Image d'archives © AbacaAprès une "parenthèse heureuse" d'une trentaine d'années, le recul de la pauvreté des plus de 65 ans, enregistré sur la période récente, est aujourd'hui terminé. La Fondation Abbé Pierre en dresse le constat avec des chiffres cruels : aujourd'hui 600.000 personnes âgées vivent avec une allocation de solidarité de 628 euros qui les situe sous le seuil de pauvreté, fixé par la norme européenne à 752 euros.
Dans son rapport annuel, l'association estime que les politiques publiques n'ont pas pris la mesure de ce phénomène qui ne peut qu'accroître les inégalités et appelle à des solutions innovantes en particulier dans le domaine du logement. Selon Patrick Doutreligne, le délégué général de la fondation, la réforme des retraites, l'explosion du prix de l'immobilier et des loyers depuis dix ans, à peine compensée par un début de baisse, et le fait d'avoir "aidé les familles aisées", et non les plus modestes, ne peuvent qu'aggraver la situation. "Alors qu'on pouvait espérer des politiques publiques qu'elles cherchent à atténuer la disparité de revenu, les réflexions en cours font craindre le contraire", souligne le rapport.
Etre propriétaire ne protège pas de la précarité
Patrick Doutreligne, qui espère être entendu du gouvernement, souligne comme de nombreux responsables d'associations que le phénomène s'est amplifié depuis septembre avec la crise financière et sociale. Il cite l'exemple de personnes âgées allant au-devant des maraudes d'aide aux sans-abris pour réclamer des fruits ou des produits alimentaires. "Depuis quelques années, on voit des retraités toquer à la porte des associations (caritatives). Il y a un mouvement massif", renchérit Christophe Robert, directeur des études de la fondation.
Pour Patrick Doutreligne, le vieillissement de la population "ne semble pas pris en compte par les pouvoirs publics". Le responsable de la fondation remet notamment en cause l'idée développée par le président Nicolas Sarkozy selon lequel le fait d'être propriétaire serait un bouclier contre la précarité et compenserait les problèmes de retraite. En effet, 84% des ménages âgés pauvres sont propriétaires mais ce statut est paradoxalement "une source de difficultés" en raison des problèmes qu'ils rencontrent pour en payer l'entretien et les charges.
Une demande croissante de logements sociaux
Les responsables de l'association insistent sur un autre phénomène, le nombre croissant de retraités demandant à loger dans les logements sociaux, ce qui engendre de nombreux problèmes. L'arrivée de personnes âgées freine en effet la mobilité dans le parc HLM et les logements sont souvent inadaptés. Entre 1990 et 1999, la part des locataires de 75 ans et plus a progressé de 33%. Le rapport souligne également l'impact négatif qu'aura le passage à la retraite pour les travailleurs migrants âgés qui n'ont pas d'autre choix que de rester dans des foyers inadaptés et les personnes vivant dans des logements insalubres.
Dans ce contexte, la part des dépenses engagées par la collectivité publique en faveur du logement (1,79 % du PIB en 2008) est en recul, connaissant son niveau le plus bas depuis 30 ans, un recul essentiellement imputable à la diminution de la contribution de l'Etat, passée de 1,36% du PIB en 2000 à 1,1% en 2008, souligne la Fondation dans son "tableau de bord" du suivi des politiques du logement. Parmi les effets de ce désengagement, la Fondation dénonce la relégation des 4,6 millions de personnes vivant dans les 750 quartiers définis comme ZUS (zone urbaine sensible). Elle pointe ainsi le "blocage de la mobilité résidentielle" et la "spécialisation" des 750 ZUS dans l'accueil des immigrés (18% contre 7,5% pour l'ensemble de la population) et des ménages pauvres (27% soit 3 fois plus que dans le reste de l'espace urbain).
D'après agence
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