Les producteurs de lait manifestent à Bruxelles le 5 octobre © TF1/LCIUn groupe de haut niveau a été chargé lundi par les Etats membres de l'UE de rendre des conclusions d'ici mi-2010 sur la régulation du secteur laitier européen mais la réunion organisée lundi à Bruxelles sur la crise du lait n'a débouché sur aucune nouvelle mesure de soutien aux producteurs à court terme. A l'extérieur du bâtiment où étaient réunis les ministres, des centaines de manifestants ont bruyamment manifesté leur colère pendant toute la journée et se sont montrés très déçus des résultats de la rencontre. "Nous voulions un signal politique clair et nous avons désormais un signal politique clair", a déclaré le ministre français de l'Agriculture, Bruno Le Maire, en référence à la nouvelle régulation européenne des marchés du lait qu'il appelle de ses voeux depuis plusieurs semaines. "L'UE est maintenant dans la bonne direction, celle de la régulation. Le cap est fixé, il sera maintenu", a-t-il ajouté, avant de se féliciter de la mise en place de ce groupe de haut niveau, qui commencera ses travaux le 13 octobre et sera présidé par un Français, Jean-Luc Demarty, actuellement directeur général de l'Agriculture au sein de la Commission européenne.
La commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer-Boel, qui refuse de s'engager sur toute voie s'apparentant de près ou de loin à un maintien du système des quotas, dont la disparition est prévu pour 2015, avait proposé dès mi-septembre de créer ce groupe de travail. Il sera chargé de réfléchir à un système nouveau de contractualisation entre producteurs et industriels, à un renforcement et à une amélioration des outils publics d'intervention sur les marchés, à la mise en place d'un marché à terme sur le beurre et la poudre de lait ou à la manière de garantir une plus grande transparence des marchés.
Décision le 19 octobre
La commissaire danoise a en revanche rappelé aux Vingt-Sept que ses marges de manoeuvres budgétaires à court terme étaient étroites et qu'il revenait aux Etats membres de débloquer de nouveaux fonds s'ils voulaient fournir une aide à court terme. "Je serais heureuse si les Etats membres me donnaient cinq milliards supplémentaires pour les producteurs laitiers mais il faut poser la question aux ministres des Finances. De mon côté, je m'assurerais qu'ils soient distribués de manière équitable", a-t-elle ironisé face à la presse. Une telle enveloppe financière, dont la Commission ne dispose pas, permettrait de soutenir le prix du litre de lait entre 3 et 5 cents, a-t-elle dit, tout en indiquant que les données dont elle disposait faisaient état d'une amélioration de la situation des prix sur le marché laitier.
Elle a ensuite expliqué que l'exécutif communautaire avait dépensé pas moins de 600 millions d'euros pour soutenir le marché cette année et qu'elle avait aussi proposé d'étendre les périodes d'intervention, d'accélérer le paiement des aides directes et de relever le montant maximum autorisé des aides d'Etat à destination des producteurs de lait à 15.000 euros. Ces mesures doivent être entérinées lors d'une réunion formelle des ministres de l'Agriculture de l'UE, à Luxembourg, le 19 octobre.
Les agriculteurs déçus
Rassemblés à l'appel notamment de l'European Milk Board (EMB), l'un des principaux syndicats du secteur, plusieurs centaines d'agriculteurs européens ont fait sonner les klaxons de leurs tracteurs et des sirènes pendant une grande partie de la journée et ont brûlé des pneus pendant plusieurs heures, sous forte escorte policière. De nombreux producteurs européens avaient débuté courant septembre une "grève du lait", actuellement suspendue, au cours de laquelle ils n'avaient pas hésité à déverser plusieurs milliers de litres de lait dans les rues et dans les champs. Ils réclament un prix minimum de 350 à 400 euros les mille litres, contre 260 à 280 euros actuellement.
Les agriculteurs présents à Bruxelles se sont montrés très déçus des résultats de la rencontre, qui avait été qualifiée par plusieurs d'entre eux de sommet de la dernière chance. "Je suis très déçu. J'espère que quelque chose sera annoncé dans les trois ou quatre prochains jours car, sinon, j'ai peur de ce qui pourra se passer", a dit l'un d'entre eux à Reuters. Le syndicat Copa-Cogeca, qui regroupe des agriculteurs et des coopératives, s'est quant à lui montré critique envers le manque d'action concrète des ministres de l'Agriculture. "Nous appelons maintenant les responsables politiques à prendre des mesures fortes de soutien au marché lors de leur réunion du 19 octobre, notamment sur l'intervention publique et les aides à l'exportation", a déclaré l'un de ses responsables dans un communiqué.
(D'après agence)
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