Les manifestants à Paris, le 29 janvier 2009 © LCIDeuxième round. Sur fond de tension sociale croissante, le front syndical mise sur une nouvelle vague de grèves et de manifestations jeudi pour contraindre Nicolas Sarkozy à revoir son plan anticrise. L'Elysée, qui n'a pas prévu de nouveau sommet social, exclut pour le moment tout geste supplémentaire en faveur d'une relance par la consommation après le plan de 2,6 milliards d'euros annoncé le 18 février. En première ligne dès jeudi soir, au terme d'une journée de contestation, François Fillon répondra aux questions de Laurence Ferrari à 20 heures sur TF1.
Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a encore estimé à la veille de la journée de mobilisation que l'Etat avait déjà pris en compte les inquiétudes "pas illégitimes" des salariés, faisant valoir que le sommet social du 18 février avait "permis d'engager un certain nombre de réponses (...) pour permettre aux plus démunis, aux plus fragiles de traverser au mieux cette crise". Mais les huit syndicats espèrent mobiliser autant de monde, "voire plus" selon la CGT, que le 29 janvier, qui avait vu selon eux 2,5 millions de personnes descendre dans la rue et certains réclament désormais un plan anti-licenciement.
213 défilés, avant un troisième round ?
"Je ne vois pas comment le gouvernement et le chef de l'Etat vont pouvoir ignorer le mouvement", a assuré Bernard Thibault, dirigeant de la CGT, mercredi sur Europe 1. Préparées à l'idée d'une action longue, les organisations envisagent d'ores et déjà un nouveau rendez-vous revendicatif le 1er mai, jour de la fête du Travail. "On décidera avec les autres syndicats, au lendemain du 19, que le 1er mai ne soit pas protocolaire mais revendicatif", a expliqué Bernard Thibault dans Le Monde. "Le 1er mai peut très bien, cette année, être recentré sur la crise", a confirmé François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, mercredi dans Les Echos. D'ici là, d'autres manifestations pourraient être organisées dans les régions. Jeudi, 213 défilés sont prévus à travers la France et de nombreux secteurs seront perturbés par les grèves, une forte mobilisation des fonctionnaires étant attendue.
Outre les transports, où moins de la moitié des trains devraient rouler en moyenne (Voir notre article Transports), de nombreuses écoles seront fermées et les impôts, la Sécurité sociale et le Pôle emploi seront difficilement accessibles (Voir notre article sur les secteurs en grève). Selon un sondage Ifop pour Paris-Match, 78% des Français soutiennent le mouvement de jeudi. A défaut d'obtenir un nouveau plan de relance, les syndicats espèrent obtenir une victoire symbolique sur le "bouclier fiscal" mis en place par Nicolas Sarkozy pour limiter les impôts à 50% des revenus des contribuables ou se battre sur le thème du fonds social d'investissement voulu par la CFDT.
Sang chaud, sang froid
Fustigeant l'attitude du Medef, François Chérèque demande en outre que le gouvernement force le patronat à protéger l'emploi. Nicolas Sarkozy a voulu couper court mardi au débat sur une éventuelle remise en cause du bouclier fiscal apparu au sein de sa propre majorité. "Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts", a-t-il lancé dans un sec rappel à l'ordre à ses lieutenants. Les organisations syndicales estiment cependant que le président de la République doit tenir compte de la montée de l'exaspération et proposer un minimum de dialogue social pour débloquer le conflit. "Ce qui n'était pas à l'ordre du jour à un moment donné, les revendications, le deviennent tout simplement parce que la pression devient trop forte", veut croire Bernard Thibault. Pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, il n'est "pas besoin de refaire un sommet social médiatique à l'Elysée." "Nos revendications, Nicolas Sarkozy les connaît. Il peut nous répondre", déclare-t-il dans Le Parisien.
Du côté gouvernemental, le mot d'ordre est "sang-froid." Sang froid face aux syndicats, sang-froid face à la brutalité d'une conjoncture qui radicalise la révolte des salariés, sang-froid face à une crise dont l'ampleur et la durée échappent aux prévisions de l'exécutif. "Il ne faut pas se leurrer, on sait que ce sera long, dur, mais il faut qu'on tienne bon, qu'on tienne le cap, sinon les Français n'y comprendraient plus rien", déclare un conseiller ministériel.
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