Image d'archives © AbacaLCI.fr : Le ministre du Travail (à l'époque Brice Hortefeux), le Premier ministre puis le Président de la République ont annoncé une réforme des retraites en 2010 et ont évoqué un départ à la retraite plus tardif. Quelle est la position de la CGT ?
Le dilemme de la CGT : s'adapter ou s'étioler
Bernard Thibault va devoir défendre sa stratégie de compromis et la mutation engagée au sein du syndicat, au cours du 49e congrès de la CGT qui se tient cette semaine.
Publié le 07/12/2009
Jean-Christophe Le Duigou (secrétaire de la CGT, en charge du dossier des retraites) : Ces annonces nous ont surpris. La loi Fillon votée en 2003 prévoyait un rendez-vous en 2012 pour évoquer le sujet mais le Medef voulait qu'il soit avancé à 2010. Il y a une certaine précipitation du Président de la République et du gouvernement à mettre ce dossier en débat.
On va dire qu'il y a un problème d'équilibre financier du régime mais il faut voir que l'essentiel du besoin de financement des régimes de retraite, que ce soit le régime de base ou Agirc et Arrco* pour 2009-2010, vient de l'effondrement de la masse salariale et non pas d'un nouveau problème structurel.| "Je constate que le gouvernement donne satisfaction au Medef" |
LCI.fr : Comment expliquez-vous cette "précipitation" ? Certains arguent d'une logique de calendrier électoral.
J-C L.D : C'est une hypothèse mais tant que nous n'avons pas eu de discussion avec le Président de la République et le ministre du Travail, je ne peux pas vous dire. Le Medef bataillait il y a quelques mois pour que 2010 soit un rendez-vous majeur sur les retraites. Je constate que le gouvernement lui donne satisfaction.
LCI.fr : Etes-vous comme la CFDT opposé à l'allongement du départ à la retraite ?
J-C L.D : Concernant la durée d'activité, il y a trois problèmes : les jeunes n'arrivent pas à s'intégrer tôt dans l'emploi, deuxièmement, les vieux sont mis à la porte bien avant qu'ils puissent faire valoir leurs droits à la retraite et troisièmement on développe la précarité des salariés.
LCI.fr : La CGT s'opposera-t-elle à un départ à la retraite à à 62 ans ?
| "Je ne comprends pas la manière dont le gouvernement prend le problème sinon avec une volonté d'affoler les retraités et les salariés" |
J-C L.D : Aujourd'hui, étant donné que l'on va passer à une durée de cotisations de 42 ans, un jeune qui est entré en moyenne à 22-23 ans dans la vie active, devra travailler jusqu'à 65 ans. Je ne comprends pas la manière dont le gouvernement prend le problème sinon avec une volonté d'affoler les retraités et les salariés. La question est d'abord celle de l'emploi.
LCI.fr : Faut-il allonger les durées de cotisations, comme le propose la CFDT afin de ne pas pénaliser les personnes qui ont commencé à travailler très tôt ?
J-C L.D : Je ne me place pas du tout dans cette perspective. Recul de l'âge du départ à la retraite ou allongement de durée de cotisations, je ne choisis pas entre deux maux. La réalité aujourd'hui c'est que les salariés quittent leur activité en moyenne à 58 ans.
LCI.fr : Que pensez-vous de la volonté de remettre en cause la majoration de cotisation pour les femmes qui ont eu des enfants ?
J-C L.D : J'ai l'impression que l'on est en train de chercher tous les moyens pour diminuer le montant des retraites et une fois de plus, on s'attaque à des salariés qui ne sont pas et de loin les plus avantagés. C'est le cas des femmes qui prennent des congés pour élever leurs enfants. Des congés qui n'ouvrent pas droit à des cotisations retraite. Le COR** a largement analysé ce que sont les avantages familiaux et montré que l'on ne pouvait pas prendre une décision isolée comme celle-ci.
LCI.fr : Quelles sont vos propres propositions pour remédier au problème de financement des retraites ?
J-C L.D : C'est une erreur d'aborder les retraites par le financement. On ne nie pas le problème mais la question est d'abord celle de l'emploi : les entreprises emploient les salariés de 30 à 50 ans. Certes, nous ne pourrons pas financer le système avec une si grande partie du salariat exclue de l'emploi. La deuxième chose, c'est que l'on rejette pas l'idée qu'il faille augmenter les cotisations. Entre 2003 et 2020, le nombre de retraités augmentera de 50%. Si l'on ne prévoit pas de ressources supplémentaires, c'est le montant des retraites qui baissera.LCI.fr : C'est ce que vous direz à Nicolas Sarkozy mercredi ?
| "Nous sommes au diapason des salariés" |
J-C L.D : C'est ce que l'on dira entre autres car ce n'est pas le seul sujet du rendez-vous. C'est ce que l'on dira également à son ministre du Travail qui, après avoir lancé le débat de façon brutale, sera sans doute missionné d'ouvrir des négications avec nous.
LCI.fr : La CGT pourrait appeler à se mobiliser sur ces questions ?
J-C L.D : Vous avez vu ce que l'on a fait en 2003 ? Nous sommes au diapason des salariés pour rejeter ces propositions qui ne sont pas des solutions. Je crois qu'il y a aujourd'hui une grande inquiétude, nous serons le relais de cette inquiétude y compris en termes d'action dès l'automne.
* complémentaires retraite
**Conseil d'orientation des retraites
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