Les agriculteurs poursuivent les blocages

le 28 mai 2008 à 15h22 , mis à jour le 29 mai 2008 à 10h16

Un agriculteur et un CRS ont été légèrement blessés mercredi lorsque les CRS ont chargé les agriculteurs qui bloquaient le dépôt pétrolier de Frontignan, près de Sète.

Pêcheurs prix du gazolePêcheurs en colère devant un dépôt de carburant © TF1/LCI

La colère des pêcheurs face la flambée des prix du pétrole continue de faire tâche d'huile. Les agriculteurs et les routiers manifestent à leur tour. Et le mouvement semble s'inscrire dans la durée.

Depuis 7 heures jeudi matin, deux dépôts pétroliers situés au sud de Dijon sont bloqués par "150 à 200 agriculteurs" à l'appel de la FDSEA (syndicat des exploitants agricoles). En Haute-Savoie, une centaine d'agriculteurs bloquent depuis minuit le dépôt d'Annecy/Vovray, a-t-on appris auprès de la préfecture. Quant au dépôt pétrolier de Chignin, en Savoie, il est occupé par une cinquantaine d'agriculteurs.

Mercredi, les manifestations ne se sont pas toujours déroulées dans le calme. Un agriculteur et un CRS ont été légèrement blessés lorsqu'une cinquantaine de CRS ont chargé les agriculteurs, rejoints par des pêcheurs, qui bloquaient le dépôt pétrolier de Frontignan, près de Sète, dans l'Hérault, faisant usage des gaz lacrymogène. Des CRS ont finalement délogé en début de soirée sans affrontements directs les agriculteurs et les pêcheurs qui ont bloqué en tout plus de huit heures l'accès au dépôt pétrolier.

Près de Toulouse environ 300 agriculteurs ont bloqué l'accès à un dépôt de carburant situé à Lespinasse. Objectif : demander des mesures d'urgence pour faire face à la flambée des prix du pétrole. L'entrée du dépôt de la société Total, alimentant les stations-services dans un rayon de plus de 200 km autour de Toulouse, a été bloquée par des voitures d'agriculteurs qui ont immobilisé un camion-citerne sortant des installations. Dans le même temps, une quarantaine de poids lourds a mené mercredi matin une opération escargot sur la rocade bordelaise dans les deux sens, en signe de protestation contre les prix élevés du gazole.

Et le mouvement continue de s'élargir. Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) a réclamé au gouvernement que les prix auxquels sont attribués les marchés puissent être automatiquement révisés en fonction notamment des "nouvelles hausses des prix des produits pétroliers".

Le gouvernement obligera les "chargeurs" à répercuter les hausses de carburant

Face à la grogne, Frédéric Lefebvre, un des porte-parole de l'UMP, a déclaré mercredi soir que le gouvernement voulait imposer des "sanctions pénales" aux entreprises en contrat avec les transporteurs qui refuseraient de répercuter les hausses de carburant. "Prenons les routiers. Le gouvernement va déposer un amendement dans la loi de modernisation économique qui va permettre de donner des sanctions pénales aux entreprises (ndlr: les "chargeurs") qui ne respectent pas la loi sur la possibilité de répercuter (les hausses de prix). Les routiers l'attendent", a-t-il expliqué lors de l'émission Questions d'info (LCP-France Info-AFP). Jeudi matin, Le secrétaire d'Etat chargé des Transports Dominique Bussereau a d'ailleurs confirmé qu'un amendement serait bien voté en ce sens.

Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, a lancé mercredi un "appel à l'esprit de responsabilité" des acteurs de la filière pêche, alors que le mouvement marque le pas en France. "Nous avons compris leur détresse, nous répondons par un plan d'une ampleur inégalée, nous mettons en place ce plan concrètement et chacun peut comprendre que la nouvelle étape qui est devant nous est de poser la question de l'avenir de la pêche européenne", a-t-il dit. Il a par ailleurs fait état mercredi de contacts "dans les prochains jours" avec la Commission européenne sur le dossier de la filière pêche.

Manifestation transfrontalière

Car la colère des marins-pêcheurs, elle, ne faiblit pas. Une cinquantaine de marins-pêcheurs de l'Aude, des Pyrénées-Orientales et de l'Hérault ont mis en place une opération "péage gratuit" mercredi sur l'A9, près de la frontière espagnole. Après avoir participé dans la matinée à une opération coup de poing dans les deux plus importants hypermarchés de Perpignan, les pêcheurs ont rejoint le dernier péage autoroutier avant l'Espagne et ont fait lever les barrières, dans le sens nord-sud, sans incident, permettant aux automobilistes de gagner l'Espagne sans payer.

Les pêcheurs, venus d'Agde et Valras (Hérault), de Port-la-Nouvelle (Aude) et de Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), avaient précédemment vidé les rayons poissonnerie du Carrefour de Claira et de l'hypermarché Auchan au sud de Perpignan, avant de distribuer poissons et crustacés aux passants.

Dans le Finistère, des marins-pêcheurs ont établi un barrage filtrant sur un rond-point à l'entrée de Pont-l'Abbé, dans le sud du département, arrêtant les poids lourds pour en vérifier la cargaison et allumant des feux de palettes, selon la gendarmerie. Ce barrage filtrant a entraîné de fortes difficultés de circulation. En Mayenne, une cinquantaine de marins-pêcheurs ont organisé une opération péage gratuit au péage de La Gravelle sur l'A81, contrôlant également les poids-lourds pour vérifier leur chargement.

Raffinerie Total
 
Les manifestants, venant de plusieurs ports des Côtes d'Armor et de Lorient, ont déployé des banderoles réclamant le gazole à 40 centimes et "plus de transparence sur les prix entre pêcheurs et consommateurs". A Cherbourg, les marins-pêcheurs ont également bloqué un rond-point à l'entrée de la ville durant deux heures. Pour leur part, des ambulanciers réclamant eux aussi un carburant moins cher menaient une opération escargot dans la Manche sur la nationale N175 entre Avranches et le Mont Saint-Michel.
 
En revanche, l'accès à la raffinerie Total de Gonfreville l'Orcher, près du Havre a été débloqué et les expéditions de carburants par camions ont pu reprendre mercredi matin. Le tribunal du Havre avait ordonné en référé mardi midi la libération des accès de cette raffinerie. Il avait été saisi par la direction qui estimait qu'un accord conclu avec les pêcheurs sur les modalités du blocage n'était pas respecté en particulier le libre accès du personnel des entreprises extérieures qui travaillent sur le site.

(D'après agence)

le 28 mai 2008 à 15:22
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