La Une de Libération sur le témoignage d'un militant CFTC accusant l'UIMM de tentative de corruption (31 octobre 2007) © TF1/LCIAu centre d'une enquête sur des retraits suspects, Denis Gautier-Sauvagnac, président démissionnaire de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), mais qui reste délégué général de l'organisation, a reconnu l'existence d'une caisse de 600 millions d'euros. A l'origine de ces fonds, selon lui : la mise en place en 1972 par la fédération patronale d'une caisse de mutuelle, l'Epim, destinée à soutenir les entreprises ayant subi des préjudices lors de conflits sociaux comme des pertes de commandes ou des pertes de chiffre d'affaires. Il a expliqué que l'essentiel des sommes en liquide retirées ces dernières années de cette cagnotte servait "au financement de différents organismes qui font partie de notre vie sociale", sans plus de précision.
Selon des sources patronales, cet argent servait à financer certaines organisations syndicales représentatives dans la métallurgie pour "fluidifier le dialogue social", notamment lors des négociations d'accords patronat-syndicats. D'où les soupçons de relations quelque peu contre-nature entre l'organisation patronale et les syndicats - soupçons contre lesquels se sont insurgés à la fois la présidente du Medef, Laurence Parisot, et plusieurs leaders syndicaux, de Jean-Claude Mailly pour FO à François Chérèque pour la CFDT. Mais un témoignage de syndicaliste publié ce mercredi par Libération accrédite au contraire cette hypothèse, sinon d'une corruption des syndicats, du moins de tentatives en ce sens. Et ce témoin cite sa propre expérience.
"T'inquiète, c'est payé par le patronat"
Présenté comme un ancien ingénieur chez Thomson (rebaptisé Thalès) et ex-militant CFTC, l'homme cité par Libération, Jean-Claude Duret, raconte une réunion qui s'est tenue en juin 1998 au siège parisien de l'UIMM, lors d'une séance de négociations sur la convention collective des cadres. Membre de la délégation CFTC, il est tout d'abord frappé par les marques de déférence de la CGC envers Denis Gautier-Sauvagnac, par l'impression que "la CGT gueule pour la forme"... et par une remarque d'un membre de sa propre délégation : "Tu vas faire capoter la réunion si tu poses des questions. Te casse pas la tête, on signera quand même". Mais Jean-Claude Duret s'obstine, finit par quitter la réunion... suivi par un membre de la délégation de l'UIMM qui lui demande : "Quels sont vos besoins ?" et ajoute : "Tout homme a son prix, un syndicaliste n'est pas incorruptible".
Autre scène racontée dans Libération et qui suscite son malaise : le soir-même, syndicalistes et délégation patronale se retrouve au restaurant. Au moment de régler, on lui glisse : "T'inquiète, c'est payé par le patronat". Ce sera son dernier souvenir d'un round de négociation avec le patronat : Jean-Claude Duret ne sera plus membre de la délégation CFTC lors des rencontres suivantes. Une preuve, selon lui, que "le patronat choisit ses partenaires syndicaux". Bientôt exclu de la liste de la CFTC aux élections professionnelles, puis mis à la retraite d'office, il a déposé une plainte pour discrimination syndicale, validée par la Cour de cassation.
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