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| Au fil de la journée, les images des cortèges dans toute la France |

Jean-François Amadieu, spécialiste des relations sociales au travail :
"Un mouvement plus profond"

Fillon invité de TF1 après la mobilisation : l'interview intégrale
Les syndicats ont donc transformé leur essai. Aidés par un soleil généreux sur toute la France, ils ont rassemblé davantage que le 29 janvier en cette 2e journée de mobilisation syndicale contre la politique du gouvernement : 3 millions de manifestants dans toute la France, contre 2,5 millions le 29 janvier, selon les chiffres de la CGT. Et 1,2 million de manifestants, selon la police, contre un million le 29 janvier. Ces manifestations sont les plus massives depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, en mai 2007, et égalent celles contre le CPE (contrat première embauche). En 2006, à son apogée, la lutte contre le CPE avait mis dans la rue 1 à 3 millions de personnes, selon les sources. On en comptait 1 à 2 millions contre les retraites en 2003 et contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale en 1995.

> Mobilisation record
> 219 manifestations partout en France
Après des cortèges très fournis en province (lire ci-dessous), la manifestation parisienne (entre la République et Nation) a ainsi réuni jeudi après-midi entre 85.000 personnes, selon la préfecture de police, et 350.000 personnes, selon la CGT. Ces chiffres sont nettement supérieurs à ceux de la précédente mobilisation intersyndicale du 29 janvier, où entre 65.000 (police) et 300.000 personnes (CGT) étaient descendues dans les rues de la capitale. Un 2e itinéraire a dû être ouvert pour désengorger le parcours. Quelques incidents ont éclaté place de la Nation à Paris (où 300 personnes ont été interpellées), ainsi qu'à Toulouse, Saint-Nazaire et Marseille : lire notre article.
Les syndicats se félicitent, Fillon répond
Forts de la mobilisation réussie, les syndicats mettent la pression sur le gouvernement. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, estimait jeudi, en tête de la manifestation parisienne, que le "silence complet tant du gouvernement que du patronat" ne devait pas être la réponse à cette "journée réussie" de mobilisation nationale. "Le gouvernement doit augmenter les salaires", pressait de son côté sur LCI Jean-Claude Mailly. Le secrétaire général de Force ouvrière demandait en particulier à François Fillon d'annoncer "un geste sur le Smic" et annonçait des "conflits durs"dans les entreprises. Quant à Bernard Thibault (CGT), il a estimé que le gouvernement "ne pouvait pas rester immobile". La CGT a ensuite publié un communiqué soulignant le "grand succès" de la mobilisation qui appelle des "négociations sérieuses impliquant l'Etat et le patronat".

Mailly, Chérèque et Thibault : "le gouvernement s'entête"
Les partis de gauche étaient très présents dans les cortèges. Les leaders du PS avaient choisi de défiler dans leurs fiefs (Martine Aubry à Lille, Ségolène Royal à Poitiers...) et saisissent l'occasion pour lancer une offensive. La Première secrétaire du parti, Martine Aubry, a appelé jeudi le gouvernement à adopter "un vrai plan de relance", incluant en particulier une prime de 500 euros pour tous les plus modestes. Elle a ensuite déclaré qu'il était "temps de prendre des mesures concrètes". Sur RTL, Ségolène Royal a estimé que la mobilisation était "légitime" et "utile" face à un gouvernement "à la fois désespérant sur le plan de l'efficacité économique et incompréhensible sur le plan de la bonne gestion des affaires publiques". Plus à droite sur l'échiquier politique, Corinne Lepage expliquait qu'elle était venue dans un "esprit de solidarité".

