Laurence Parisot, présidente du Medef/image d'archives © LCIUne perquisition a eu lieu jeudi au siège du Medef à Paris, y compris dans le bureau de Laurence Parisot, qui dirige l'organisation patronale. Cette perquisition, qui s'est achevée vers 17 heures, a été effectuée dans le cadre de l'affaire des retraits en espèces présumés frauduleux des comptes de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), une de ses branches. Elle a été menée par les policiers de la brigade financière, en présence d'un représentant du parquet et du juge Roger Le Loire chargé du dossier. Selon une source proche du dossier, la perquisition à l'issue de laquelle les policiers ont emporté plusieurs documents, ne devrait pas entraîner de "rebondissement" dans cette affaire.
Une autre source proche du dossier a déclaré que cette la perquisition était liée aux déclarations de Daniel Dewavrin, ancien président de l'UIMM, selon qui Laurence Parisot aurait eu connaissance de l'existence du système de retraits suspects en liquide des caisses du patronat de la métallurgie. Dans un communiqué, le Medef, a affirmé "collaborer pleinement et en toute transparence avec les autorités judiciaires afin de les aider à faire toute la lumière dans l'affaire de l'UIMM". Il a rappelé en outre que "les fédérations professionnelles et les organisations territoriales (étaient) des adhérents du Medef et non des filiales". "Par conséquent, il n'a pas de pouvoir de contrôle, ni sur leur gouvernance, ni sur leur comptabilité". Cette perquisition intervient au lendemain de la mise en examen de Daniel Dewavrin, président de l'UIMM de 1999 à 2006 pour "abus de confiance et recel d'abus de confiance".
Procédure judiciaire en diffamation
La procédure concerne des retraits en espèces non justifiés, et pour un but toujours mystérieux, de 19 millions d'euros des comptes de l'UIMM de 2000 à 2007. Daniel Dewavrin, interrogé par la police et le juge d'instruction Roger Le Loire, avant sa mise en examen, a toujours déclaré que Laurence Parisot avait été informée de l'existence des pratiques concernant le "cash" de l'UIMM avant l'été 2007, donc avant le début de l'enquête judiciaire.
Laurence Parisot, qui a contesté ces affirmations, assure avoir appris l'existence des retraits en espèces par la presse, lors de l'ouverture d'une enquête en septembre 2007. Elle a engagé une procédure judiciaire en diffamation contre Daniel Dewavrin. Ce dernier a précédé de 1999 à 2006 à la tête de l'UIMM Denis Gautier-Sauvagnac, déjà mis en examen depuis le 15 janvier pour "abus de confiance, recel d'abus de confiance et travail dissimulé". Plusieurs autres personnes sont poursuivies, dont l'ex-bras droit de "DGS", Dominique de Calan.
Une caisse noire de 600 millions d'euros
Les dirigeants de l'UIMM ont expliqué que l'argent avait servi à "fluidifier les relations sociales", ce qui semble sous-entendre un financement occulte de syndicats de salariés. "DGS" a déjà expliqué à la justice que la pratique des retraits en espèces était très ancienne. Il a aussi indiqué à la police qu'il avait remis une fois 5.000 euros à Daniel Dewavrin en espèces, car ce dernier l'avait sollicité pour financer un week-end, en expliquant qu'il n'avait pas eu le temps de passer à sa banque.
L'affaire, relancée lorsque la presse a révélé que "DGS" s'était vu promettre une somme de 1,5 million d'euros lorsqu'il a été contraint de quitter son poste, a provoqué un vif affrontement entre les dirigeants de l'UIMM et la patronne du Medef Laurence Parisot. Cette dernière a demandé sans succès que les membres du patronat de la métallurgie abandonne tous les mandats qu'ils détiennent dans des organismes paritaires, notamment l'Unedic (assurance-chômage) et l'Agirc (ciasse de retraite des cadres).
La police n'a pas pu à ce jour vérifier la destination des fonds et aucune hypothèse n'est exclue par la justice, y compris celle du financement politique ou de la corruption ponctuelle d'élus. L'UIMM estime qu'il n'y a pas de délit et elle reconnaît avoir créé dans l'après-guerre une caisse "noire" baptisée Epim et destinée à l'origine à indemniser ses membres victimes de grèves, forte aujourd'hui de 600 millions d'euros.
(D'après agences)
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