pauvre France, avec les 35h de travail, le pays contennant le plus d'arret de maladie (paradoxal lol..), et le plus de fonctionnaires avec des avantages tout simplement INCROYABLES. Bienvenue à la réalité des choses douce France... (En attendans j'ai un emploi de réservé en Suisse) @plouch.

  • Cyril, le 30/07/2007 à 20h37

    Un salarié payé 1000 euro en France coute 1780 euros à l'entreprise... ils faut donc travailler plus pour rester compétitif par rapport aux autres comme les anglais (la bas le même salarié coute 1120 euros) facile a comprendre.

  • Tom, le 30/07/2007 à 18h50

    Pour Pascal, de Caen, un rapport publié dans le numéro de février 2006 de « Société Civile », la revue mensuelle de l?IFRAP ((Institut français de recherche sur les administrations publiques). extraits pubiés à cette époque dans le figaro. Ceci dit, après relecture de mon commentaire, je rajouterai quelques mots, mon but n'étant pas de monter public contre privé. Quand un employé en arrive a vouloir se suicider (pour un raison en rapport avec son emploi) c'est qu'il y a un problème. Simplement j'ai tendance a penser que dans les grand groupe privés, ou dans les administrations, à trop vouloir satisfaire tout le monde en calculant des augmentations généralisées basées uniquement sur l'ancienneté et l'inflation, les employés qui se donnent a fond dans leur boulot ne peuvent qu'être déçus en fin d'année... c'est une bonne chose de protéger les plus faibles, mais il faut aussi pouvoir féliciter et récompencer (avec des euros, c'est quand meme pour ça qu'on bosse) ceux qui le méritent. Enfin, pour répondre à ceux qui se plaignent des chercges, Oui on paie beaucoup de charges en france, mais je préfère vivre dans un pays ou un faible pourcentage de la population abuse d'un système qui permet à pas mal de monde de supporter une passe difficile, plutot qu'un pays ou on laisse systématiquement tomber les plus faibles. et renseignez vous sur le prix qu'on couté à la société vos années d'école, de lycée, vos études si vous avez zeu la chance d'en faire, vos accident, et votre retraite, et vous verrez que les charges sont en très grande partie justifiées.

  • Jean-Luc, le 30/07/2007 à 18h31

    Plein emploi ou la fine bouche ? Mac Do embauche... Et si vous pensez vraiment que les patrons sont tres riches, montez votre propre boite au lieu de se plaindre dans l'assistanat a outrance. Vous croyez qu'ils font comment dans les autres pays ?

  • Az, le 30/07/2007 à 16h04

    A Yannick de Lille : Vous devez sûrement faire partie des imbéciles qui prônent de travailler plus, pour avoir pareil mépris envers les salariés et leurs aspirations dans la vie, qu'elles soient privées voire même professionnelle, sisi. Votre exemple d'ami fortuné, je doute que ça fasse pleurer quelqu'un, sortez-le plutôt lors d'une journée au golf...

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