
Conclu au terme de négociations difficiles, le compromis sur les prix du lait laisse les producteurs largement insatisfaits. Y compris au sein de la FNSEA, seul représentant autorisé des agriculteurs à la table des négociations. Outre le prix fixé bien plus bas que leurs attentes, l'accord de mercredi module les prix en fonction de l'activité de l'entreprise, les laiteries fabriquant surtout des produits industriels (poudre de lait, beurre) pouvant payer à 262 euros la tonne. Les producteurs de lait de l'Ouest ont d'ores et déjà annoncé de nouvelles actions contre les grandes surfaces.
La FDSEA du Finistère a dénoncé un "accord de dupes" et demandé "une renégociation immédiate", alors que dans le Morbihan elle a réclamé un "fonds de mutualisation afin d'assurer l'équité" entre les producteurs. De son côté, la FDSEA de la Manche a qualifié l'accord d'"inacceptable". "Je suis en colère (...) Les 280 euros les 1000 litres dont on entend parler de Paris, ça ne nous convient pas du tout. Ça ne couvre pas nos coûts de production", s'est emporté Hervé Moël, responsable de la section lait au sein de la FDSEA des Côtes d'Armor. "En Bretagne, on est nombreux à livrer à Entremont-Alliance", la laiterie qui paie le moins actuellement. "Pour nous, ce ne sera pas 280, mais 262 euros pour 1000 litres. C'est inacceptable".
Un accord "scandaleux"
"Ceci n'est pas un accord, mais bien un prix de vente à perte imposé par les pouvoirs publics, qui remet en cause la viabilité des exploitations et l'installation de jeunes en production laitière", ont dénoncé les jeunes agriculteurs, proches de la FNSEA. Les syndicats minoritaires, non représentés dans les négociations menées par la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait, branche lait de la puissante FNSEA) sont encore plus critiques.
L'accord "est scandaleux (...) C'est un accord hautement politique, voulu par le ministre (Michel Barnier, candidat aux élections européennes de dimanche), sans politique laitière pour gérer les excédents. Rien n'est résolu sur le fond", dénonce Yves Leperlier, producteur de lait dans la Manche et responsable de la commission lait à la Confédération paysanne. "Pour une exploitation avec un quota moyen de 280.000 litres, on estime la perte à 15.000 euros sur l'année. Au plan national, ça fait plus de 1,3 milliard d'euros de pertes. Alors, les 30 millions d'euros d'aide (annoncés par le ministre), c'est dérisoire", déplore le producteur.
Dans le compromis, "il y a un accord cadre pluri-annuel. Il a au moins le mérite de donner de la visibilité aux producteurs et aux transformateurs", a tenté de tempérer Pascal Clément, président de la section laitière de la FNSEA en Bretagne et Pays-de-Loire. "La situation est extrêmement tendue et pas facile à expliquer sur le terrain", a-t-il reconnu. La FNPL, selon lui, a signé "contrainte et forcée. Il fallait trouver des éléments de stabilisation. Les pouvoir publics ont tout fait pour qu'il y ait un accord avant (les élections de) dimanche".
D'après agence
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