Une prime pour désamorcer la crise en Guadeloupe

le 14 février 2009 à 18h49 , mis à jour le 14 février 2009 à 23h13

Les présidents du Conseil régional et du Conseil général ont proposé une prime de 100 euros sur trois mois pour les bas salaires, afin de favoriser la reprise des négociations salariales.

Automobilistes dans une sattion-services en Guadeloupe (4 février 2009)Automobilistes dans une sattion-services en Guadeloupe (4 février 2009) © TF1/LCI

Les collectivités locales de Guadeloupe ont proposé samedi le versement d'une prime de 100 euros sur trois mois pour tenter de désamorcer le conflit qui paralyse l'île depuis plus de trois semaines. La proposition a été avancée lors d'une conférence de presse par les présidents des Conseils régional et général, le PS Victorin Lurel et Jacques Gillot, apparenté PS. Elle devrait viser tous les bas salaires inférieurs à 1,4 smic. Environ 40.000 personnes seraient concernées par cette mesure. Cette prime permettrait, selon les élus, de patienter jusqu'au vote de la loi pour le développement économique de l'Outre-Mer. Ils espèrent aussi que leur proposition favorisera une relance des négociations salariales entre les partenaires sociaux, qui étaient toujours au point mort samedi matin, alors que le collectif LKP, à l'origine de la grogne sociale, réclame une augmentation de 200 euros nets pour les bas salaires. 

"Nous tendons une perche au LKP et au patronat pour qu'ils trouvent les voies et moyens d'un accord", a souligné Victorin Lurel. "La contrepartie, c'est bien sûr que le collectif accepte, non pas de mettre un terme à un mouvement dont nous partageons nombre des revendications, mais de permettre petit à petit à la Guadeloupe de se remettre au travail en favorisant notamment en priorité la reprise des activités scolaires", a souligné de son côté Jacques Gillot.

La Guadeloupe, "un pays qui est à genoux"

Outre leur proposition destinée à faire baisser la tension, les élus ont ainsi appelé à un "assouplissement" de la grève générale pour que "le pays vive plus normalement", que les enfants "puissent aller à l'école, que les Guadeloupéens puissent se déplacer et permettre la libre activité des entreprises qui le souhaitent". Tous deux ont également souhaité être reçus par Nicolas Sarkozy, "si possible avant le 18 février", pour faire entendre "la voix de nos territoires". Ils ont à nouveau accusé l'Etat d'avoir "manqué à sa parole" concernant la compensation d'une éventuelle augmentation des bas salaires - une mesure à laquelle le gouvernement se refuse, alors que les élus affirment qu'un "pré-accord" avait été trouvé en ce sens avec le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, Yves Jégo.

Les deux élus ont également souhaité l'organisation "d'états-généraux de la Guadeloupe pour préparer la Guadeloupe de demain, sitôt cette crise terminée". Ils se sont félicités de l'annonce de l'anticipation de la mise en oeuvre du RSA dans les départements d'outre-mer et de la baisse du prix des carburants, estimant que "le temps est à la positivité". Et s'exprimant sur les opérations des grévistes pour faire fermer les commerces ouverts, Victorin Lurel a appelé à "l'arrêt des commandos", alors que Jacques Gillot évoquait "un pays qui est à genoux, qui attend depuis 25 jours de sortir de la crise".

Des files d'attente devant les stations-services

Pour l'heure, en-dehors des périodes de rémission permises par les réouvertures contrôlées de stations-services ou de magasins, tout reste bloqué. De très longues files d'attente se sont ainsi formées samedi dans un rayon de trois kilomètres autour de Pointe-à-Pitre devant les stations-services réquisitionnées pour permettre à la population de s'approvisionner en carburant, pour la première fois depuis le début de la  grève générale. La préfecture a fait ouvrir vendredi 42 stations-services, le plus grand  nombre d'établissements jamais réquisitionnées depuis le début de la grève  générale. Pour la première fois également, elles ne se limitaient pas au service des clients prioritaires (services de secours et de santé). Les automobilistes pouvaient y accéder à condition d'en avoir le temps et la patience. Dans une station-service de la banlieue de Pointe-à-Pitre, les forces de  l'ordre sont intervenues, sans incident selon la préfecture, pour faire dégager  la barricade de pneus qui en interdisait l'accès.

En Martinique aussi, paralysée depuis 10 jours, plusieurs parlementaires - Alfred  Almont (UMP), Serge Letchimy (PPM, app-PS), Louis-Joseph Manscour (PS) et Alfred  Marie-Jeanne (MIM, indépendantiste) - avaient aussi invité vendredi en ordre dispersé à "desserrer l'étau" de la grève. Mais le collectif menant le mouvement a quitté les négociations samedi après-midi, dénonçant l'absence de réponse du représentant de la grande  distribution sur un désaccord portant sur la baisse de prix de certains produits  de première nécessité.

D'après agences

Taubira en appelle à Sarkozy

La députée de Guyane Christiane Taubira estime que le président Nicolas Sarkozy devrait intervenir de façon solennelle pour répondre aux inquiétudes des habitants des Antilles. Dans un entretien au Journal du dimanche, la députée PRG dénonce les inégalités dans ces départements, où l'on frôle selon elle "l'apartheid social", alors que la Guadeloupe est en grève depuis près d'un mois et la Martinique depuis neuf jours pour dénoncer le chômage et la vie chère. Face à cette crise, la voix du secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo, "ne porte pas assez", estime Christiane Taubira. "Nicolas Sarkozy doit prendre acte des abus constatés sur nos territoires et s'engager à ce que toute la lumière soit faite sur l'opacité des prix", dit l'élue, qui soupçonne notamment des irrégularités sur la tarification de l'essence.

 

le 14 février 2009 à 18:49
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