CGT du livre : "Nous n'avons rien d'un syndicat violent !"

Par , le 30 octobre 2008 à 19h07 , mis à jour le 31 octobre 2008 à 10h39

Le secrétaire général du syndicat qui a bloqué la parution de la presse nationale jeudi défend les ouvriers du livre des accusations de violence par les patrons de presse.

presse quotidien kiosque journaux journal © sxc.hu / DR

Ils font apparemment l'unanimité contre eux. Jeudi, la direction des NMPP (Nouvelle Messageries de la Presse Parisienne) et les patrons de presse s'élevaient contre la nouvelle grève d'une partie des ouvriers du Livre CGT qui a empêché la parution de la plupart des quotidiens nationaux et de nombreux magazines. Dans ce contexte tendu, Marc Norguez, secrétaire général du syndicat, répond à nos questions. Il se défend des accusations de violence contre les ouvriers du livre et détaille son opposition au plan de Rémy Pflimlin, le directeur général des NMPP qui annonce par ailleurs sur Europe 1 que les quotidiens nationaux paraîtront vendredi.
 
LCI.fr : Vous avez une nouvelle fois empêché la parution de la presse jeudi. Pourquoi ces blocages? 
 

Marc Norguez, secrétaire général de la SGLCE-CGT
Marc Norguez
Marc Norguez, secrétaire général de la SGLCE-CGT : Il y a eu une conjonction de deux événements. La premier, c'est qu'alors que nous demandions à être reçus par la direction générale des NMPP, nous avons été accueillis par deux compagnies de CRS qui ont interpellé un de nos camarades et l'ont maintenu en garde a vue toute la journée. Le second, c'est que la direction a refusé de nous rencontrer et s'en tient au plan que nous combattons.
 
LCI.fr : Pourquoi rejetez-vous ce plan?
 
M. N. : Nous demandons simplement à pouvoir continuer à travailler, à distribuer et à trier la presse plutôt que de voir ce travail sous-traité et confié à des entreprises qui emploieront des salariés précaires à des salaires de misère. La présentation du plan a bien été modifiée mais rien n'a changé. 350 salariés partiraient sur 1200 et, comme il en reste 37 qui sont toujours en "sureffectif", on va les mettre dans un centre en attendant qu'ils puissent sortir en préretraite...
 
LCI.fr : Vous vous comparez aux étudiants Chinois devant les chars à Tienanmen... N'est-ce pas un peu excessif?
 
M. N. : C'est le sentiment qu'on a. On a devant nous un char, ou un bulldozer, qui avance en ne tenant compte de rien...
 
LCI.fr : Le PDG des NMP, Remy Pfimlin, dénonce des "actes illégaux"?
 
M. N. : Je ne sais pas s'il est qualifié pour parler de cela, s'il est un spécialiste des grèves.... Lui et les autres éditeurs sont informés de nos positions et de nos objectifs. Nous sommes dans le cadre du droit de grève et il n'y a pas eu d'exaction particulière.
 
LCI.fr : Les patrons de presse sont furieux. Celui de Libération, Laurent Joffrin, dénonce une prise d'otages et voit en vous "des gens qui usent constamment de la menace physique". Au moment du lancement de la presse gratuite, vous aviez déjà été accusés de violences...
 
M. N. : Au contraire. Nous sommes un syndicat solidaire avec les gens qui en ont besoin. Nous n'avons rien d'un syndicat violent, pas plus que les autres corporations ! La véritable violence, ce sont les plans sociaux et les licenciements. Evidemment, on veut nous faire porter ce costume mais la réalité n'entre pas dans ce cadre. Pendant l'affaire des gratuits, des opérations ont été montées mais il n'y a eu ni plainte, ni condamnation. Nous pratiquons un syndicalisme démocratique, de masse. D'ailleurs, si nous étions une horde de gens violents, nous serions entré de force au siège des NMPP (NDLR : Depuis, le directeur général des NMPP a précisé que l'entreprise avait porté plainte mercredi pour "tentative d'effraction violente"). Nous affrontons les patrons sans baisser la tête. Si l'UMP et certains éditeurs sont contre nous, cela ne nous surprend pas...
 
LCI.fr : On ne peut pas accuser Libération d'être ultralibéral...
 
M. N. : L'actuelle direction de Libération est financée largement par un membre de la famille Rothschild. Elle n'est pas du coté des salariés et de ceux qui résistent à la politique libérale. On n'empêche pas les journaux de paraître, on fait la grève ! Or notre métier est de les imprimer et les distribuer ! Si on ne fait pas notre travail, effectivement, ils ne sortent pas.
 
LCI.fr : Selon les NMPP, vous avez physiquement empêché la sortie du Parisien en bloquant sa sortie. Avez-vous une version différente?
 
M. N. : C'est la direction du Parisien qui a pris la décision de ne pas sortir sachant que les NMPP étaient en grève et qu'une partie importante des salariés CGT au sein même des entreprises du Parisien n'ont pas travaillé. Il était donc impossible de sortir le titre ainsi qu'Aujourd'hui en France et L'Equipe. Si des ouvriers étaient rassemblés à la sortie du journal, c'est qu'il arrive que, compte tenu de la composition de certaines équipes,  Le Parisien, sorte une édition allégée et réduite. Comme nous voulions que tous les quotidiens soient traités de la même manière, nous avons pris les mesures qui s'imposent.
 
