Des défilés ont eu lieu ce matin en province © TF1De l'avis général, ce 1er mai devrait être inscrit dans les annales. Les huit syndicats manifestent en effet bras dessus, bras dessous ce vendredi, jour de la fête du Travail. CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU et Solidaires, ils sont tous là et c'est du jamais-vu depuis la libération, sauf en 2002 pour dénoncer la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Objectif de cette unité : maintenir la pression sur le gouvernement, qui n'a pas reculé malgré l'ampleur des précédentes manifestations. Les défilés du 29 janvier et 19 mars avaient rassemblé un à trois millions de personnes.
Ce sont donc des manifestations qualifiées d'"exceptionnelles" par les syndicats qui ont débuté en province dès vendredi matin. Des cortèges d'ailleurs plus nombreux que le 1er mai 2008. Pour autant, les défilés n'ont pas fait le plein : ils ont été moins importants que ceux de la précédente journée de mobilisation du 19 mars, ont déclaré plusieurs dirigeants syndicaux, dont François Chérèque, le leader de la CFDT. A Marseille, entre 8.500 et 35.000 personnes ont manifesté, à Strasbourg 4.000 à 6.500 personnes, à Lyon 10.000 et 15.000, à Nantes 11.000 à 25.000. Avec un autre bémol : une fissure dans l'unité affichée, à Nantes et Marseille, où FO s'est désolidarisée des défilés. Au total, 283 rassemblements sont prévus à travers le pays. Point d'orgue de ce 1er mai : la manifestation parisienne, au départ de la place Denfert-Rochereau à 14h30, pour une arrivée à Bastille.
Deux absences à Paris
L'annonce par le gouvernement de son intention de relancer son texte sur le travail le dimanche a fourni un nouveau motif de colère aux manifestants, alors que le chômage a poursuivi son envolée en mars. Il faut que Brice Hortefeux, le ministre du Travail et le gouvernement "sortent de l'observation", a déclaré François Chérèque, le leader de la CFDT, sur RTL.
Les partis de gauche ne sont pas en reste dans les cortèges. Le Parti socialiste, en tête. Il devra cependant se passer de la "photo de famille", Ségolène Royal préférant finalement défiler aux côtes des salariés en lutte d'Heuliez, à Niort. "Je suis aux côtés des salariés parce que le 1er mai, c'est se battre pour que tout le monde ait du travail", a-t-elle déclaré. "Il y a une crise. C'est très difficile mais il faut se battre, résister, apporter des idées", a déclaré la présidente de la région Poitou-Charentes, alors que 4.500 personnes, selon les organisateurs, 2.500, selon la police, défilaient dans les rues de Niort. Il faut être "au coude à coude parce que je suis convaincue que c'est tous ensemble qu'on peut trouver des idées pour s'en sortir", a-t-elle ajouté.
Autre absence dans le cortège parisien, celle d'Olivier Besancenot. Le leader du Nouveau parti anticapitaliste défilera avec le collectif LKP en Guadeloupe, "l'endroit le plus unitaire, le plus combatif, qui a remporté des victoires".
Martine Aubry prédit une forte mobilisation et appelle par avance Nicolas Sarkozy à y répondre. "Je pense que ce sera une grande mobilisation car la France s'enfonce dans la récession et les difficultés : 3.000 licenciements par jour depuis le début de l'année et, parmi eux, des cas scandaleux où des entreprises profitent de la crise pour licencier et accroître les dividendes des actionnaires", affirme la patronne du PS.
Et après ?
La manifestation n'avait pas commencé que déjà se posait la question de la suite avec, à ce sujet des fissures dans le front syndical - sur la stratégie à suivre pour contraindre le gouvernement à faire des concessions. Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, voudrait en effet prolonger cette nouvelle journée de manifestations par une grève public-privé de 24 heures. Or, François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, a réaffirmé son opposition à une grève "qui ne règlerait pas" les problèmes. Les leaders syndicaux doivent se retrouver lundi pour décider "des prochaines initiatives", qui dépendront de l'ampleur de la mobilisation du 1er mai, les organisations ayant placé la barre très haut. "Il faut monter d'un cran" pour faire bouger le gouvernement, a répété Jean-Claude Mailly vendredi.
Face à ces revendications, le gouvernement reste ferme et mise pour contenir les tensions sur les mesures déjà annoncées, dont le plan sur l'emploi des jeunes d'un montant de 1,3 milliard d'euros dévoilé vendredi dernier. Il se montre également préoccupé par la radicalisation des conflits, une situation qui a poussé l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin à parler de "risque révolutionnaire", des propos jugés "irresponsables" par des dirigeants de l'UMP.
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