Les "Conti" saccagent la sous-préfecture, Chatel s'invite

le 21 avril 2009 à 16h14 , mis à jour le 22 avril 2009 à 01h39

Déboutés par la justice, des salariés de Continental Clairoix ont laissé éclater leur rage mardi. Luc Chatel propose des discussions tripartites.

continental oise compiègneDes salariés de Continental en colère devant la sous-préfecture de l'Oise, à Compiègne, le 21 avril 2009 © TF1-LCI

 

  • Condamnés à des amendes, les Conti crient "Victoire"

    La cour d'appel d'Amiens n'a pas suivi les réquisitions de l'avocat général qui demandait la confirmation des peines de première instance, allant de deux à cinq mois de prison avec sursis.

    Publié le 05/02/2010 Condamnés à des amendes, les Conti crient "Victoire"
Plus d'infos

> Continental : "Les moutons se sont transformés en lions"

> Déboutés, les salariés saccagent la sous-préfecture

> Chatel propose une médiation

 

 

"Il n'y a plus de sous-préfecture. Il n'y a plus de meubles, il n'y a plus de carreaux, il n'y a plus d'ordinateurs, il n'y a plus de bureaux, voilà",  raconte un syndicaliste. Des salariés de Continental ont saccagé la sous-préfecture de Compiègne (Oise) ainsi que plusieurs entrées de l'usine de Clairoix mardi après-midi, à l'annonce de la décision du tribunal de Sarreguemines. Ce tribunal de Moselle les a déboutés mardi  "sur tous les points", dans leur demande de suspension ou d'annulation de la procédure de fermeture de leur usine. "Ce ne sont pas des voyous mais des gens en colère, (...) à bout", a expliqué sur LCI Xavier Mathieu, leader CGT chez Continental ( > voir la vidéo). "Dans 28 jours, le dossier peut être fermé et la direction de Continental envoyer les lettres (de licenciement)". "Il n'y a plus de sous-préfecture, ça s'est fait en dix minutes", avait-il dit plus tôt à Reuters.

 

A la sous-préfecture, des bureaux ont été dévastés, des ordinateurs et des dossiers renversés, selon le parquet de Compiègne qui parle de beaucoup de dégâts matériels, mais indique qu'il n'y a pas eu de blessés. Une plainte a été déposée et une enquête ouverte. Après la sous-préfecture, certains ouvriers s'en sont pris à une guérite à l'entrée de leur usine, selon une autre source syndicale. Ils ont également brûlé un tas de pneus déchargé d'un camion, tandis qu'environ 250 à 300 salariés de Continental -500 à 600, selon la CGT- s'étaient rassemblés dans le calme devant le tribunal de Compiègne en milieu d'après-midi avant que la décision du TGI ne les fasse basculer dans la colère, selon le parquet de Compiègne. La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a "condamné" ces dégradations.

 

Réunion tripartite et CCE

 

Tout en condamnant  lui aussi ce saccage, le secrétaire d'Etat à l'Industrie Luc Chatel a pour sa part annoncé qu'il proposait des discussions "tripartites" entre les salariés de Continental, la direction et le gouvernement, et "une médiation du gouvernement" à la fois à la direction et aux salariés pour aboutir à "un accord de méthode" > écouter l'interview de Luc Chatel. C'était une demande des syndicats qui n'avait pas été satisfaite jusqu'ici. Il n'y a jamais eu de discussions tripartites jusqu'à présent alors que les syndicats les réclamaient. L'intersyndicale de l'usine de Clairoix a dénoncé mardi "le double langage du gouvernement" dont les représentants avaient, selon les syndicats, proposé une médiation de l'Etat mais ont "refusé" de discuter dans la journée avec des salariés.


En outre, les mesures d'accompagnement social de la fermeture de Clairoix seront à l'ordre du jour du comité central d'entreprise (CCE) qui se tiendra mercredi à Nice, selon la direction et des représentants du personnel.
Le ministre en charge de la relance Patrick Devedjian a pour sa part affirmé mardi soir qu'il y avait des "pistes sérieuses" de reprise de Continental.

 

Aucune irrégularité, selon la juge  


 

Pour la juge des référés Elisabeth Rigal, il n'y a pas lieu de suspendre ou d'annuler la procédure d'information des personnels, contrairement à la demande des syndicats CFTC (majoritaire), CGT, FO, CNC et à celle du comité d'entreprise de Clairoix. La juge n'a en effet constaté aucune irrégularité dans le processus qui est "en cours", tant en France qu'en Allemagne, dans le groupe Continental, dans un ordre chronologique qui n'est pas spécifié par la loi, a-t-elle constaté dans son ordonnance. L'équipementier allemand n'a pas non plus "décidé" de la fermeture du site avant d'en informer les partenaires sociaux, ce qui aurait été contraire à la loi, et il n'a pas violé des engagements antérieurs sur le maintien de la production jusqu'en 2012, a-t-elle jugé.


"C'est le pire scénario, nous sommes catastrophés", a réagi Pierre Rubeck, délégué syndical central CFTC et secrétaire du CCE. "On a perdu une bataille, mais pas la guerre: on va aller jusqu'au bout", a  déclaré pour sa part Antonio Da Costa, secrétaire du CE de Clairoix (CFTC). "Les salariés de Clairoix sont en colère, ils sont très déçus", a-t-il poursuivi en faisant état des vives réactions de ses collègues à Compiègne. "Ils sont en train de tout casser". Leur avocat, Me Ralph Blindauer, a annoncé la poursuite de son action sur le fond, à Compiègne ou à Sarreguemines. "On est en train de casser le droit des comités d'entreprise", a-t-il dit. "La consultation des partenaires sociaux doit se faire d'abord là où les décisions sont prises, c'est à dire à Hanovre (Allemagne)", a-t-il estimé.

 

Pour la direction au contraire, "le tribunal a reconnu que Continental avait bien rempli ses obligations légales dans le cadre de la procédure d'information et de consultation des partenaires sociaux".  "Continental est donc autorisée à poursuivre la procédure en cours et à tenir dès mercredi deux réunions du comité central d'entreprise à Nice", s'est félicitée la direction dans un communiqué. Le syndicaliste Da Costa a indiqué qu'il partait, en effet, pour Nice : "on n'a pas le choix". Il prendra ensuite le train affrété par les syndicats pour aller manifester à Hanovre avec leurs collègues allemands, le jour de l'assemblée générale des actionnaires du groupe. Le 26 mars, environ 5.000 personnes avaient déjà manifesté à Hanovre pour protester contre la fermeture d'une usine Continental de pneus poids-lourds qui emploie 780 personnes. Le 11 mars, l'équipementier allemand avait également annoncé la fermeture du site de Clairoix en France où sont employées 1.120 personnes.

le 21 avril 2009 à 16:14
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

129 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Vincent, le 23/04/2009 à 08h16

    ... Je me souviens d'un bureau de... ministre, saccagé... en toute impunité!!!

  • Rgn, le 22/04/2009 à 18h34

    Bonjour à toutes et à tous. I N A C C E P T A B L E ! Ceux qui ont saccagé les locaux de la sous-préfecture de Compiègne sont probablement (j'espère !) les mêmes qui condamnent les violences urbaines commises par ces c......s : commerces saccagés, voitures incendiées (et qui appartiennent à des gens pauvres des cités difficiles à vivre) ! Désolant et scandaleux de voir que des personnes (les Conti en l'occurence) soi-disant de bonne moralité, se comportent comme des voyous. Rien ne peut et ne doit expliquer de tels actes odieux, pas-même le désarroi provoqué par la perspective du chômage. Ou alors, c'est la porte ouverte à toutes sortes de dérives pouvant conduire à des drames. Cordialement

  • ROSI, le 22/04/2009 à 14h31

    A Jaco de Agen Merci de cette réaction car j'étais moi-même avec une entreprise de 3 salariés aujourd'hui fermé sans aucun revenu mais avec plus de 21000? de charges de retard. Quel est ma solution. Rosi

  • Chris76200, le 22/04/2009 à 11h59

    Tiens, je suis en train de lire un bouquin sur 1789 ... c'est étrange, il y a des ressemblances. Cà fait froid dans le dos

