© sxc.hu / DR Ils font apparemment l'unanimité contre eux. Jeudi, la direction des NMPP (Nouvelle Messageries de la Presse Parisienne) et les patrons de presse s'élevaient contre la nouvelle grève d'une partie des ouvriers du Livre CGT qui a empêché la parution de la plupart des quotidiens nationaux et de nombreux magazines. Dans ce contexte tendu, Marc Norguez, secrétaire général du syndicat, répond à nos questions. Il se défend des accusations de violence contre les ouvriers du livre et détaille son opposition au plan de Rémy Pflimlin, le directeur général des NMPP qui annonce par ailleurs sur Europe 1 que les quotidiens nationaux paraîtront vendredi.
LCI.fr : Vous avez une nouvelle fois empêché la parution de la presse jeudi. Pourquoi ces blocages?
![]() |
| Marc Norguez |
LCI.fr : Pourquoi rejetez-vous ce plan?
M. N. : Nous demandons simplement à pouvoir continuer à travailler, à distribuer et à trier la presse plutôt que de voir ce travail sous-traité et confié à des entreprises qui emploieront des salariés précaires à des salaires de misère. La présentation du plan a bien été modifiée mais rien n'a changé. 350 salariés partiraient sur 1200 et, comme il en reste 37 qui sont toujours en "sureffectif", on va les mettre dans un centre en attendant qu'ils puissent sortir en préretraite...
LCI.fr : Vous vous comparez aux étudiants Chinois devant les chars à Tienanmen... N'est-ce pas un peu excessif?
M. N. : C'est le sentiment qu'on a. On a devant nous un char, ou un bulldozer, qui avance en ne tenant compte de rien...
LCI.fr : Le PDG des NMP, Remy Pfimlin, dénonce des "actes illégaux"?
M. N. : Je ne sais pas s'il est qualifié pour parler de cela, s'il est un spécialiste des grèves.... Lui et les autres éditeurs sont informés de nos positions et de nos objectifs. Nous sommes dans le cadre du droit de grève et il n'y a pas eu d'exaction particulière.
LCI.fr : Les patrons de presse sont furieux. Celui de Libération, Laurent Joffrin, dénonce une prise d'otages et voit en vous "des gens qui usent constamment de la menace physique". Au moment du lancement de la presse gratuite, vous aviez déjà été accusés de violences...
M. N. : Au contraire. Nous sommes un syndicat solidaire avec les gens qui en ont besoin. Nous n'avons rien d'un syndicat violent, pas plus que les autres corporations ! La véritable violence, ce sont les plans sociaux et les licenciements. Evidemment, on veut nous faire porter ce costume mais la réalité n'entre pas dans ce cadre. Pendant l'affaire des gratuits, des opérations ont été montées mais il n'y a eu ni plainte, ni condamnation. Nous pratiquons un syndicalisme démocratique, de masse. D'ailleurs, si nous étions une horde de gens violents, nous serions entré de force au siège des NMPP (NDLR : Depuis, le directeur général des NMPP a précisé que l'entreprise avait porté plainte mercredi pour "tentative d'effraction violente"). Nous affrontons les patrons sans baisser la tête. Si l'UMP et certains éditeurs sont contre nous, cela ne nous surprend pas...
LCI.fr : On ne peut pas accuser Libération d'être ultralibéral...
M. N. : L'actuelle direction de Libération est financée largement par un membre de la famille Rothschild. Elle n'est pas du coté des salariés et de ceux qui résistent à la politique libérale. On n'empêche pas les journaux de paraître, on fait la grève ! Or notre métier est de les imprimer et les distribuer ! Si on ne fait pas notre travail, effectivement, ils ne sortent pas.
LCI.fr : Selon les NMPP, vous avez physiquement empêché la sortie du Parisien en bloquant sa sortie. Avez-vous une version différente?
M. N. : C'est la direction du Parisien qui a pris la décision de ne pas sortir sachant que les NMPP étaient en grève et qu'une partie importante des salariés CGT au sein même des entreprises du Parisien n'ont pas travaillé. Il était donc impossible de sortir le titre ainsi qu'Aujourd'hui en France et L'Equipe. Si des ouvriers étaient rassemblés à la sortie du journal, c'est qu'il arrive que, compte tenu de la composition de certaines équipes, Le Parisien, sorte une édition allégée et réduite. Comme nous voulions que tous les quotidiens soient traités de la même manière, nous avons pris les mesures qui s'imposent.
LCI.fr : Donc, concrètement, vous avez bloqué le journal !
M. N. : Oui, enfin nous aurions pu le faire mais nous n'avons pas eu à le faire.
LCI.fr : Ne craignez vous pas que les quotidiens finissent par sortir des NMPP pour se distribuer eux-mêmes?
M. N. : Les NMPP, c'est le meilleur système de distribution pour les quotidiens. Et le moins cher... Vous savez ce que ça coûte de distribuer des quotidiens en petite quantité ? Les gens de Libération devraient regarder avec beaucoup d'intérêt la réalité de la distribution de leur journal. Le plan des NMPP est fait pour continuer à distribuer les gros titres, comme ceux du groupe Hachette, et les plus petits seront distribués dans de mauvaises conditions. Aujourd'hui, nous avons encore un système de solidarité où les gros payent pour les petits.
LCI.fr : Nicolas Sarkozy a lancé des"Etats généraux de la presse". Qu'en attendez vous? La solution peut-elle venir de là?
M. N. : Nous avons été auditionnés mais on n'en attend rien car la totalité des participants sont des gens qui considèrent que la presse est une marchandise. Or, il faudra bien un système pour distribuer les quotidiens, et il ne sera pas viable s'il n'est pas adossé à des gros magazines. Nous sommes isolés mais nous avons la confiance des salariés. C'est un combat difficile.
Retour MYTF1

Chargement en cours...





