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L'objet à la Une : la bonbonne de gaz

Edité par
le 01 août 2009 à 05h52
Temps de lecture
5min
bonbonne
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SocialDans les conflits sociaux, elles ont aussi le pouvoir de faire accourir les médias et parfois, les ministres. Mais depuis quand font-elles partie de notre paysage ?

En cet été 2009, les bonnes vieilles bouteilles de gaz font la Une de l'actualité. Disposées sur les parkings ou sur les toits d'entreprises vouées à la liquidation, elles témoignent de la colère des salariés et symbolisent l'énergie du désespoir.  Elles ont aussi le pouvoir de faire accourir les médias et parfois, les ministres. Mais depuis quand font-elles partie de notre paysage ?
 

La B13 de Primagaz en 1934 (DR)

 

En 2004, Primagaz fêtait le 70e anniversaire de l'apparition en France de la bouteille de gaz. Le concept est importé des Etats-Unis, tout comme le butane. L'entreprise familiale Liotard, spécialisée dans les appareils à gaz et l'éclairage, commercialise les premières bonbonnes en janvier 1934.  L'engouement du public est immédiat, "grâce au butane, les campagnes françaises vont enfin connaître le confort", s'exclame Albert Lebrun, président du Conseil, lors de l'inauguration de la Foire de Paris. 

Progressivement, les gazinières remplacent les cuisinières à bois ou à charbon dans les foyers les plus isolés. En 1938, l'entreprise Liotard prend le nom de son produit phare, Primagaz, et malgré la concurrence d'autres marques, la bonbonne de gaz traverse le siècle, pratiquement inchangée (voir l'histoire de la bonbonne, en cliquant ici).

Cet objet familier, plutôt rural, dont la forme rappelle un bidon de lait et dont la couleur varie en fonction de la marque, n'est plus que rarement livré à domicile. Les bouteilles sont entreposées dans les stations-services et sur les parkings des supermarchés, il faut aller les chercher soi-même. La classique pèse 26 kilos pleine, 13 kilos vide : elle est consignée et reste la propriété de la compagnie distributrice. L'acheteur doit décliner son identité et verser une caution.  Il s'en vend encore plus de 50 millions par an en France. Dans les cuisines, on a tendance à la dissimuler, mais elle équipe aussi les barbecues, les réchauds des campeurs, et se décline aujourd'hui sous des formes moins encombrantes, plus design.
 
"Ça sent le gaz"
 
Derrière cet aspect convivial, la bouteille de gaz reste porteuse de l'idée de risque et d'angoisse. Les accidents proviennent souvent du non-respect des consignes de sécurité. C'est le cas pour  l'explosion d'une bouteille de gaz  lors d'une fête de village en juin 2007, en Alsace. Le cuisinier avait placé la bonbonne sous le four, en position couchée.  Bilan : un mort et six blessés. Lors d'un incendie d'habitation, les bonbonnes de gaz sont la hantise des pompiers. 
 
L'odeur caractéristique d'œuf pourri alerte généralement le voisinage mais ne permet pas toujours d'éviter la catastrophe, surtout lorsqu'il s'agit d'une fuite intentionnelle, lors de suicides notamment. Outre les faits divers, la bonbonne de gaz est aussi associée par de nombreux Français aux attentats, comme ceux du RER Saint-Michel en 1995. Le récipient, évidé et rempli d'explosifs et de mitraille se transforme en véritable bombe. Il est arrivé également que les forces de l'ordre ou les pompiers, appelés pour des incendies de caves ou de voitures, découvrent dans les flammes les bonbonnes tant craintes. 
 

Les salariés enlevant les bonbonnes de gaz de l'usine, mi-juillet
Les New Fabris (LCI)

"Ça va péter..."
 
La stratégie de la bonbonne, comme titrait Libération le 17 juillet dernier, repose sur le détournement d'un objet domestique en une menace de destruction. Il fallait un symbole fort, au moment où les médias peinent à couvrir les plans sociaux, tant ils se multiplient. Les ouvriers de New Fabris, équipementier automobile en liquidation dans un bassin d'emploi sinistré, sont les premiers à avoir installé des bouteilles de gaz autour de leur entreprise : "séquestrer notre  patron, on n'aurait pas pu, on l'a jamais vu !", disent-ils.
 
Les cadres de Nortel, groupe canadien de télécoms en faillite, écœurés par le montant des bonus que se sont octroyés les dirigeants, ont repris la méthode des Fabris pour se faire entendre, tout en se défendant d'être des "terroristes". Les salariés du fabricant de nacelles JLG finissent par obtenir gain de cause, 30.000 euros d'indemnités de licenciement pour tous. Les bonbonnes de gaz sont au centre des négociations entre le nouveau ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, et les salariés : retrait des bouteilles contre intervention du gouvernement dans les conflits...
 
Objet banal, magique et terrifiant, il paraît logique que la bouteille de gaz figure en bonne place dans l'art contemporain. Comment ne pas citer les célèbres bonbonnes de Butagaz peintes aux couleurs des porcelaines de Delft par l'artiste belge Wim Delvoye... qui contrastent avec la représentation du potentiel terroriste de l'objet, par le Toulousain Créaflame.

Commenter cet article

  • PMP132 : Quand l'Etat va ceser de ceder à ces manières de voyoux?

    Le 03/08/2009 à 17h17
  • Benoit : On ne transforme pas une bonbonne de gaz en engin explosif aussi facilement. Il faut un detonateur (et ceci ne se trouver pas au rayon bricolage des supermarches ni au bricomarche !). Ensuite il faut un systeme de declenchement de ce detonateur, et la, effectivement un simple courant electrique amene par un fil peut suffire.

    Le 03/08/2009 à 14h32
  • Cocotte16 : Bonbonne de gaz!!!bonbonne da gaz!!! nous savons tous que la stratégie de la bonbonne ne peut pas fonctionner oersonne n'osera appuyer sur le bouton de mise à feu pour preuve les fabris !!!!!!!!!1 000 euros de plus de la gnognotte c'est cléopâtre qui l'a dit !!!!!!!!!!!!non mais !!!!!!!!!!

    Le 03/08/2009 à 13h50
  • Al4az13 : A Tobi, Lorient, le fil n'était peut être pas électrique. mais peut être du cordeau détonant qui transmet l'onde de choc aux autres têtes.

    Le 01/08/2009 à 17h40
  • Lika : Un rappel des faits très instructif... Reste à savoir si la stratégie de la bonbonne portera ses fruits...

    Le 01/08/2009 à 13h57
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