"Bien joué mais nous ne sommes pas dupes"

Par , le 26 mai 2008 à 12h17 , mis à jour le 26 mai 2008 à 12h37

Interview - Le secrétaire fédéral de la CGT-Cheminots voit la main du gouvernement dans le nouveau ton adopté par le patron de la SNCF sur la réforme du fret.

rail train aiguillage ferroviaire transport © Médiathèque de la Commission européenne

Guillaume Pepy veut éviter "l'épreuve de force". A tout prix.  Le nouveau patron de la SNCF est prêt pour cela à abandonner le volet social de la restructuration de la branche fret de l'entreprise, alors que les syndicats menacent toujours d'une grève début juin sur ce thème. Le fret est la branche malade de la SNCF : il emploie 20.000 agents et ne cesse de perdre de l'argent.
 
"Nous ne voulons pas mettre la SNCF par terre en allant à l'épreuve de force pour imposer la modification de la réglementation actuelle" du travail, a lâché vendredi Guillaume Pepy après une table-ronde avec les fédérations de cheminots. Il leur a fait d'entrée de jeu et à la surprise générale une série de concessions, avant de les convier à une nouvelle réunion jeudi prochain.
 
Deuxième surprise : faute d'accord direction syndicats, les conditions de travail ne seraient pas modifiées. En somme, il annulera tout. Et les syndicats ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes si le fret ne décolle pas... LCI.fr fait réagir Bernard Guidou, secrétaire général CGT-Cheminots, à cette drôle de stratégie du patron de la SNCF.

LCI.fr : Alors que l'on s'attendait à une grève dure dans le fret, la direction de la SNCF accepte dorénavant l'idée d'un statu quo pour l'éviter...
 
Bernard Guidou, secrétaire général CGT-Cheminots : Tout le monde se préparait au conflit mais Guillaume Pepy s'est rendu à notre réunion de vendredi dernier après des mois sans dialogue. C'est bien joué mais nous ne sommes pas dupes. Difficile  ne pas voir un lien avec la situation sociale dans le pays : la grogne des marins pêcheurs, des routiers, la mobilisation  du 22 mai et les 25% de grévistes à la SNCF... Peut-être le gouvernement souhaite-t-il éviter l'ouverture d'un nouveau front dans un contexte tendu.
 
LCI.fr : Quel est l'objet de vos discussions avec la direction de la SNCF ?
 
B. G. : L'enjeu est la discussion du volet social de la réforme du fret à la SNCF. Pour la direction, cela passe par une augmentation des rythmes de travail, que ce soit sur la durée des journées ou les repos auxquels nous avons droit. Mais pour nous, il ne s'agit pas d'un problème de réglementation mais d'organisation. Par exemple, un agent de conduite qui peut théoriquement travailler 1600 heures n'en fait aujourd'hui que 1150 car la production est trop spécialisée. Avant, un cheminot pouvait intervenir aussi bien sur le trafic voyageurs que sur celui des marchandises. Cela pourrait justement être un atout que n'ont pas nos concurrents, qui permet davantage de réactivité et de faire des économies.  Mais la SNCF veut au contraire spécialiser ses agents, c'est ce modèle "à l'allemande" que nous rejetons.
 
LCI.fr : Avec son attitude du "quitte ou double", en cas d'échec, Guillaume Pepy pourrait faire porter la responsabilité  à votre immobilisme...
 
B. G. : C'est du chantage. Nous somme prêts à bouger et l'on a pas le droit de laisser penser à l'opinion publique que seul la déréglementation du travail est une solution. La situation du fret à la SNCF, c'est la direction de l'entreprise qui en porte la responsabilité. Guillaume Pepy a donc beau rôle de vouloir nous faire porter le chapeau. Aujourd'hui, il nous dit "Voila les propositions que j'aurais lâchées s'il y avait eu un conflit". On prend acte, mais c'est un sacré aveu sur la conception du dialogue social qui prévalait dans l'entreprise.
 
LCI.fr : Se dirige-t-on alors quand même vers une grève ?
 
B. G. : C'est impossible à dire. Nous allons faire d'ici jeudi de nouvelles propositions pour qu'enfin, on s'attaque à la question de l'organisation du fret.

