File d'attente devant une pompe à essence en pleine grève en Guadeloupe (3 février 2009) © TF1/LCILa grève des gérants de stations-services durait depuis deux semaines - très précisément depuis le 19 janvier. Elle prend fin officiellement ce 3 février. L'annonce en a été faite sur RFO par Patrick Collet, le président du syndicat professionnel des gérants de stations-services de Guadeloupe. "Nous allons réapprovisionner les stations mardi, et rouvrir au public mercredi, a-t-il indiqué. Notre revendication est catégorielle, nous avons obtenu ce que nous voulions, donc nous arrêtons le mouvement". Mais ce signe d'apaisement sera-t-il suffisant pour débloquer la situation dans l'île ? Toutes les demandes n'ont pas eu de réponse, et les problèmes pourraient persister.
Le porte-parole du LKP ("Liyannaj kont pwofitasyon", pour "Collectif contre l'exploitation outrancière"), Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG (centrale syndicale majoritaire parmi les pompistes), a ainsi affirmé que la distribution de carburant demeurerait bloquée, malgré l'accord pour la réouverture des stations-services. "Il n'y aura aucun déblocage de la situation dans le milieu du carburant tant que nos revendications immédiates n'auront pas été satisfaites", a-t-il asséné.
"Le sac est encore vide"
Si les gérants de stations-services s'estiment satisfaits, cela tient à un point précis des propositions émises lundi par le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo : le syndicat réclamait le gel de toute nouvelle implantation dans l'île. Or, "le ministre a proposé un maximum de 118 stations - il y en a 115 aujourd'hui, plus trois en construction - et un moratoire de trois ans pour faire un état des lieux de la profession et mettre en place un système législatif avec des critères socio-économiques pour l'implantation de nouvelles stations", a souligné Patrick Collet sur RFO. En revanche, pour Elie Domota, "le sac est encore vide. Tant que nous n'aurons pas de réponses, nous resterons mobilisés". Le collectif a 146 revendications, dont "le relèvement immédiat de 200 euros des bas salaires, des retraites et des minima sociaux", "la baisse significative de toutes les taxes et marges sur les produits de première nécessité et sur les transports", ou encore "le gel des loyers".
Les propositions apportées par Yves Jégo laissent donc bien des insatisfactions. Alors qu'il a déjà annoncé "le versement d'une prime de 200 euros pour soixante mille foyers à bas revenus à partir d'avril" ou encore "le gel des loyers", le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer a promis mardi 40.000 billets d'avion aller-retour Guadeloupe-métropole à 340 euros pour "les Guadeloupéens les plus modestes". Selon lui, "10% de la population de la Guadeloupe" sera concernée". La veille, sur France Info, il avait promis d'appliquer en Guadeloupe le Revenu de Solidarité Active dès 2009, au lieu de 2010. Mais il lui faudra sans doute continuer à négocier d'arrache-pied. Ce qu'il s'apprête semble-t-il à faire : alors qu'il a entamé lundi des consultations avec les socioprofessionnels et les élus, Yves Jégo a déjà fait savoir qu'il s'est installé sur place avec ses collaborateurs, "le temps nécessaire pour donner des réponses aux Guadeloupéens". Sachant que, pour régler la crise, "les propositions de l'Etat doivent compléter celles des collectivités".
Dans ce contexte incertain, les livraisons de carburant aux stations-services, qui se sont déjà effectuées lors de précédents conflits sociaux sous la protection des forces de l'ordre, donneront une première indication sur l'évolution de la situation et le maintien ou non de la paralysie de l'île par la grève générale du LKP. Mais le mouvement guadeloupéen menace désormais de faire tache d'huile. En Martinique, plusieurs organisations syndicales appellent leur tour à une grève générale à partir de jeudi. Le premier syndicat de l'île, la Confédération générale des travailleurs martiniquais, réclame notamment "300 euros pour tous indexés sur l'inflation".
D'après agences
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