Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin dans "Notre univers impitoyable" © DRLa crise épargnera-t-elle les femmes ? Sûrement pas. Car si la brusque montée du chômage les touche pour l'heure moins que les hommes, elles pourraient davantage souffrir des réductions d'horaires et d'un accroissement de la précarité en 2009. Certes, pour l'instant, "le flot récent des demandeurs d'emploi est surtout constitué d'hommes, car les destructions d'emplois sont concentrés dans les secteurs industriels", expliquent deux économistes de l'OFCE, Françoise Milewski et Hélène Périvier, dans un article intitulé "Femmes au bord de la crise économique", publié jeudi.
Ainsi, en France, le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 15,4% en janvier par rapport au même mois de 2008, mais avec une augmentation qui a été de 21,8% pour les hommes contre 8,7% pour les femmes, selon les dernières statistiques de Pôle Emploi et du ministère de l'Economie. Pour autant, le taux de chômage des femmes reste supérieur à celui des hommes, 8,8% contre 7,6% au quatrième trimestre 2008, et la situation des femmes sur le marché du travail pourrait empirer dans les mois qui viennent.
85% des temps partiels tenus par des femmes
Car si les services, source principale d'emplois pour les femmes, ont jusqu'à présent été épargnés par la crise, ils ne devraient plus l'être pour longtemps. A cela s'ajoutent les formes atypiques d'emploi - temps partiels, contrats courts - qui concernent particulièrement les femmes (85% des emplois à temps partiel sont par exemple pourvus par les femmes) et qui sont en première ligne lorsqu'il s'agit pour une entreprise de réduire ses effectifs. "Les femmes sont davantage concernées par le temps partiel et les contrats précaires, elles vont donc être tout particulièrement atteintes par les fins de contrats et leur non-renouvellement," notent Françoise Milewski et Hélène Périvier. "Par ailleurs, elles pourraient être davantage concernées par les réductions d'horaires, donc le sous-emploi, et qui dit réductions horaires dit réductions de salaires. Ce sera le pendant de la moindre atteinte par le chômage."
Autre source d'inquiétude pour les deux chercheuses, le risque que la crise relègue au second plan la question de l'égalité salariale. Il y a un an tout juste, le gouvernement annonçait que les entreprises qui ne seraient pas engagées dans une démarche égalitaire à la fin de 2009 seraient sanctionnées financièrement en 2010. Mais le projet de loi qui devait concrétiser ces avancées tarde à arriver devant le Parlement, en raison d'un ordre du jour trop chargé, et le conseil des ministres de mercredi vient seulement de décider qu'une concertation avec les partenaires sociaux serait engagée cette année sur les moyens d'appliquer et d'adapter les règles actuelles, "ainsi que sur les sanctions susceptibles d'être envisagées".
"L'idée d'une sanction financière doit désormais en effrayer plus d'un car l'heure est à aider les entreprises, non à les pénaliser", regrettent les deux chercheuses. Pourtant, l'écart de salaire entre hommes et femmes reste depuis le milieu des années 1990 de 25%, et ce, alors que le niveau moyen d'éducation des femmes a dépassé celui des hommes. Une situation qui pourrait ne pas s'améliorer avec la crise économique, même si, sur RTL dimanche, la secrétaire d'Etat à la Solidarité Valérie Létard a assuré que les promesses du gouvernement en matière d'égalité salariale hommes-femmes "seront tenues", y compris si elles nécessitent des "sanctions".
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