François Fillon, sur lz plateau du JT de TF1 le 19 mars 2009 au soir de la journée de mobilisation nationale © TF1-LCI 
Fillon invité de TF1 après la mobilisation : l'interview intégrale
Au soir d'une mobilisation record -la plus forte depuis le CPE- (lire notre article), le Premier ministre était l'invité du 20h de TF1. Voici, thème par thème, l'essentiel des déclarations de François Fillon :
- Plan de relance
Prié par Laurence Ferrarri de dire quelle serait la réaction du gouvernement, François Fillon a répondu : "Certainement pas un nouveau plan de relance", même si les Français ont exprimé "une inquiétude très légitime" lors de la journée de mobilisation. "J'écoute les Français tous les jours, ceux qui ont manifesté aujourd'hui et qui étaient nombreux, qui expriment une inquiétude qui est très légitime face à une crise mondiale d'une très grande gravité", a ajouté le chef du gouvernement. "J'agis pour les défendre et les protéger", a-t-il affirmé, avant de défendre les mesures déjà adoptées.
"On en a déjà pris beaucoup de mesures et ces mesures elles commencent à se mettre en oeuvre, il faut aussi attendre, puisque vous avez parlé du plan de relance (à 26 milliards d'euros, ndlr), qu'il produise des effets". "On a, avec les mesures de relance qui ont été décidées, doublé le déficit public de notre pays cette année, je pense que tous les Français comprennent qu'on ne peut pas aller au-delà et qu'aller au-delà, ce serait non seulement commettre une erreur et une faute pour les générations futures mais ce serait surtout empêcher la reprise".
La "mobilisation ne résoudra pas les problèmes de la crise mondiale", a dit François Fillon pour qui "notre rôle n'est pas d'inventer des conflits franco-français, mais de prendre des mesures pour (...) faire face à une crise mondiale".
Peu avant, Raymond Soubie, conseiller social de Nicolas Sarkozy, avait estimé que "l'on n'avait pas franchi d'étape dans la protestation par rapport au 29 janvier" : lire notre article.
- Une annonce : un comité de suivi
Seule véritable annonce: la mise en place d'un comité de suivi qui se réunira chaque mois "pour vérifier que les mesures prises sont appliquées" et efficaces". "Le cas échéant, s'il faut adapter ces mesures, on les adaptera", a-t-il fait valoir. "Il n'y a pas de tabou, le gouvernement n'est pas fermé. Il entend ce que disent les uns et les autres, ceux qui manifestent et ceux, nombreux d'ailleurs qui ne manifestent pas", a jugé le chef du gouvernement.
- Restructurations
"Dans une crise de cette ampleur-là, il y a des situations où les restructurations sont quand même nécessaires, c'est-à-dire des suppressions d'emplois", a jugé le Premier ministre, avant d'assurer que "le rôle du gouvernement (...) est de veiller à ce que les restructurations soient justifiées". François Fillon a aussitôt ajouté que "Continental n'était pas un très bon exemple parce que Continental était une entreprise qui ne respectait pas ses responsabilités sociales".
- SMIC
"La hausse du Smic n'est pas une priorité" : le Premier ministre a répété qu'il n'y aurait pas d'augmentation du Smic, l'une des revendications des syndicats et de l'opposition. "Ce n'est pas la priorité dans une crise aussi grave. (...) La priorité c'est la mobilisation pour l'emploi, c'est de sauver les emplois".
Un effort important a selon lui déjà été consenti avec la suppression des deux tiers provisionnels de l'impôt sur les revenus 2008 pour les foyers relevant de la première tranche d'imposition et le crédit d'impôt accordé à deux autres millions de contribuables. "Six millions de Français vont voir leur impôt sur le revenu diminué en 2009 des deux tiers", a-t-il insisté.
- Dépenses publiques
"Aggraver encore le déficit public de la France serait une erreur" : selon le chef du gouvernement, "tous les Français comprennent qu'on ne peut pas aller au delà" car d'une part le déficit public, déjà "doublé" cette année en serait aggravé et "ce serait empêcher la reprise" alors que "des signes" dans ce sens existent "pour l'année 2010".
- Bouclier fiscal
Le Premier ministre a défendu le bouclier fiscal afin d'éviter des règles "confiscatoires". Totalement en phase avec la majorité UMP à l'Assemblée nationale qui a étouffé jeudi la fronde d'une partie de ses membres en refusant de toucher au bouclier fiscal -qui limite les impositions à 50% du revenu- (lire notre article), François Fillon a estimé que "la sortie de cette crise ne passe pas par la fuite des capitaux" et "par l'augmentation des impôts".
- Salaires des patrons
François Fillon s'en est pris aux patrons qui n'ont "pas l'air de comprendre la gravité de la crise" à renoncer à leurs "salaires astronomiques". "Il faut qu'une partie du patronat, qui n'a pas l'air de comprendre la gravité de la crise et le sentiment d'injustice (...) cesse de se servir des salaires astronomiques", a déclaré le Premier ministre. "Et surtout, les parts variables devraient, compte tenu de la situation économique, être variables à la baisse", a-t-il ajouté.
"J'ai donné à Mme (Laurence) Parisot (présidente du Medef) jusqu'au 31 mars pour faire des propositions", a rappelé François Fillon. "Ou bien vous prenez les mesures nécessaires pour qu'il n'y ait plus ces situations inacceptables, ou bien on légiférera", a-t-il averti. "Si au 31 mars il n'y a pas de propositions, on légiférera sur cette question", a-t-il répété.
- Le Sida, le pape, et les préservatifs
"Le pape est un théologien mais tout ne peut pas être réduit à la théologie", a dit François Fillon. "Il faut préserver la vie, c'est une priorité absolue, il faut se protéger soi-même et il faut protéger les autres, c'est le seul message qui vaille aujourd'hui, surtout quand on voyage en Afrique dans un continent qui est aussi frappé par cette terrible maladie", a-t-il ajouté.
Réactions
La CFTC a estimé jeudi, après l'intervention de François Fillon, que le gouvernement "ne peut pas se contenter de dire qu'il ne lâchera rien" tandis que Solidaires a suggéré d'aller vers une "grève générale interprofessionnelle".
Pour le Parti communiste, "le mutisme dans lequel est enfermé la droite constitue une véritable insulte à la souffrance" des Français. En revanche, pour le Nouveau centre, "le Premier ministre a démontré ce (jeudi) soir que le gouvernement était à l'écoute de l'inquiétude exprimée aujourd'hui par de nombreux Français".
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