Salariés de France Télécom manifestant contre le "management par la terreur" © TF1/LCIA l'heure où le groupe est engagé dans un processus sans précédent pour tenter d'apaiser le malaise de ses salariés, dont la première phase s'est traduite par l'envoi d'un questionnaire très complet portant notamment sur l'image que les employés ont d'eux-mêmes et de leur travail, sur leur degré de reconnaissance ou leur charge de travail, le propos est pour le moins polémique. Après 25 suicides en un an à France Télécom, peut-on parler de "vague de suicides" ? Pour avoir tenté de relativiser l'ampleur du phénomène, en le comparant avec ce qui prévaut pour la moyenne de la population, le PDG du groupe, Didier Lombard, s'était retrouvé au centre d'une virulente controverse pendant que se multipliaient les appels à sa démission. Il avait dû faire amende honorable en reconnaissant, au-delà des chiffres bruts, la réalité de la dégradation des relations humaines au sein de son groupe. Mais aujourd'hui, l'argument est repris par un statisticien, dans une chronique publiée par le quotidien La Croix.
France Télécom : deux nouveaux suicides
Deux salariés se sont donnés la mort cette semaine hors de leurs lieux de travail. "L'entreprise est sous le choc", déclare la direction qui ne privilégie aucune hypothèse pour le moment.
Publié le 12/02/2010
"Il n'y a pas de vagues de suicides" à France Télécom, affirme ainsi René Padieu, inspecteur général honoraire de l'Insee, président de la commission de déontologie de la société française de statistique. "En 2007, on avait pour la population d'âge d'actif (20 et 60 ans) un taux de suicide de 19,6 suicides pour 100.000", explique-t-il. "24 suicides en 19 mois, cela fait 15 sur une année. L'entreprise compte à peu près 100.000 employés. Conclusion : on se suicide plutôt moins à France Télécom qu'ailleurs. Et semble-t-il, moins qu'il y a quelques années".
Parler des suicides montre le "mal-être social"
Alors, rien à signaler à France Télécom ? Pas exactement. Selon le chercheur, "ce qui fait sens ici n'est pas le chiffre lui-même, mais le fait de l'invoquer. Relevons que la révélations des suicides en cause suit la création, par un syndicat, d'un observatoire du stress : quand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître".
Ce que souhaite en fait ce chercheur à travers cette chronique publiée par La Croix, c'est remettre les choses en contexte. En usant de termes qui peuvent faire des vagues au vu du contexte social au sein de France Télécom, mais avec le souci d'éviter les confusions. Suicides et malaise social ne sont pas synonymes. "On regrettera que les drames humains que sont ces suicides - peu nombreux, certes, mais bien réels - soient instrumentalisés dans l'affrontement entre une direction et ses salariés : c'est indigne", dénonce ainsi René Padieu.
"Croire en l'existence de quelque chose qui n'est pas constitue ce qu'en psychiatrie on appelle un délire. Ici ce n'est personne en particulier, mais le corps social qui délire : salariés, direction, ministre, syndicat, journalistes, commentateurs, vous et moi tous ensemble", commente le chercheur. "Ce qui est dit dans ce délire n'est pas réel : c'est quand même un symptôme. Il signe quelque chose, un mal-être social".
Avec agence
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