

> Antilles : la pause avant le durcissement
> Guadeloupe : personne ne veut céder
> Fillon : les barrages ne sont pas "des moyens légaux" d'expression
Ça chauffe. La Guadeloupe a connu une brusque poussée de tension lundi. Alors que le mouvement de grève générale entre mardi dans sa cinquième semaine, les militants ont coupé routes et ponts en 9 points de l'île, selon la préfecture, dressant des barrages sur des axes stratégiques. Les forces de l'ordre ont immédiatement été envoyées sur place. Au total, une cinquantaine de personnes ont été brièvement interpellées. Selon une source judiciaire, 10 d'entre elles étaient convoquées devant la justice en juin. Et des barrages spontanés étaient érigés dans la soirée par des manifestants et des grévistes autour de Pointe-à-Pitre, selon un journaliste de l'AFP.
Un regain de tensions donc face à quoi l'Elysée a décidé de prendre le dossier en main. Nicolas Sarkozy va recevoir jeudi les présidents des collectivités locales et les parlementaires des départements d'Outre-mer, "afin de faire un point" sur la situation "dans le contexte de la crise économique". C'est la 1re fois depuis le début de la crise que le chef de l'Etat s'implique directement dans les discussions autour de ce conflit social.
Les assurances de Fillon et Jégo
François Fillon a de son côté annoncé que les médiateurs envoyés en Guadeloupe allaient faire "dans les prochaines heures" des propositions qui peuvent "servir de base à une vraie négociation". Il a en même temps justifié l'intervention des forces de l'ordre sur les barrages. "En même temps que nous encourageons le dialogue, nous sommes aussi en train de faire en sorte que la liberté de circulation soit respectée", a-t-il dit, estimant que les barrages ne sont pas "des moyens légaux" d'expression. .
Enfin, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo a affirmé que l'Etat étudiait de "nouvelles baisses de charges" pour les entreprises. L'Etat est en train de travailler à "un plan B" pour "solidifier l'économie et pour apporter aux entreprises fragiles, aux petites entreprises, des vraies réponses", a-t-il affirmé, après avoir reçu de nombreux représentants d'associations et fédérations patronales. "Je veux que le rôle de l'Etat soit un investissement non pas pour payer des salaires, car çà ce n'est pas possible, (...) nous allons mettre des moyens pour conforter l'économie", a-t-il dit, présentant le tableau des dépenses : les "nouvelles mesures" approuvées par le gouvernement pour la Guadeloupe pour 2009 s'élèvent à 87,8 millions d'euros, auxquelles s'ajoutent 97,5 millions d'euros d'"autres mesures". En attendant, il a appelé à une "trêve", affirmant que "la situation n'est pas acceptable, avec des risques de dérive". Plus tôt, il avait assuré que le gouvernement ferait "respecter l'état de droit", alors que des commerces sont régulièrement contraints à fermer par des militants, selon des témoignages.
Interpllations musclées
Le conflit a fait surgir au grand jour de nombreuses tensions dans ces départements d'outre-mer, au taux de chômage deux à trois fois plus élevé que la métropole pour un PIB par tête deux fois moindre. La question de la répartition des richesses, en partie héritée de l'époque coloniale et d'une "économie de comptoir" selon Yves Jégo, a également attisé les tensions avec les "békés", descendants des colons blancs.
Selon la préfecture, les forces de l'ordre n'ont à aucun moment tiré lundi de grenades lacrymogènes, mais des grévistes se sont plaints de violences lors des interpellations. Dans une atmosphère tendue, des manifestants allaient et venaient, alors qu'un hélicoptère survolait la zone. Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de pierre et plusieurs manifestants, dont certains portaient cagoules et masques de chirurgie, ont été interpellés. Un responsable du LKP, Alex Lollia, a bénéficié d'un arrêt de travail de 5 jours après avoir été blessé sur un barrage routier dégagé par la police, a-t-il dit à des journalistes en sortant de l'hôpital, assurant avoir entendu des insultes racistes.
En Martinique, les négociations entre patronat et syndicats en lutte contre la vie chère ont repris, mais sans perspective d'aboutissement proche. Après la contagion du mouvement à la Martinique et la Réunion, un collectif guyanais d'associations et de socio-professionnels a lancé lundi un appel à une marche de protestation mercredi "contre la vie chère et pour obtenir la même baisse sur le litre de carburant qu'aux Antilles". Enfin, 13 organisations de gauche, notamment NPA, Parti de gauche (PG), PCF, et LO ont manifesté lundi à Paris en "soutien total" aux grévistes de Martinique et Guadeloupe.
(D'après agence)
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