Ce que demande la gauche, ce que répond la droite
Réponse du gouvernement : il n'y aura "certainement pas de nouveau plan de relance", a assuré François Fillon, jeudi soir, dans le JT de TF1 : lire notre article. L'Elysée avait estimé peu avant les syndicats n'ont "pas franchi d'étape" dans la mobilisation protestataire en France, selon le conseiller social de Nicolas Sarkozy, qui prend en compte "l'inquiétude" exprimée mais ne prévoit pas de mesures supplémentaires : lire notre article.
Record à Marseille
Plusieurs dizaines de milliers de personnes, 320.000 selon les syndicats, 30.000 selon la police, ont défilé jeudi à Marseille contre la politique du gouvernement, une mobilisation plus importante que lors de la dernière journée d'action nationale. Le 29 janvier, la manifestation marseillaise avait rassemblé entre 24.000, selon la police, et 300.000 personnes selon les syndicats. Comme à l'accoutumée dans la deuxième ville de France, les chiffres donnés par police et organisateurs font le grand écart.
Le parcours du cortège, initialement prévu sur 5 km, a été allongé face à l'affluence de manifestants, ont indiqué les syndicats. Plus de deux heures et demie après le départ de la tête du cortège, des manifestants attendaient encore de pouvoir partir. Les salariés du secteur portuaire marchaient en tête suivis par de nombreux salariés du privé, (Eurocopter...) ainsi que d'entreprises touchées ou menacées par des plans sociaux ou du chômage partiel (ArcelorMittal, Atmel, etc). "Unité des salariés pour ne pas payer la crise. Des mesures d'urgence pour l'emploi, les salaires, la protection sociale et les services publics", exigeait la banderole de tête.
Lyon, Bordeaux et Toulouse font autant
Environ 24.000 personnes selon la police et 50.000 selon les syndicats ont défilé jeudi dans les rues de Lyon, des chiffres équivalent à ceux du 29 janvier. Dans le cortège, composé de personnels de l'Education nationale, de La Poste, d'EDF, de GDF et des transports en commun, figuraient aussi de nombreux manifestants du secteur privé, salariés de Renault-Trucks, de C&A ou de la Fnac, et des retraités. "Je suis retraité et ma petite entreprise connaît bien la crise", pouvait-on lire sur l'affichette brandie par Jean-Pierre Merle, 68 ans, par allusion à la chanson d'Alain Bashung, décédé samedi dernier. "Il y a un gros tiers de la manifestation qui est composé par le privé, de gens qui n'ont pas l'habitude de descendre dans la rue, on retrouve aujourd'hui monsieur tout le monde", estime Gilbert Debard, délégué Unsa. "Les gens n'ont pas apprécié le discours de Nicolas Sarkozy d'hier sur la sécurité destiné à faire divergence, ils veulent témoigner leur inquiétude face au pouvoir d'achat et à l'emploi", estime-t- il.
Entre 36.000 personnes selon la police et plus de 100.000 selon les organisateurs ont défilé à Bordeaux (contre 34.000 à 80.000 le 29 janvier). Derrière une banderole unitaire "la crise c'est eux, la solution c'est nous", les manifestants ont défilé sous le soleil dans une ambiance bon enfant. Près de 90.000 personnes selon des sources syndicales, environ 45.000 selon la police, ont défilé dans les rues de Toulouse. Des chiffres équivalents à ceux enregistrés le 19 janvier (90.000 personnes selon les syndicats et 56.000 selon la police).
Rennes faiblit
La manifestation à Rennes a rassemblé jeudi entre 14.000 personnes selon la police et 35.000 selon les syndicats, soit moins que lors de la précédente journée d'action du 29 janvier.
De nombreux étudiants et personnels de l'Education nationale étaient présents dans le cortège qui comptait aussi des délégations de salariés de Peugeot-Citroën, Veolia, Motorola ou Thomson, plus importantes selon les syndicats que lors du précédent mouvement. "Notre entreprise fait énormément de bénéfices, ce qui ne l'empêche pas d'avoir recours au travail précaire et de laisser des gens avec quinze ans d'ancienneté au Smic", a déclaré un employé d'Oberthur Technologies qui emploie 450 personnes à Rennes. "Ce qu'on veut c'est une meilleure redistribution de ses bénéfices", a-t-il ajouté. Le 29 janvier, 25.000 à 50.000 personnes avaient manifesté à Rennes.
