Paris est-il vraiment en panne de taxis ?

Par , le 29 janvier 2008 à 15h41 , mis à jour le 30 janvier 2008 à 08h04

Reportage- Alors qu'ils sont en grève ce mercredi, LCI.fr a demandé aux chauffeurs pourquoi de nombreux clients ont le sentiment qu'il n'y a pas assez de taxis en circulation.

taxi © LCI.fr/DH


Pourquoi ils protestent

"Tu fais la grève ? Evidemment !" La conversation était sur toutes les lèvres, et la réponse toujours la même, ce mardi à la borne de la porte de Saint-Cloud,  à Paris, à la veille du mouvement de grève des taxis contre certaines propositions du rapport Attali, dont la déréglementation du métier (lire notre article).

Tous adhèrent au mouvement. Tous sont très remontés contre les idées du rapport, du moins certaines. Seul Ben, 60 ans, dans le métier depuis 20 ans, annonçait qu'il travaillerait... mais parce qu'il "n'a pas les moyens" de cesser le travail. Etant locataire auprès d'une société de taxis, il doit verser à son employeur 140 euros par jour et donc faire au moins 25 courses quotidiennes pour être rentable, quand ses collègues artisans (indépendants) sont rentables à partir d'une quinzaine de courses par jour.

Comme une baguette ou un appartement

Un quota que tous affirment avoir du mal à atteindre. "Samedi, j'ai fait 22 courses, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé", raconte Bernard, 55 ans, taxi depuis 34 ans, "mais en moyenne, j'en fais 10 à 12 par jour, voire 15". Même chiffre avancé par Al, Hassan, James ou encore Belaid. "On commence à gagner notre journée à 130 euros". Bref, les taxis cherchent le client.

Alors, qu'on ne leur parle pas d'ouvrir la profession à de nouveaux venus. Sans droit d'entrée qui plus est. Ni même contre le paiement d'une licence à prix réduit. "C'est comme si j'achetais un appartement très cher et que demain, l'Etat décidait que tous les appartements seront gratuits et qu'en plus je devais continuer à rembourser le mien !", illustre Bernard. Et pourtant, ils seraient quand même prêts à une concession : "il y pourrait y avoir un peu plus de taxis à Paris, mais pas trop ! On pourrait monter à 500 nouveaux taxis par an, au lieu des 300 annuels à Paris". Bernard propose même de faire un essai : en autoriser tout de suite 600 supplémentaires et voir si cela suffit. Mais, augmenter le nombre de taxis ne résoudrait pas tout, selon eux.

A la recherche du client la moitié de la journée

Car le problème vient d'ailleurs, plaident-ils. "Les Parisiens sont râleurs !", pour Bernard et James -57 ans et 11 ans de métier-, même s'ils reconnaissent qu'eux aussi "préfèrent acheter leur pain au coin de sa rue plutôt qu'à l'autre bout de la ville". 

Si les taxis manquent parfois, c'est, disent-ils tous, la faute aux heures de pointe et aux embouteillages. Les chauffeurs se disent débordés de demandes deux heures le matin -entre 7h30 et 9h30- et trois heures le soir -entre 16h30 et 19h30. Des heures durant lesquelles ils ne peuvent pas faire autant de courses qu'ils le souhaiteraient, à cause du "trafic qui n'est que rarement fluide". "On est coincé dans les embouteillages et du coup les clients ont le sentiment qu'il n'y a pas de taxi", explique Normil, 46 ans, dont 8 en tant que taxi, seule femme de toute la file.

Et le reste du temps, déplorent-ils tous, "on ne fait plus rien". Et avec les compteurs qui calcule leurs heures de travail réglementées, ils ne peuvent pas rentrer faire une pause pendant les heures creuses, pour repartir au moment du rush. Certains plaident même pour la suppression de ces horodateurs.

La borne salvatrice

En attendant, les voilà tous -une bonne vingtaine-, à 11h30 du matin, faisant la queue à la station. Mais pas n'importe laquelle. Toutes ne sont pas rentables. "Prenez la borne à 200 mètres d'ici, sur le boulevard des Maréchaux, on n'y va jamais, car il n'y a jamais de clients, on attendrait trop longtemps", explique James. Alors qu'à la station de la porte de Saint-Cloud, il n'a attendu qu'un petit quart d'heure pour remonter la file de taxis et obtenir son client.

Et quand on avance que de nombreux clients ne vont pas jusqu'à une station pour les trouver, beaucoup répondent qu'ils ne vont "pas se balader dans toutes les petites rues" de la capitale. "En plus ça coûte du carburant." Chacun en a entre 20 et 40 euros par jour, affirment-ils. Alors moins ils bougent entre deux clients, mieux c'est. D'ailleurs le système des bornes, ils sont pour. Ce qu'il faut, dit Hassan, "les rendre plus efficaces et améliorer l'information" : "que les clients sachent où elles se trouvent". Et "mieux les placer", renchérit Al.

Plus de couloirs dédiés

Autre souci : les destinations où ils sont "à peu près sûrs de ne pas pouvoir ramener un client". Exemple : "la Défense à 8 heures du matin", comme le raconte Jean, 58 ans, 30 ans de métier. "C'est un quartier de bureau, donc le matin, personne n'en part. Et je dois revenir dans Paris avec mon taxi vide. Et ça me prend ½ heure ou même ¾ d'heure, parce qu'il n'y a pas de couloirs dédiés sur cet axe".
 
