Claude Choquet, délégué syndical CFDT de la société ardennaise Lenoir-et-Mernier (13 mars 2008) © TF1/LCIL'affaire rappelle celle de l'usine chimique Cellatex, à Givet. A l'été 2000, des dizaines de salariés s'opposant à la fermeture avaient occupé leur entreprise et déversé des centaines de litres d'acide sulfurique dans un petit affluent de la Meuse. Le cas avait fait beaucoup de bruit. Cette fois, il s'agit de la société ardennaise Lenoir-et-Mernier, à Bogny-sur-Meuse, qui fabrique notamment des boulons pour l'industrie. Elle a été mise en liquidation judiciaire le 7 février. Comme dans le cas Cellatex, les ouvriers redoutent de ne pouvoir retrouver un emploi dans un secteur sinistré par les plans sociaux et où le taux de chômage dépasse largement la moyenne nationale. Et eux aussi, après cinq semaines d'action et de tentatives de discussions qui n'ont pas abouti, racontées au jour le jour sur un blog, menacent de déverser de l'acide dans la Meuse.
"Il y a ici un gros sentiment de gâchis", décrit Claude Choquet, délégué syndical CFDT. Présent sur le site de l'usine FAV-LCAB, filiale de Lenoir-et-Mernier, avec les salariés qui se relaient pour occuper les locaux, il témoigne auprès de LCI.fr sur fond d'explosions de bouteilles de produits chimiques qui brûlent dans la cour. "J'ai du mal à maîtriser ceux qui sont prêts à aller jusqu'au bout, raconte-t-il : si je ne les avais pas retenus, les produits auraient été versés depuis hier dans la Meuse. Le site que nous occupons est assez sensible, avec notamment 8000 litres d'acide utilisé à décaper les produits lors de la galvanisation. Et nous avons laissé une journée à la préfecture pour nous répondre : si rien ne vient d'ici ce soir, je ne retiens plus personne. Il y a déjà une cuve de 500 litres d'acide qui est prête au-dessus d'une bouche d'égout". Or le réseau des égouts communique directement avec la Meuse...
"Les gens se sentent abandonnés"
Deux dossiers de reprise partielle ont reçu l'aval du tribunal de commerce de Charleville-Mézières. La société Ancos a été désignée pour la reprise du site de l'entreprise : elle prévoit le maintien de dix emplois. La Société coopérative ouvrière de production (Scop), lancée par une trentaine de salariés associés issus de Lenoir-et-Mernier, a de son côté été désignée pour la reprise de la filiale FAV-LCAB. Sur les 130 emplois que représente l'entreprise, une quarantaine seulement seraient donc sauvés.
Il y a quelques jours, Olivier Besancenot était venu apporter son soutien aux grévistes. Erik Pilardeau, maire socialiste de Bogny-sur-Meuse et conseiller général des Ardennes, tente aujourd'hui de jouer les médiateurs, mais comprend le désarroi des salariés. "Les gens se sentent abandonnés. La dernière réunion n'a rien donné. Maintenant, il va y avoir une tentative de concertation de la part de l'union départementale de la CFDT, des propositions concrètes d'aide de la part du conseil régional pour retrouver des emplois".
Le PDG accusé de tous les maux
Mais le temps presse, et surtout, l'affaire se double d'accusations de malversations contre le PDG de Lenoir-et-Mernier, Philippe Jarlot. Emplois fictifs accordés à des proches, vente à perte pour gonfler ses propres commissions de principal commercial de l'entreprise, sociétés rachetées à vil prix et dont le matériel aurait été revendu au noir : les salariés n'ont pas de mots assez durs pour dénoncer leur employeur. Ils ont déposé plainte pour abus de biens sociaux, détournement d'actifs, présentation de faux bilan, vol et banqueroute. Le service régional de police judiciaire de Reims mène une enquête depuis fin janvier. Face à ces accusations, les proches de Philippe Jarlot, contactés par LCI.fr, ont préféré ne pas faire de commentaire dans l'immédiat.
Pour les salariés, la gestion du PDG est seule en cause dans les déboires de leur entreprise. "Ce qui fait mal au cœur, c'est qu'un audit réalisé en juillet a confirmé que l'entreprise est viable, que l'outil de travail est bon et qu'il y a une réserve de clients fidèles, assure Claude Choquet. Aujourd'hui, une entreprise presque centenaire est menacée de disparaître. La moyenne d'âge des salariés est de 47 ans, beaucoup se connaissent depuis 20, 30 ans, et c'est presque une famille qui se retrouve brisée".
"Pour l'instant, affirme Claude Choquet, tous sont solidaires, et même les trente qui ont pu sauver leur emploi grâce à la Scop viennent nous relayer pour occuper l'usine. Mais toutes nos demandes sont restées sans réponse". Sans réponse, la demande de nomination d'un médiateur. Sans réponse, la demande d'une indemnité supra-légale de 50.000 euros par salarié. "Nous sommes descendus jusqu'à un euro symbolique comme reconnaissance du préjudice moral subi, assure Claude Choquet. Même cela nous a été refusé. Nous avons demandé à l'UIMM, dont Philippe Jarlot était membre, de condamner au moins symboliquement ses malversations: l'UIMM a refusé".
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