Le duc de Westminster et la guerre des puces

le 07 octobre 2007 à 15h54 , mis à jour le 07 octobre 2007 à 16h51

Pamphlets, tracts et slogans vengeurs : les brocanteurs du célèbre marché aux puces de Saint-Ouen sont en guerre ouverte avec le duc.

[Expiré] Marché aux puces © www.sxc.hu

Quoi de commun entre le marché aux puces de Saint-Ouen, lieu coloré et passage obligé pour de nombreux touristes à Paris, et le duc de Westminster ? D'où vient l'acrimonie des brocanteurs envers cette personnalité du gotha d'outre-Manche - un ressentiment tel qu'il les a poussés à partir ce week-end à la rencontre des visiteurs des Puces, vêtus de tee-shirts noirs comme le deuil ? La version revisitée de la fable de Jean de La Fontaine, Le Savetier et le Financier, que les chineurs ont reçue des mains des protestataires, pouvait donner une première indication : "Nous ne sommes pas à vendre, pouvait-on lire dans ce texte directement adressé au duc, gardez vos 100 écus, regagnez la perfide Albion ! Personne ne pourra jamais exploiter le commerce des brocanteurs à leur place". Tout comme les inscriptions sur les tee-shirts des brocanteurs : "Vos puces en danger"...

La solution de l'énigme a pour nom Grosvenor. Il s'agit de la société foncière privée du duc de Westminster, qui est, outre son titre nobiliaire, l'un des hommes les plus riches du monde. Grosvenor gère dans le monde plus de 15 milliards d'euros d'actifs immobiliers de commerces et de bureaux. La société détient, par exemple, la rue d'antiquaires Pimlico Road à Londres. Et en décembre 2005, elle a racheté pour 50 millions d'euros les deux marchés les plus cotés des puces de Paris-Saint-Ouen, Serpette et Paul-Bert, spécialisés dans l'antiquité et la brocante. Ces deux fleurons des puces de Saint-Ouen appartenaient auparavant au fonds d'investissement français Tikehau Capital Partners.

Entre 35% et 70% de hausse des loyers

Le loyer de ces marchés s'élevait en 2004 à 3,6 millions d'euros pour 420 stands répartis sur 8300 m2. Or, Grosvenor, comptant rentabiliser son investissement, avait bien l'intention d'augmenter significativement les loyers. A l'occasion du renouvellement de leurs baux commerciaux, les 420 marchands des deux marchés ont donc découvert de nouvelles conditions incluant des hausses de loyer drastiques. Inacceptables, selon eux, et qui les conduiraient à court terme à la faillite. D'où leur mobilisation contre "l'anarchique gestion du bailleur et sa volonté d'imposer actuellement aux marchands de nouveaux baux exorbitants", avec en toile de fond la récession du marché de l'art, "entraînée par la parité de l'euro qui fait fuir les acheteurs américains". Ils craignent "à moyen terme une transformation des Puces traditionnelles en Louvre des Antiquaires numéro 2 plus luxueux". Une mobilisation qui a trouvé une caisse de résonance idéale ce week-end avec l'inauguration du "Mondial de l'Antiquité".

Selon l'avocat des marchands, Me Eric Hauterive, "les hausses de loyers atteignent entre 35% et 70%". Pour sa part, Grosvenor Continental Europe, affirme que "seuls les quelques locataires qui ne respectaient pas leurs obligations contractuelles au titre de leur bail, se sont vus recevoir des refus de renouvellement". Les nouveaux actionnaires des marchés, qui refusent de s'exprimer sur les hausses de loyer, "ont la conviction que l'activité réalisée sur ces deux marchés de même que sur l'ensemble des Puces de Paris Saint-Ouen peut être fortement dynamisée". Christophe Demaret, chargé de la gestion des deux marchés de Saint-Ouen, plaide pour sa part : "Nous défendons une volonté de valorisation des marchés Paul-Bert et Serpette, places fortes de l'antiquité, dans l'intérêt aussi des marchands dans leur ensemble".

D'après agence

le 07 octobre 2007 à 15:54
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1 Commentaires

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  • Maurice, le 07/10/2007 à 18h44

    Comment peut-on acheter toute une rue ? c'est scandaleux. Pourqoui Le Duc n'acheterait-il pas les quartiers du Val fleuri ou des Minguettes. Défendez vous messieurs les antiquaires votre marché fait parti de notre patrimoine.

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