Voilà l'une de leurs revendications. Plus de couloirs dédiés, faute de pouvoir résorber les embouteillages aux heures de pointe. Bertrand Delanoë a certes "fait un effort", mais pas assez, et puis "certains couloirs ne fonctionnent pas, comme le boulevard Magenta", cite Jean. La FFTP (Fédération française des taxis de province) plaide même pour l'étalement des arrivées des TGV pour éviter l'embouteillage de clients à l'arrivée des trains en province.
 
"Le samedi, ça craint trop"

Et, rappelle Lawrence, 44 ans dont la moitié au volant de son taxi, "on n'a pas le droit de refuser un client à cause de sa destination". Pour les aéroports, c'est différent, "au moins, on peut rentrer avec un client", mais "ça prend du temps". D'ailleurs, tous sont pour la proposition d'Attali de "créer une voie dédiée aux taxis, aux bus et au covoiturage entre Paris et les aéroports". "Au moins on récupèrerait les 2 heures qu'on perd à attendre un client devant l'aéroport."

Dernier problème : les soirs, surtout les soirs de week-end. Beaucoup ne veulent même plus travailler à ces périodes là. "Le samedi, ça craint trop. Les gens sont ivres, violents ou s'enfuient sans payer. Je l'ai fait 7 ans, mais depuis 2 ans, je ne veux plus", explique Hassan qui ne compte plus les fois où il a dû laver sa voiture après un ‘accident de parcours'. De plus, le taxi est responsable de celui qu'il transporte, rappelle Al. Donc s'il "prend un client ivre, et qu'il tombe et se blesse", c'est Al qui sera responsable.

Par Diane Heurtaut le 29 janvier 2008 à 15:41
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7 Commentaires

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  • Mekil, le 30/01/2008 à 14h01

    On devrait pouvoir les "eller" comme dans toutes les autres grandes capitales economiques!! Mais çà la concurrence ils n'aiment pas..ils preferent le sacrosaint premier arrrive, premier servi et les autres font la queue..nul!

  • Yves, le 30/01/2008 à 13h56

    Foutaises! le client cherche souvent un taxi pendant plusieurs quarts d'heure, alors augmentons sensiblement le noimbre de taxis (2 fois plus), rendons les courses mois cheres(-25%) et il y aura beaucoup plus de clients et tout le monde seara content; du travail et du service..il faut de la concurrence aussi

  • Gerard Loupias, le 30/01/2008 à 13h13

    Je suis un gros utilisateur de Taxis Parisiens chaque fois que je monte a Paris voir mes Clients c'est a dire chaque deux semaines. Oui il n"y a pas assez de taxi à Paris quelque soit l'heure. Il suffit d'appeler la G7 ou Taxis Bleu pour en avoir la preuve. Cinq a Sept minute avant d'avoir un opérateur puis dix minutes d'attente au mieux pour voir arriver le taxi avec déjà 1O euros au compteur. Si vous lui demandez d"ou il viens pour voir autant au compteur le chauffeur vous répond qu'il vient de l'autre cote de Paris. Donc il y a des Taxis mais jamais ou il faut. Bizarre Non, Lorsque j'arrive en avion à Orly ou Roissy je peux voir par le hublot les parkings immenses de taxis en attente. Pourquoi ces réservoirs à Taxis. Bon admettons que les passagers vont plus nombreux aux aéroports et que les passagers qui sortent des avions prennent moins le Taxi il y a donc une nécessité à organiser un parking tampon.Le problème c'est que les Chauffeurs de Taxis prennent leur service à VIDE aux aéroports et encombrent les Parkings de plus en plus immenses. Résultat la rotation des Taxis est de 2h30 et pendant ce temps il n"y a plus de taxis dans Paris. Il suffirait tout simplement d'interdire l"accès des taxis vides dans les aéroports parisiens. Sachez que la plupart des aéroports en Europe ou aux US interdisent l'accès des taxis vides. Une meilleure organisation pourrait simplement améliorer le services des taxis et clients comme chauffeurs seraient gagnant sans augmentation du nombre des licences. Un Numéro unique d'appel pour obtenir une voiture serait aussi bien pratique. Ce service qui ne serait pas une société de Taxi c'est a dire sans voiture pourrait ainsi prendre commande et dispatcher aux chauffeurs les courses sans conflit d'intérêt. de plus se service pourrait mieux repartir les voitures dans les gares et les endroits comme la Défense ou les hôtels ou il n'y jamais de taxis.

  • Grandmarduck, le 30/01/2008 à 13h00

    Taxi reste un dur et dangereux metier

  • Liz, le 30/01/2008 à 12h28

    Le problème à Paris n'est pas le nombre de taxi, mais la difficulté à circuler. Les Taxis, et je le comprends parfaitement, ne veulent plus faire des courses courtes et dans Paris intra-muros car çà leur prends des heures, quel que soit le moment de la journée. Mr Delanoë et ses projets pharaoniques de destruction de Paris pour en faire une ville de bobos a largement contribué à cette situation, le résultat en est tout simplement encore plus de pollution et d'embouteillages.

  • Danie, le 30/01/2008 à 09h19

    Oui ,pourquoi ?

  • Manuel, le 30/01/2008 à 08h39

    Dans toutes les autres capitales du monde (Londres New York Tokyo...) il y a des milliers de taxis, on n'a qu'a faire quelques metres pour en trouver un, même le soir...alors qu'a Paris, ils sont trop rares et en plus ils exigeants avec les clients. Ils veulent limiter le nombre de licences car ils peuvent ainsi les vendre plus cher. Toute la ville est hotage de cette corporation et souvent les gens préferrent prendre leur voiture qu'un taxi...ce qui génére des embouteillage et de la pollution, alors que si c'était plus simple de prendre un taxi, cela rentrerait dans nos habitudes!

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