Des salariés de Continental en colère devant la sous-préfecture de l'Oise, à Compiègne, le 21 avril 2009 © TF1-LCI La cour d'appel d'Amiens n'a pas suivi les réquisitions de l'avocat général qui demandait la confirmation des peines de première instance, allant de deux à cinq mois de prison avec sursis.
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"Il n'y a plus de sous-préfecture. Il n'y a plus de meubles, il n'y a plus de carreaux, il n'y a plus d'ordinateurs, il n'y a plus de bureaux, voilà", raconte un syndicaliste. Des salariés de Continental ont saccagé la sous-préfecture de Compiègne (Oise) ainsi que plusieurs entrées de l'usine de Clairoix mardi après-midi, à l'annonce de la décision du tribunal de Sarreguemines. Ce tribunal de Moselle les a déboutés mardi "sur tous les points", dans leur demande de suspension ou d'annulation de la procédure de fermeture de leur usine. "Ce ne sont pas des voyous mais des gens en colère, (...) à bout", a expliqué sur LCI Xavier Mathieu, leader CGT chez Continental ( > voir la vidéo). "Dans 28 jours, le dossier peut être fermé et la direction de Continental envoyer les lettres (de licenciement)". "Il n'y a plus de sous-préfecture, ça s'est fait en dix minutes", avait-il dit plus tôt à Reuters.
A la sous-préfecture, des bureaux ont été dévastés, des ordinateurs et des dossiers renversés, selon le parquet de Compiègne qui parle de beaucoup de dégâts matériels, mais indique qu'il n'y a pas eu de blessés. Une plainte a été déposée et une enquête ouverte. Après la sous-préfecture, certains ouvriers s'en sont pris à une guérite à l'entrée de leur usine, selon une autre source syndicale. Ils ont également brûlé un tas de pneus déchargé d'un camion, tandis qu'environ 250 à 300 salariés de Continental -500 à 600, selon la CGT- s'étaient rassemblés dans le calme devant le tribunal de Compiègne en milieu d'après-midi avant que la décision du TGI ne les fasse basculer dans la colère, selon le parquet de Compiègne. La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a "condamné" ces dégradations.
Réunion tripartite et CCE
Tout en condamnant lui aussi ce saccage, le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel a pour sa part annoncé qu'il proposait des discussions "tripartites" entre les salariés de Continental, la direction et le gouvernement, et "une médiation du gouvernement" à la fois à la direction et aux salariés pour aboutir à "un accord de méthode" > écouter l'interview de Luc Chatel. C'était une demande des syndicats qui n'avait pas été satisfaite jusqu'ici. Il n'y a jamais eu de discussions tripartites jusqu'à présent alors que les syndicats les réclamaient. L'intersyndicale de l'usine de Clairoix a dénoncé mardi "le double langage du gouvernement" dont les représentants avaient, selon les syndicats, proposé une médiation de l'Etat mais ont "refusé" de discuter dans la journée avec des salariés.
En outre, les mesures d'accompagnement social de la fermeture de Clairoix seront à l'ordre du jour du comité central d'entreprise (CCE) qui se tiendra mercredi à Nice, selon la direction et des représentants du personnel. Le ministre en charge de la relance Patrick Devedjian a pour sa part affirmé mardi soir qu'il y avait des "pistes sérieuses" de reprise de Continental.
Aucune irrégularité, selon la juge
Pour la juge des référés Elisabeth Rigal, il n'y a pas lieu de suspendre ou d'annuler la procédure d'information des personnels, contrairement à la demande des syndicats CFTC (majoritaire), CGT, FO, CNC et à celle du comité d'entreprise de Clairoix. La juge n'a en effet constaté aucune irrégularité dans le processus qui est "en cours", tant en France qu'en Allemagne, dans le groupe Continental, dans un ordre chronologique qui n'est pas spécifié par la loi, a-t-elle constaté dans son ordonnance. L'équipementier allemand n'a pas non plus "décidé" de la fermeture du site avant d'en informer les partenaires sociaux, ce qui aurait été contraire à la loi, et il n'a pas violé des engagements antérieurs sur le maintien de la production jusqu'en 2012, a-t-elle jugé.
"C'est le pire scénario, nous sommes catastrophés", a réagi Pierre Rubeck, délégué syndical central CFTC et secrétaire du CCE. "On a perdu une bataille, mais pas la guerre: on va aller jusqu'au bout", a déclaré pour sa part Antonio Da Costa, secrétaire du CE de Clairoix (CFTC). "Les salariés de Clairoix sont en colère, ils sont très déçus", a-t-il poursuivi en faisant état des vives réactions de ses collègues à Compiègne. "Ils sont en train de tout casser". Leur avocat, Me Ralph Blindauer, a annoncé la poursuite de son action sur le fond, à Compiègne ou à Sarreguemines. "On est en train de casser le droit des comités d'entreprise", a-t-il dit. "La consultation des partenaires sociaux doit se faire d'abord là où les décisions sont prises, c'est à dire à Hanovre (Allemagne)", a-t-il estimé.
Pour la direction au contraire, "le tribunal a reconnu que Continental avait bien rempli ses obligations légales dans le cadre de la procédure d'information et de consultation des partenaires sociaux". "Continental est donc autorisée à poursuivre la procédure en cours et à tenir dès mercredi deux réunions du comité central d'entreprise à Nice", s'est félicitée la direction dans un communiqué. Le syndicaliste Da Costa a indiqué qu'il partait, en effet, pour Nice : "on n'a pas le choix". Il prendra ensuite le train affrété par les syndicats pour aller manifester à Hanovre avec leurs collègues allemands, le jour de l'assemblée générale des actionnaires du groupe. Le 26 mars, environ 5.000 personnes avaient déjà manifesté à Hanovre pour protester contre la fermeture d'une usine Continental de pneus poids-lourds qui emploie 780 personnes. Le 11 mars, l'équipementier allemand avait également annoncé la fermeture du site de Clairoix en France où sont employées 1.120 personnes.
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