Le cortège des manifestants à Lyon le 22 mai © TF1/LCIA les écouter, la mission est accomplie. Pour les syndicats qui mobilisaient contre l'allongement à 41 ans de la durée de cotisation, la mobilisation de jeudi est un succès.Ils attendent maintenant une réaction du gouvernement. A 17 heures, les estimations des syndicats CGT et FO, établissaient entre 430.000 et 700.000 le nombre de personnes mobilisées dans toute la France mais pour la police, moins de 300.000 personnes ont participé, dans 126 villes de France, aux manifestations.
En 2003, les premières manifestations unitaires contre la réforme des retraites, dont le gouvernement mène actuellement la deuxième étape, avaient réuni entre 250.000 et 500.000 personnes. Le mouvement s'était ensuite amplifié, réunissant à son sommet 1 à 2 millions de manifestants.
La CGT s'est félicité d'un "incontestable succès", avec "une participation majoritaire des salariés du privé". Pour François Chérèque (CFDT), "les résultats des manifestations en province sont importants. (...). Il faut que le gouvernement revoit ses propositions, qu'il décale le passage à 41 ans en fonction de l'emploi des seniors, qu'on tienne compte de la pénibilité des métiers dans le calcul de la durée de cotisations..."Si le gouvernement reste droit dans ses bottes, ça veut dire qu'il faudra une suite, on ne pourra pas en rester là", aprévenu Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO.
Tout est dans le décompte...
Partout en France, les estimations syndicale et policière divergent assez nettement. Ainsi, à Paris, selon la préfecture de police, 28.000 personnes ont participé à la manifestation, tandis que, selon la CGT, ce sont 70.000 personnes qui ont défilé. Environ 11.000 personnes selon la police, 25.000 selon les syndicats, ont manifesté jeudi dans les rues de Nantes pour "défendre les retraites". "Ni crever au boulot, ni retraite de misère: non aux 41 annuités" ou "Travailler plus pour gagner moins, non merci", pouvait-on lire sur les banderoles du cortège qui a défilé dans le calme. Ils étaient une dizaine de milliers à Lyon.
A Marseille, la guerre de chiffres entre autorités et syndicats vire au ridicule. Plus de 60.000 personnes, selon les organisateurs, 8.000 d'après la police, manifestaient contre les projets du gouvernement. Les agents du port autonome de Marseille, qui observent des grèves perlées depuis plusieurs semaines, ont pris la tête du défilé du Vieux-Port jusqu'à l'avenue du Prado, revêtus de leurs bleus de travail.
Autre grand écart à Grenoble : 8.000 manifestants selon la police, 30.000 selon la CGT. Près d'un millier de lycéens s'étaient joints à la manifestation. A leur arrivée en centre-ville, une partie d'entre eux s'est dissociée du cortège et s'est rendue devant la préfecture, avec l'intention d'aller au rectorat, comme les lycéens tentent de le faire depuis un mois. A Toulouse, entre 14.000, selon la police, et 25.000 personnes, selon les organisateurs, ont défilé.
8% de grévistes dans la fonction publique, 25% à la SNCF...
Les confédérations, qui n'avaient pas appelé formellement à la grève même si des préavis ont été déposés pour "couvrir" les manifestants, ont insisté pour que leur succès soit mesuré au nombre de manifestants et non de grévistes. A la SNCF, la direction a néanmoins donné un taux non négligeable de 24,9% de grévistes. La direction de La Poste en a enregistré 11,33%, celle de France Télécom 19,5%, celle du groupe EDF 20,8% et celle de GDF 16,2%. Dans les transports, le trafic a été globalement conforme aux prévisions (Voir notre article).
Dans la fonction publique, les personnels étaient appelés à participer "massivement aux manifestations". Des préavis ont été déposés, mais sans appel à la grève. Le taux de grévistes était jeudi à 12 heures 30 de 8,1% dans la fonction publique d'Etat et de 7,7% dans l'ensemble des trois fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière), a-t-on appris auprès du ministère.
"Est-ce si catastrophique que ça ?"
Frédéric Lefebvre, a demandé jeudi à "tous les gens de bonne foi" de défendre une "réforme courageuse" . Le porte-parole de l'UMP a salué les propos du socialiste Manuel Valls, qui a estimé que l'allongement de la durée de cotisation était "inéluctable", et demandé aux élus socialistes "de prendre leurs responsabilités" dans ce domaine. En écho aux manifestations, la présidente du Medef Laurence Parisot, favorable à un recul de l'âge de la retraite en plus des 41 ans, a lancé: "Est-ce si catastrophique que ça de partir à la retraite à 63 ans et demi ?"
Le plan gouvernemental prévoit une nouvelle revalorisation des pensions de 0,8% au 1er septembre. Des mesures jugées insuffisantes par les syndicats, qui veulent que soit garanti le niveau général des pensions, en changeant leur mode de calcul et en les indexant aux salaires plutôt qu'à l'inflation. "Je suis très attentif à ce conflit comme à toute manifestation de nos concitoyens. Simplement, je fais remarquer que cette question a été tranchée en 2003", répliquait mercredi le premier ministre François Fillon mercredi soir sur France 2.
| La grève soutenue, selon un sondage |
Six Français sur dix (60%) soutiennent "le mouvement de grève contre le passage à 41 annuités de cotisations pour la retraite" de jeudi, contre 36% d'un avis contraire et 4% sans opinion, selon un sondage Viavoice jeudi dans Libération. Huit sur dix des sympathisants de gauche soutiennent le mouvement contre trois sur dix de ceux de droite. |
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