Par Olivier Levard le 26 mai 2008 à 12:17
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10 Commentaires

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  • Dlggt24, le 26/05/2008 à 17h29

    Pêcheurs,routiers,ambulancier,éducation nationale,impôts,transports (toutes catégories confondues), et j'en passe : A LA GREVE ! comme disait COLUCHE! Mais y a-t-il un jour dans l'année sans grève dans notre pays ? Si oui il faut le décréter " jour férié !!! Tous ces tordus réfutent systématiquement les exemples d' organisation du travail chez nos voisins mais c'est pourtant chez eux que la situation de la population est, sinon la meilleure , du moins bien meilleure que la nôtre..... A BON ENTENDEUR ......!!!!

  • Jean Bonnot, le 26/05/2008 à 16h52

    Monsieur Pepy aurait bien tort de s'ennuyer avec le fret : qu'il consacre ses efforts au TGV, de grand avenir, et laisse tomber les RER ruineux et le fret, gouffre pour une entreprise publique et trésor pour des entreprises privées. Monsieur Pépy voit très clair : il va sauver la SNCF et avec un quart de ses employés.

  • Jean paul, le 26/05/2008 à 15h55

    Si la SNCF perde de l'argent avec le FRET pourquoi continuer laisser le a des entreprises privees , et reclasser les gens du fret au service du public;

  • Remi, le 26/05/2008 à 15h30

    Anecdote:On a envoye un train de fret a Anvers pour prendre un bateau; a l arivee un wagon manquait. Apres 48 heures la SNCF l'a retrouve en region parisienne pour une "reparation mineure". Resultat,un bateau bloque,beaucoup de travail de logistique, des penalites de retard etc... Et pas UN agent de la SNCF n'a juge utile de prevenir le client que nous sommes ou le port d'Anvers! Alors au travail messieurs les syndicalistes!

  • Michel, le 26/05/2008 à 14h58

    Le fret est un secteur porteur. Avec 20 OOO agents il devrait être n°1.

  • RIGAUD, le 26/05/2008 à 14h49

    Je suis cheminot de base et je vous assure que c'est plutôt la CGT qui fait du chantage tous les jours en dénigrant l'encadrement de proximité, qui défend les agents qui ont des problèmes avec leur hiérarchie, qui se fiche des cheminots acec un CE ou seuls les amis de la CGT sont présents. La CGT ne veut pas d'un modèle allemand pour le fret parce que celui-ci fait des bénéfices. Avec le refus de la CGT de signer l'intéressement, on a perdu 1200 euros en 2 ans!

  • Le Voyageur, le 26/05/2008 à 14h25

    A ce monsieur Guidou je dirais que la situation du fret est la responsabilité de ses grèves, pas de la sncf. A force de tirer sur la corde, les clients ont préféré aller ailleurs. Ce qui aurait pu être un bel outil est devenu moribon à cause des syndicats. Il risque d'arriver la meme chose aux ports si les dockers se comportent comme ils le font. Les armateurs iront dans d'autre ports européens afin de s'assurer un minimum de fiabilité. Nos syndicats ne font que scier les branches ou sont assis les salariés.

  • Patrick, le 26/05/2008 à 14h01

    L'avantage de laisser les cheminots faire grève, c'est que la concurrence pourra prendre des parts de marché et lorsque les entreprises verront que ça marche mieux par ailleurs, alors le frèt SNCF n'aura plus que ses yeux pour pleurer.

  • Jean Bonnot, le 26/05/2008 à 14h00

    On ne peut pas assurer l'avenir des cheminots contre la volonté de ceux-ci. L'idéologie doit tuer le fret et la SNCF. Bien des entreprises privées sont en embuscades et voient avec plaisir les syndicats saborder l'entreprise publique. Mais que fait l'UIMM de son bas de laine ?

  • Thomas, le 26/05/2008 à 13h08

    Si la SNCF savait gérer le fret ça se saurait. Ils ont perdu ce marché parce que, historiquement, ils n'ont jamais su acheminer les cargaisons là où elles étaient attendues.

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