Associations à Angoulême, oeufs à Limoges
Dans le Centre, à Angoulême, entre 14.000 et 25.000 personnes ont défilé, parmi lesquelles de nombreux retraités et salariés du privé, issus notamment de Schneider Electric et Lafarge. Fait rare, des représentants d'associations caritatives étaient présents pour dénoncer sur une banderole "Associations en grève, désengagement de l'Etat, agonie des actions". On pouvait également lire "Retraités floués", "Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, de cette société-là on ne veut pas". A Limoges, entre 11.500 et 25.000 manifestants ont défilé, tandis que 300 salariés de la société agroalimentaire Madrange sont allés jeter des oeufs devant le domicile de leur patron. Madrange, qui emploie 1.700 personnes et dont le siège est à Limoges, est à vendre et attend un repreneur.
Sony brocardé à Mont-de-Marsan
Dans le Sud-Ouest, à Mont-de-Marsan, entre 5.150 et 8.000 personnes ont défilé (3.700 selon la police le 29 janvier). De nombreux retraités étaient en tête du cortège d'où se détachaient les salariés du site Sony de Pontonx-sur-l'Adour qui avaient retenu pendant une nuit le PDG du groupe la semaine dernière pour refuser les modalités de plan social avant la fermeture de l'usine. Sur leur banderole on pouvait lire "Sony: l'arnaque". A Clairoix (Oise), symbole de la crise, un millier de salariés de l'usine Continental, dont la fermeture est annoncée, ont défilé dès 9 heures. 213 manifestations sont prévues en France à l'appel des huit syndicats (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU, Unsa), pour arracher de nouvelles mesures au gouvernement en faveur des salariés. C'est un peu plus que les 195 du 29 janvier qui avaient réuni de 1,08 million (police) à 2,5 millions de personnes (syndicats).
Pas d'enveloppe supplémentaire
Les perturbations jeudi dans les transports étaient globalement en ligne avec les prévisions. Service minimum oblige, la SNCF a confirmé ses prévisions (60% des TGV, 45% des TER, et 40% des Transiliens). Bus et métro fonctionnaient quasi-normalement à Paris. Les transports en commun étaient très affectés à Bordeaux, Reims, Strasbourg et Nice, mais normaux à Marseille. La circulation routière était moins perturbée qu'à l'habitude en Ile-de-France.
| Notre point complet sur le trafic |
Le pouvoir, qui s'attendait à "une journée d'ampleur à peu près équivalente à celle du 29 janvier", avait prévenu avec François Fillon qu'il n'y aurait aucune "enveloppe supplémentaire" après les mesures adoptées lors du sommet social en février. Le Premier ministre, qui devait initialement accompagner Nicolas Sarkozy à Bruxelles, est resté à Paris pour s'exprimer au 20 heures de TF1 (à suivre en direct sur LCI.fr).
| Fillon s'exprime au 20 heures de TF1 jeudi |
L'ancien Premier ministre Alain Juppé (UMP) avait appelé jeudi matin à ne "pas prendre de haut" les manifesants "parce qu'il y a une vraie angoisse dans l'opinion publique" et a estimé qu'il faudrait "se remettre autour de la table" après ce mouvement.
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| Juppé sur LCI : "une vraie angoisse" |
L'Education mobilisée
La mobilisation était particulièrement importante jeudi dans les milieux enseignant (35% dans le primaire et 25% dans le secondaire) et hospitalier. De nombreux appels à des arrêts de travail ont été lancés dans des grandes entreprises du secteur privé, comme Total, Saint-Gobain, Auchan, Carrefour, dans les secteurs de la banque, de la chimie, de la métallurgie, mais aussi dans le commerce et la distribution.
| Notre point complet sur les secteurs en grève |
Le patronat, dont les éditorialistes jugeaient jeudi qu'il avait jeté de l'huile sur le feu en fustigeant la "démagogie" des syndicats, devrait être dans le collimateur des manifestants. La présidente du Medef Laurence Parisot s'est défendue jeudi, demandant d'"arrêter de désigner" les chefs d'entreprise comme des "bouc-émissaires" mains refusant toute concession sur la rémunération des patrons.
| Parisot persiste et signe |
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