Sarkozy s'empare du dossier de l'Outre-mer

le 13 février 2009 à 12h58 , mis à jour le 13 février 2009 à 18h49

"Cette crise sociale aux Antilles doit nous interpeller collectivement", a assuré le chef de l'Etat, en annonçant la mise en place "sans délai" d'un Conseil interministériel de l'Outre-mer.

Nicolas Sarkozy président ElyséeImage d'archives © Abaca

La mission de bons offices lancée en en Guadeloupe sous l'égide d'Yves Jégo ne donne pas, pour l'heure, les résultats espérés. La situation semble toujours bloquée, la grève générale dure (elle est entrée dans sa quatrième semaine), les protestataires sont toujours aussi remontés - pire encore, le mouvement menace de contagion la Martinique, la Guyane... Aussi Nicolas Sarkozy change-t-il de stratégie. Il a annoncé vendredi, devant le conseil des ministres, la mise en place "sans délai" d'un Conseil interministériel de l'Outre-mer. Pendant qu'Yves Jégo, qui avait exclu quelques heures plus tôt l'organisation d'un "Grenelle de l'Outre-mer", faisait savoir de son côté qu'il n'avait aucun nouveau séjour de programmé pour l'instant en Martinique ou en Guadeloupe.

"Cette crise sociale aux Antilles doit nous interpeller collectivement (...) c'est pour cette raison que je souhaite que l'on mette en place, comme je m'y étais engagé pendant la campagne présidentielle, un conseil interministériel de l'Outre-mer, sans délai", a déclaré le chef de l'Etat devant le gouvernement. "Ce conseil se réunira, dans les prochains mois, pour faire des propositions sur la rénovation de la politique menée par l'Etat en Outre-mer".

"L'Etat doit être juste"

"Plus que jamais, a poursuivi le président de la République, l'Etat doit être juste, il n'est au service d'aucun groupe, d'aucune catégorie sociale (...) La société antillaise a le sentiment aujourd'hui qu'elle n'est pas entendue. Nous devons continuer à nous battre, tous les jours, pour que la République fasse une plus grande place à tous ceux qui incarnent la diversité de la France", a insisté Nicolas Sarkozy. Reconnaissant que la crise sociale en Guadeloupe et en Martinique traduit, "au-delà de la question du pouvoir d'achat (...), un problème plus profond de société", le président a souligné la nécessité de promouvoir un développement qui "doit s'accompagner d'une meilleure répartition des richesses".

"Il ne peut y avoir de société à deux vitesses où une catégorie sociale progresse alors qu'une autre stagnerait et resterait dépendante des prestations sociales", a-t-il ajouté, faisant allusion à certaines revendications des grévistes dénonçant le pouvoir des familles de blancs créoles (les "békés"). Cette question "de la meilleure répartition des richesses" sera abordée le 18 février lors de la réunion prévue à l'Elysée avec les partenaires sociaux, "elle revêt une importance toute particulière en Outre-mer".

Comment mieux répartir les richesses

Dans son intervention, le chef de l'Etat a également estimé que l'économie des territoires d'Outre-mer devait "s'ouvrir davantage à la concurrence" et il a souhaité "un vrai changement" sur ce sujet. Plaidant pour la "lucidité" et "le sens de l'intérêt général à long terme", Nicolas Sarkozy a mis en garde contre "les fausses bonnes idées de court terme pour sortir du conflit qui, en réalité, ne feront que compromettre l'avenir de ces territoires", dans une allusion aux revendications des grévistes en faveur d'une hausse des salaires.

Le Premier ministre François Fillon a catégoriquement écarté la possibilité, un temps avancée par le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo, d'alléger les charges sociales des entreprises locales, ainsi que l'a demandé le patronat, en contrepartie d'une hausse des salaires.

La responsabilité du blocage de la situation  incombe aux seuls partenaires sociaux, a estimé vendredi Luc Chatel. "Le dernier point qui achoppe et qui fait l'objet de négociations concerne les partenaires sociaux. Nous avons proposé d'apporter la contribution de deux médiateurs (...) mais c'est aux partenaires sociaux de prendre leurs responsabilités et de travailler pour reprendre les discussions", a affirmé le porte-parole du gouvernement en rendant compte des travaux du Conseil des ministres. 

D'après agence

Martinique : des "avancées notables"

En Martinique où la grève a commencé il y a neuf jours, les négociations ont repris vendredi matin. Le "collectif du 5 février" a relevé "trois avancées notables" parmi 39 propositions soumises par Yves Jégo : baisse supplémentaire du carburant (8 centimes pour l'essence, 10 pour le gazole), prime de 200 euros en avril aux 50.000 foyers aux plus bas revenus, et enfin, comme en Guadeloupe, anticipation à 2009 du Revenu de solidarité active. Cette dernière mesure s'appliquera aussi en Guyane et à la Réunion, tout comme la hausse de 20% des aides à la restauration scolaire, et une aide au logement social.

 

le 13 février 2009 à 12:58
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