Taxis : pourquoi ils protestent

Par , le 29 janvier 2008 à 18h50 , mis à jour le 30 janvier 2008 à 08h04

Les taxis sont appelés ce mercredi à des manifestations à Paris et en province pour protester contre "la déréglementation de la profession" que préconise le rapport Attali.

taxi © LCI.fr/DH

La Fédération nationale des artisans du taxi (Fnat), qui affirme représenter 50% des professionnels du secteur, appelle les taxis à "cesser le travail" ce mercredi avec des manifestations à Paris et en province pour protester contre les projets de "déréglementation" contenus dans le rapport Attali. Ce dernier préconise d'ouvrir à la concurrence plusieurs professions réglementées et notamment celle des taxis.
 
Ceux-ci "assureront le service minimum de l'heure de pointe du matin" (de 6h30 à 9h30). Dans la journée, les centraux radio parisiens ne prendront pas de réservation. En région, les transports sanitaires seront assurés. A Paris, le rassemblement est prévu à 10h place de la République. Il n'est pas prévu d'opération escargot. Actuellement, 46.000 taxis circulent en France, dont plus de 15.000 à Paris. Le rythme annuel est de 300 voitures supplémentaires dans la capitale.
 
"La mort de tous les taxis"
 
Pour le secrétaire général de la Fédération française des taxis de province (FFTP), M.Collin, interrogé par LCI.fr, l'ouverture proposée par la commission Attali, "c'est la mort de tous les taxis". "Déjà qu'on a de grosses difficultés à survivre, à 70 heures par semaines. S'il y a plus de taxis, on ne fera plus qu'une course par jour !", martèle-t-il, soutenant qu'il "n'est pas vrai qu'il n'y a pas assez de taxis. Ce qu'il faut faire, c'est des couloirs et réaménager la loi de 1995".
 
Celle-ci avait redéfini la profession, imposant notamment aux taxis une autorisation de stationnement (sur la voie publique en attente de la clientèle, afin d'effectuer des transports à la demande. Et ils doivent stationner en attente de clientèle dans leur commune de rattachement). Un problème pour les taxis de province notamment, pour la FNTI (Fédération nationale des taxis indépendants). Comme l'a expliqué à LCI.fr Pascal Wilder, président du 69 (Rhône) : "il y a un problème de territorialité. Les licences seraient rachetées à une commune ou un groupe de communes. Je pourrais venir stationner n'importe où". Et puis "on n'aurait moins de moyens de pression, car le pouvoir passerait des maires aux préfets".
 
Delanoë pour le rachat des licences par la puissance publique
 
Tous deux se disent toutefois d'accord avec Luc Chatel sur le fait que "les compagnies de taxi et les artisans taxi (...) sont conscients qu'il faut bouger, évoluer" et "prêts à se remettre en question". Le secrétaire d'Etat chargé de la Consommation et du Tourisme a estimé lundi qu'il fallait "regarder comment progressivement on peut augmenter l'offre" de taxis, "mais en étant vigilant sur l'impact que cela aura sur l'ensemble de la profession". L'augmentation du nombre de licences n'est pas la seule solution, a-t-il estimé.

Affirmant ne pas aller dans le même sens que le rapport Attali, le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, s'est de son côté prononcé en faveur du rachat des licences de taxis par la puissance publique, dimanche soir au Grand rendez-vous d'Europe 1. Il s'est même dit prêt "à mettre beaucoup d'argent pour ça".

Le rapport Attali relève qu'"un nombre extrêmement limité de licences gratuites étant accordé chaque année, le prix de revente des licences est très élevé dans les villes où l'offre est manifestement insuffisante". A Paris, une plaque coûte quelque 190.000 euros, à Toulouse 140.000 euros, 400.000 à Orly, selon le rapport. Et selon la Fédération française des taxis de province, 6.500 chauffeurs taxis locataires ou salariés attendent de pouvoir acquérir une licence. "Il y a des taxis qui gagnent très mal leur vie et malheureusement n'ont un peu de ressources qu'en vendant leur plaque quand ils partent à la retraite et ça vicie le système au départ", selon le maire de Paris. Interrogé sur l'hypothèse de création d'un fonds par l'Etat pour racheter toutes les licences, le maire de la capitale a donc acquiescé.

Ce que préconise le rapport Attali

"Une ouverture complète du marché des taxis et des véhicules de petite remise (VPR) parisiens permettrait d'avoir au total de 50.000 à 60.000 taxis et VPR à Paris et en proche banlieue (contre 16.000 aujourd'hui), soit un gain d'emploi de 35.000 à 45.000". Pour augmenter le nombre de taxis, le rapport propose :

  • Octroyer gratuitement, par une procédure d'attribution étalée sur deux ans, une licence incessible à tous les demandeurs inscrits fin 2007.
  • Après l'ouverture de l'offre de taxis et de VPR, autoriser les taxis à répercuter sur le prix des courses les augmentations du gazole/essence avec une prime tout en conservant un tarif maximal.
  • Autoriser plusieurs chauffeurs à utiliser la même plaque de taxi, à condition de surveiller que les chauffeurs ne dépassent pas le nombre d'heures de travail autorisées par jour (par exemple en instaurant une carte de déblocage pour chaque voiture).
  • Supprimer l'horodateur parisien. Fixer une amplitude de service unique de 11 heures équivaudrait à augmenter le nombre de taxis à Paris d'environ 600 voitures sans pour autant augmenter la surface d'occupation de la voirie.
  • Supprimer les restrictions territoriales qui limitent le chargement des clients dans certaines zones et autoriser la maraude.
  • Fusionner sous la même appellation « Taxis franciliens » les taxis parisiens, ceux d'Orly et de Roissy et de l'Île-de-France et fixer un tarif forfaitaire des aéroports à Paris.
  • Créer une voie dédiée aux taxis, aux bus et au covoiturage entre Paris et les aéroports.
  • Associer pleinement le ministère en charge des transports, aux côtés du ministère de l'intérieur, à la gestion de l'offre de taxis pour mieux tenir compte des intérêts des usagers.
  • Autoriser les préfets à se substituer au maire dans l'attribution de nouvelles licences de taxis, dans les villes où l'évolution du nombre de taxis n'a pas suivi l'évolution démographique.
  • Fluidifier le marché secondaire en autorisant sans délai la vente des licences actuellement détenues.
  • Pour les trajets entre les aéroports et Paris : instaurer une voie réservée aux taxis, aux transports en commun et au covoiturage.

Nicolas Sarkozy a jugé nécessaire de réformer certaines professions réglementées, jugeant qu'il existe des "réglementations parfaitement obsolètes", en citant notamment les taxis

Par Diane Heurtaut le 29 janvier 2008 à 18:50
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience