Les producteurs de lait deversant leur production devant une préfecture de l'Ouest, le 19 mai 2009 © LCILes producteurs de lait français ont multiplié les actions mardi pour protester contre une chute sans précédent du prix payé aux producteurs et exiger un changement de la politique laitière européenne. Les professionnels dénoncent une baisse de 30% sur un an du prix du lait, qui a atteint selon eux en avril un plus bas historique de 205 euros les 1.000 litres. Des actions ont été lancées, essentiellement devant les préfectures et les sous-préfectures de l'ouest du pays, à l'appel Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).
A Nantes, environ 300 producteurs ont réveillé le préfet en manifestant devant la préfecture, au son du canon à corbeaux - un instrument imitant le grondement du tonnerre. "Aujourd'hui, en grandes surfaces, le consommateur achète 0,86 euro son litre de lait entier, alors qu'il est payé 0,20 euro au producteur", déclare Linda Monnier, animatrice syndicale à la FNSEA de Loire-Atlantique en charge du dossier lait. "On nous achète le lait au même prix qu'il y a 25 ans, alors que depuis les charges ont considérablement augmenté", ajoute cette représente du plus important syndicat agricole français. Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a dit mardi entendre les doléances des producteurs, tout en soulignant dans un communiqué que la situation n'était "pas uniquement française et résulte de surplus sur le marché européen et mondial".
Vers une "grève du lait" ?
En Bretagne, des rassemblements ont eu lieu à Quimper (Finistère), Vannes (Morbihan) et Rennes (Ille-et-Vilaine), en présence à chaque fois de 400 à 500 producteurs équipés de tracteurs et de camions de collectes de lait. La situation était tendue à Quimper, où les syndicats ont évoqué des échauffourées entre manifestants et policiers. A Rennes, les manifestants sont retournés sur les six plates-formes de distribution bloquées depuis lundi midi. Des camions de collecte de lait ont été bloqués par endroits dans le Morbihan, la Sarthe et le Maine-et-Loire. D'autres manifestations ont eu lieu en Vendée, à La-Roche-sur-Yon notamment. D'autres actions étaient prévues dans la Sarthe, la Mayenne et les Côtes d'Armor.
Dans le Sud-Ouest, des centaines de manifestants se sont réunis à Pau, allumant des feux de palettes devant les grilles de la préfecture, où des éleveurs ont déversé de la paille. A Mont-de-Marsan (Landes), 80 agriculteurs ont vendu environ 150 litres de lait à la population au prix de 0,20 euro, équivalent à ce que leur versent les laiteries alors qu'ils réclament au moins 0,30 euro. Le nord de la France est aussi concerné. Des manifestations ont eu lieu à Valenciennes, Dunkerque et Douai, notamment. A Boulogne-sur-mer, les manifestants ont déversé dans le centre-ville et devant la sous-préfecture 200.000 litres d'eau blanchie au lait. A Lille, les producteurs ont été reçus en préfecture après avoir distribué du lait aux passants. "Nous ne pouvons pas tenir", a expliqué Philippe Cartieaux, président des producteurs de lait du Nord. "On vient de recevoir les paiements d'avril, c'est impossible de continuer comme cela. Les décisions de Bruxelles et la politique de la distribution sont responsables". Les producteurs européens menacent d'une "grève du lait" si des réponses urgentes ne leur sont pas apportées.
Deux médiateurs ont été nommé mardi par le gouvernement "pour faciliter les discussions". Une initiative accueillie avec prudence par les syndicats. Les deux médiateurs ne doivent pas se contenter de "parlotte", a déclaré Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, mais de "proposer et résoudre" rapidement la crise. Pour la fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), qui a appelé à une journée de mobilisation ce mardi, cette médiation "n'est qu'une première étape". La FNPL "restera particulièrement vigilante à la résolution des difficultés extrêmes qui touchent aujourd'hui les éleveurs", a-t-elle déclaré. Comme la FNSEA, la FNPL souhaite une reprise des négociations dans le cadre de l'interprofession qui regroupe les trois familles de la filière (industriels, coopératives, producteurs).
Un directeur d'hypermarché poussé à la traite |
Le directeur de l'hypermarché Carrefour de Fourmies, près de Maubeuge, a été poussé mardi à traire une vache par des agriculteurs qui avaient envahi son magasin pour protester contre la baisse du prix du lait. Le directeur de l'hypermarché, Lilian Gané, "s'est pris au jeu" et a trait de bon gré la vache amenée dans sa grande surface mardi matin, a expliqué François Moreau, de la Fédération régionale des producteurs de lait (FRPL) du Nord. "Il a fait ça tranquillement et on est reparti", a-t-il ajouté, confirmant une information de la Voix du Nord. Le directeur a indiqué que les manifestants lui avaient un peu "forcé la main". |
D'après agence
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