Les producteurs de lait deversant leur production devant une préfecture de l'Ouest, le 19 mai 2009 © LCIAprès plus d'un an de crise dans le secteur, marquée par l'effondrement du prix du lait, les producteurs laitiers européens ont décidé de réagir de manière radicale. Ils se sont réunis ce jeudi à Paris pour décider du principe d'une grève de la production, débutant le soir même et pour une période non déterminée. L'appel a été lancé par la Fédération des producteurs européens de lait (EMB), qui revendique 100.000 producteurs dans 14 pays, et à laquelle sont affiliées deux organisations d'éleveurs français. Il est intervenu quelques jours à peine après l'échec d'une réunion à Bruxelles, où les pays européens ont affiché leurs divisions entre les partisans d'une libéralisation du marché et ceux, comme la France et l'Allemagne, qui soutiennent une régulation afin d'assurer une stabilité des prix.
Les producteurs ont déjà mené plusieurs actions de protestation, parfois violentes, notamment en France et en Allemagne ainsi qu'à Bruxelles, fustigeant la décision européenne de supprimer les quotas de production d'ici 2015, la surproduction étant selon eux à l'origine de la chute des prix. Ceux qui se rallieront à ce nouvel appel à la grève ne livreront plus leur lait aux industriels. Ne pouvant pas le conserver plus de deux jours, certains ont promis de le distribuer gratuitement au consommateur, plutôt que de le jeter. Un geste désespéré que justifie Pascal Massol, président de l'Association des producteurs de lait (APLI), l'un des deux membres français de l'EMB : "On est en train de décapiter la production laitière européenne. Je ne peux pas croire que l'Europe n'entende pas notre appel". Il mise sur le ralliement de quelque 30.000 producteurs en France, soit un tiers des éleveurs de l'Hexagone.
"S'engager dans la grève, c'est prendre de gros risques"
Née en novembre 2008 à l'initiative de trois éleveurs de l'Aveyron, son organisation, l'APLI a le vent en poupe. Au fil de rencontres organisées dans toute la France, elle a réussi à mobiliser de nombreux producteurs en colère et déçus des organisations syndicales traditionnelles. L'APLI réclame une régulation européenne de la production de lait et un prix minimum autour de 350 à 400 euros les 1000 litres, contre 260 à 280 euros actuellement.
Autre membre français de l'EMB, l'Organisation des producteurs de lait (OPL), qui revendique 20% des producteurs laitiers, estime que 40 à 50% des producteurs français rejoindront le mouvement, selon Nicolas Coudray, porte-parole du syndicat. La Confédération paysanne, autre syndicat minoritaire français, a annoncé qu'elle n'était pas favorable à la grève du lait mais "ne fera rien pour casser le mouvement", selon André Bouchut, son secrétaire général. "S'engager dans la grève, c'est prendre de gros risques financiers pour des producteurs déjà en difficulté. Compte tenu des stocks des industriels, il faudrait une grève d'un mois pour vraiment les gêner", a expliqué récemment Jean-François Guitton, membre de la commission nationale laitière de la Confédération. Mais l'organisation syndicale la plus opposée à la grève du lait est la FNSEA, principal syndicat agricole français. Son président, Jean-Michel Lemétayer, a qualifié ce mouvement "d'aberration". "Je ne crois pas que c'est par la grève du lait qu'on infléchira la position européenne", a-t-il martelé.
En Allemagne, le schéma est pratiquement identique. D'un côté, la Confédération des producteurs laitiers (BDM), membre de l'EMB, soutient le principe de la grève. De l'autre, la Fédération allemande des agriculteurs (DBV), syndicat majoritaire, dit "rejeter l'idée d'une grève ou d'un blocage des laiteries", soulignant que la grève de l'an dernier n'avait pas permis une augmentation des prix.
D'après agence
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