LCI.fr : Donc, concrètement, vous avez bloqué le journal !
 
M. N. : Oui, enfin nous aurions pu le faire mais nous n'avons pas eu à le faire.
 
LCI.fr : Ne craignez vous pas que les quotidiens finissent par sortir des NMPP pour se distribuer eux-mêmes?
 
M. N. : Les NMPP, c'est le meilleur système de distribution pour les quotidiens. Et le moins cher... Vous savez ce que ça coûte de distribuer des quotidiens en petite quantité ? Les gens de Libération devraient regarder avec beaucoup d'intérêt la réalité de la distribution de leur journal. Le plan des NMPP est fait pour continuer à distribuer les gros titres, comme ceux du groupe Hachette, et les plus petits seront distribués dans de mauvaises conditions. Aujourd'hui, nous avons encore un système de solidarité où les gros payent pour les petits.
 
LCI.fr : Nicolas Sarkozy a lancé des"Etats généraux de la presse". Qu'en attendez vous? La solution peut-elle venir de là?
 
M. N. : Nous avons été auditionnés mais on n'en attend rien car la totalité des participants sont des gens qui considèrent que la presse est une marchandise. Or, il faudra bien un système pour distribuer les quotidiens, et il ne sera pas viable s'il n'est pas adossé à des gros magazines. Nous sommes isolés mais nous avons la confiance des salariés. C'est un combat difficile.

Par Olivier Levard le 30 octobre 2008 à 19:07
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20 Commentaires

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  • Rémy, le 31/10/2008 à 10h48

    Ces soit-disants ouvriers des NMPP opprimés voudraient-ils bien nous avouer leurs salaires et autres avantages sociaux acquis grâce à ce monopole ? En effet ils font grève moins souvent que la RATP ou la SNCF, c'est normal, ils ont encore plus d'avantages ! Je comprend qu'ils ne soient pas d'accord avec le plan : 350 départs, c'est autant de collègues qui ne cotiseront plus une partie de leur salaire à la CGT...

  • Ge, le 31/10/2008 à 10h06

    Je crois rever les financier detruisent nos emplois,notre systeme social un retour 50 ans en arriere et il y a encore des gens pour rendre responsable ceux qui s'opposent a cette casse . au nom de l'interet de quelques uns l'histoire se repete

  • Calimero, le 31/10/2008 à 10h01

    Pourquoi n'y a-t-il jamais d'article sur la violence des techniques de management "modernes" que la CGT "presse" applique elle aussi ?

  • Endreybte, le 31/10/2008 à 09h59

    Ne pensez vous pas que CGT du livre et Golden parachute sont du même tonneau des privilèges dépassés ? Supprimons ,réformons tout cela c est devenu insupportable

  • Nicolas, le 31/10/2008 à 09h23

    "On n'empêche pas les journaux de paraître, on fait la grève !" C'est vrai que c'est totalement différent.

  • Phil, le 31/10/2008 à 09h12

    La CGT et le syndicat du livre est l'éxmple même de la bétise, ils sont enrain de tuer les quotidiens et donc de tuer leurs boulots !! vive la presse libre sans les comministes

  • Martel, le 31/10/2008 à 09h08

    C'est un scandale,ils sont une poignée qui décident de l'embauche de tel ou tel(merci le copinage),qui ont des priviléges exorbitants(salaire,congés payés) et qui se permettent d'imposer leur dictature au mépris de l'intérêt général,solidarité, oui mais pour soi-même.

  • Zemygale, le 31/10/2008 à 08h54

    Il ne fait à son niveau que ce que font la sncf, la ratp, les enseignants, etc....la presse est loin d'avoir le record de grève en France...et puis eux au moins, qaund ils font grève, ils ne bloquent pas des millions de gens sur les quais de métro, RER ou trains.

  • Stam, le 31/10/2008 à 08h50

    Des super-priviligiés bien plus soucieux de conserver tous leurs avantages pour pouvoir s'inquiéter de l'avenir de la presse et du consommateur. J'ai été diffuseur de presse : c'était de l'esclavage payé à coups de lance-pierre avec une diminution constante des ventes. Demandez à ces ouvriers du livre qu'elles sont leurs conditions de travail et leurs salaires. Si on ne met pas un coup de pied dans la fourmilière, la PRESSE EST MORTE.

  • Rolland, le 31/10/2008 à 08h29

    Évidemment Joffrin 'aime les ouvriers que s'ils restent 'à leur place.Quand ils sont comme dans les livres,,sages apeurés devant le chômage et la précarité.C'est si beau et si romantique pour cette gauche de ne plaindre les"grouillots"que lorsque ils sont soumis ",Ces pauvres ouvrières de chez Moulinex,Nestlé,Arena......qui perdent leur emploi après tant d'années passées dans l'entreprise et qui à leur age ,n'ont plus qu'à espérer un reclassement qui ne viendra jamais" .Voilà des bons exemples,voilà les ouvriers bien à leur place, pourJoffrin. Il pourra écrire sur leur misère et s'en émouvoir,il se complaira dans ses poncifs et même,pourra encaisser, à coups d'interviews télé,articles et bouquins quelques bénéfices personnels ..Alors c'est sont manque d'imagination qui le pousse à conspuer les rares ouvriers qui ont encore le loisir de lutter ou ses convictions dont on sait qu'elles sont versatiles selon les époques...?

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