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Manifestations : un nouveau rapport de force ?
Une nouvelle donne ? Au soir même de la grande mobilisation du 29 janvier (entre 1 et 2,5 millions de manifestants selon les sources, soit autant que pour la lutte anti-CPE de 2006 ou le mouvement social de 1995), Nicolas Sarkozy a promis de recevoir les syndicats en février. Mais ces derniers vont se décider avant, pour savoir s'ils maintiennent la pression, dans la crainte que l'exécutif joue la montre. Les huit confédérations (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa) se consultent ce lundi pour décider des suites à donner à la journée d'action de jeudi.
En jeu : préserver l'unité affichée jeudi, malgré les désaccords notamment sur l'assurance chômage, pour faire plier un gouvernement apparemment peu enclin à amender sa politique face à la crise et l'explosion du chômage. Raymond Soubie, conseiller social de Nicolas Sarkozy, parlait ainsi vendredi d'un "maintien du cap". Et alors que François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, demandait, dimanche matin sur Europe 1, à Nicolas Sarkozy un "changement de cap" (voir un extrait de son interview), la réponse du gouvernement n'a pas tardé. Son porte-parole, Luc Chatel, a expliqué, sur Radio J, qu'un changement de cap serait "la pire des réponses".
"Pas de tournant", pour Fillon
Dans un entretien au Monde publié lundi, François Fillon tient le même discours. Selon le chef du gouvernement, "le mouvement de jeudi exprime majoritairement une inquiétude devant la crise, mais sans qu'il s'en dégage un message très précis ni des propositions claires et cohérentes. Cette inquiétude n'a rien d'étonnant car la crise est profonde". Le Premier ministre note que de la "colère" s'est exprimée "contre ceux qui sont à l'origine de la crise", et y voit "une forme de soutien exigeant aux initiatives que la France a prises pour engager la refonte des institutions financières internationales". "Il n'y aura pas de tournant de la politique économique et sociale", tranche François FIllon qui tempère en ajoutant que "cela n'empêche évidemment pas qu'il y ait place pour le dialogue et la concertation". Il se réjouit par ailleurs d'"un vrai progrès démocratique", à savoir "un mouvement social responsable, sans paralysie" et note en particulier que "la loi sur le service minimum a fonctionné dans les transports et, à un moindre degré, dans l'éducation".
Ce vers quoi se dirige pour l'heure le chef de l'Etat, c'est faire de la pédagogie auprès de l'opinion publique, face à la crise. Selon Luc Chatel, Nicolas Sarkozy "réfléchit à une intervention plus globale vis à vis des Français (...) au meilleur moment pour communiquer vis-à-vis des Français". Mais "la date n'est pas définie", a-t-il déclaré, alors que la rumeur fait état d'une intervention télévisée jeudi prochain. Moins intransigeant, le Premier ministre ajoute, dans une interview au Progrès de Lyon (de lundi), que le gouvernement veut "rebâtir l'agenda social" avec les partenaires sociaux en tenant compte notamment "de leurs propres revendications". Mais, tout comme Luc Chatel, à la question de savoir si le gouvernement comptait poursuivre en 2010 la réduction du nombre de fonctionnaires en ne remplaçant pas un départ à la retraite sur deux, le Premier ministre répond par l'affirmative.
Le "grand soir" ?
"Fillon a déjà annoncé la couleur il a dit 'de toute façon il n'y aura pas de changement au niveau économique, ni au niveau social', ce qui à mon avis est une vraie provocation", a estimé dimanche le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire Olivier Besancenot. Par principe ou par tactique, plusieurs syndicats, CFDT, FO, Unsa, CFE-CGC, CFTC, ont déjà dit qu'ils ne voulaient pas multiplier les appels à la grève et à manifester. CGT, "décidée à tout faire pour que l'unité se prolonge dans l'avenir", et FO ont en revanche menacé le gouvernement d'autres mouvements revendicatifs s'il n'entendait pas les revendications de la rue (lire notre article). Entre ces deux positions, la CFTC ne réclame "pas le grand soir" mais notamment "une baisse de TVA", prévenant : attention à la "crise politique". Et dans l'enseignement, "les mobilisations vont continuer et s'amplifier dès lundi dans le supérieur" a prévenu la FSU, et en février dans le primaire, les collèges et lycées.
Côté points forts : les syndicats peuvent se targuer d'un certain soutien de l'opinion. 73% estiment que le gouvernement ne prend pas en compte les revendications sociales et 46% des Français souhaitent que la grogne actuelle se transforme en un mouvement similaire à celui de 1995, selon un sondage Opinionway pour Le Figaro et LCI, contre 53% d'un avis contraire (lire notre article). D'autant que les manifestations ont agrégé les mécontentements : suppressions ou manque de postes dans le public (Education, hôpitaux..), licenciements et chômage dans le privé, retraites et salaires insuffisants, ouverture des commerces le dimanche, etc. Vendredi, même les organisations réputées modérées regrettaient les réactions gouvernementales au jeudi noir.
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