  • DAV4615, le 22/04/2009 à 10h57

    Le problème pour ces ouvriers et qu'il ne veulent pas quitter leur région et ils ont raison.Ils savent qu'il vont avoir du mal a retrouver du boulot rapidement dans leur coin et c'est la que le bat blesse l'aménagement du territoire.On délaisse les campagnes , on concentre tout pour optimiser les coûts, il y en marre du tout fric.La politique est un tout et on a délaissé beaucoup de choses à un moment et on le paye durement en ce moment.Les banques et actionnaires ont été les rois pendant quelques temps il faut leur dire que c'est fini.Ils gagneront moins il faut qu'ils fassent des efforts comme les autres comme nous qui nous serront la ceinture tout les mois.Perso cela fait plus de 20 ans que j'ai un compte bancaire et la première fois de ma vie cette année j'ai été a découvert on ne s'en sort plus cela va être la révolution De villepin a raison

  • Martine331, le 22/04/2009 à 10h40

    Au Gouvernement, imbue de sa petite personne, prennez vos responsabilités devant le malheur des gens pauvres, que vous méprisez:):):)

  • ELleaiMe, le 22/04/2009 à 10h31

    Les subprimes des locataires américains sont loin ; Voilà les subprimes des acheteurs de sociétés (LBO) qui restructurent l'organisation par la concentration puis la rationalisation des sites . Le Gouvernement cautionne ce système puisqu'il l'applique à son soit-disant plan de relance et sa Régionalisation . Pour Continental , le Gouvernement accepte une médiation après les sourires Présidentiels Européens au sujet des dommages collatéraux provoqués par la crise factitive de la finance .Médiation demandée voilà plus d'un mois par les instances de cette entreprise et Refusée alors par les "Gastéropodes ". Responsable ces gouvernements qui protègent la Maximalisation : Faites le procès de cette politique économique qui engendre le désordre social .Responsables , ces Gouvernements qui organisent les Filiales de transactions financières dans les multinationales pour pouvoir dénoncer les paradis fiscaux .FACTITIVE , cette politique économique . L'Europe doit se construire sur ses bases et non sur ses "têtes" si petites .

  • Jaco, le 22/04/2009 à 10h24

    A Chantal de Montpellier: vous ne connaissez pas de patrons qui meurent de faim etc...Moi si. Des patrons qui ont pris tous les risques, hypothéqué leurs biens quand ils en avaient, pour consituer un petit capital de départ, qui se sont endettés jusqu'au cou parfois, qui ont travaillé les nuits et tous les week ends, etc...et qui, pour leur malheur, n'ont pas réussi à faire décoller leur boîte. Oui, madame, il y en a des dizaines de milliers chaque année. Et, chère Chantal, quand eux ils se plantent, ils n'ont pas le chomage....... Ils n'ont pas le bénéfice d'un plan social et ils n'ont pas d'indemnités: non Madame, rien que leurs yeux pour pleurer. Vous lire me dégoute car vous même ne prenez aucun risque sans doute et ne créez aucun emploi: vous ne prenez que le temps de critiquer ceux qui ont les tripes de le faire et que je salue et que je remercie ici.

  • Karine, le 22/04/2009 à 08h36

    Encore un exemple de la stupidité! Si à chaque fois que les salariés n'étaient pas d'accord avec une décision, ils cassaient tout, où irait la France? A l'anarchie. Pire que des gosses : si vous ne cedez pas, on renverse des produits toxiques dans la rivière, on met le feu, on empêche les autres salariés d'aller travailler, on détruit tout... Ce comportement de terroriste devrait être très sévèrement condamné!

  • Fdd66, le 22/04/2009 à 08h13

    Je suis scandalisée par les images que j'ai pu voir lors du reportage. Au jour d'aujourd'hui, tout est normal, il n'y a plus aucune règle, et rien a voir avec la crise. Ce monsieur qui a tout cassé, je voudrai bie savoir s'il " tappe " sur sa femme lorsqu'il est en colère ou contrarié parce qu'elle n'a pas voulu souscrire à ses envies . Tout est une question d'éduction. J'espère que ce mation il a " HONTE ". FDD

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience