Stéphane Richard © TF1Cela ressemble à un mea-culpa. Le nouveau numéro 2 de France Telecom, Stéphane Richard, a reconnu mercredi lors d'une visite à l'unité d'intervention technique de Lens, que l'entreprise était "peut-être allée trop loin" dans les mécanismes de contrôle des salariés du groupe. Le suicide d'un salarié, symptôme de la souffrance au travail à France Télécom pour les syndicats, n'a pas été reconnu comme accident de travail par une commission interne. Mais tout espoir n'est pas perdu pour les représentants syndicaux. Le malaise au sein du groupe, marqué par une vague de suicides de salariés, est loin d'être réglé, selon le rapport du cabinet Technologia. Les syndicats pointent une nouvelle fois la responsabilité de la direction. Ils ne sont guère enthousiasmés par le plan dévoilé cette semaine par la direction et destiné à lutter contre le malaise social : Sud-PTT le juge peu "audacieux", FO déplore son "retard" et la CFDT reste inquiète pour l'emploi. Derrière les suicides de salariés, c'est toute l'organisation du groupe, et son ancienne direction, qui se retrouvent mis en accusation par un rapport de l'inspection du travail. Deux salariés se sont donnés la mort cette semaine hors de leurs lieux de travail. "L'entreprise est sous le choc", déclare la direction qui ne privilégie aucune hypothèse pour le moment. Les méthodes de management sont-elles en cause ? Face à la vague de suicides chez France Télécom, reportage auprès de la communauté des DRH.
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Ces outils qui "ne sont pas destinés à contrôler la personne, mais plutôt la qualité de services que nous offrons à nos clients (...) peuvent procurer chez certains salariés un sentiment d'étouffement". C'est "ça qu'il faut certainement revoir", a dit le directeur des opérations France du groupe de télécommunications. "Ce qui me frappe, c'est tous ces messages de salariés qui me disent: 'on a perdu notre autonomie, on a des outils automatisés qui nous disent tout ce qu'il faut faire, et on a l'impression d'être des pions'. (...) A nous maintenant de les convaincre qu'on a mis en place ces outils pour les aider et améliorer nos services, mais que ceci ne doit pas se faire en créant de la souffrance", a-t-il déclaré.
"L'humain on l'oublie"
Le numéro 2 de France Télécom a également reconnu que l'organisation du groupe était "sans doute trop centralisée", et qu'il y avait une "nécessité de redonner de l'autonomie et des marges de manoeuvre au niveau local".
En marge de cette visite, une dizaine de salariés mécontents, brandissant des banderoles de la CGT, s'étaient rassemblés à l'extérieur du bâtiment pour réclamer "des annonces concrètes sur les conditions de travail des salariés qui souffrent un peu plus tous les jours". "France Télécom aujourd'hui c'est le fric, tout pour le fric, et l'humain on l'oublie", a dit Didier Castelain, délégué CGT, en fustigeant le recours massif à la sous-traitance dans les métiers techniques, et le manque de personnel sur le terrain.
Les syndicats claquent la porte
Mardi soir, un employé de France Télécom en arrêt maladie a tenté de se pendre mardi soir chez lui à Marseille, avant d'être sauvé de justesse par les pompiers. Ce cadre technique a envoyé un SMS d'adieu à un de ses managers et quelques-uns de ses collègues, qui ont immédiatement alerté les secours, a indiqué un porte-parole de France Télécom. Dans son message d'au revoir, empreint d'une grande douleur, dont l'AFP a eu connaissance, l'employé ne fait pas référence à ses conditions de travail. France Télécom a indiqué que Stéphane Richard, numéro deux de France Télécom, se rendrait jeudi sur le site marseillais concerné.
Les syndicats de France Télécom ont claqué la porte d'un comité central d'entreprise (CCE) de France Télécom, pour dénoncer un projet de la direction de mettre en place, selon eux, "un nouvel outil de flicage des salariés", dans les services d'interventions techniques. La direction a confirmé que tous les points à l'ordre du jour du CCE n'avait pas pu être étudiés, à cause du départ des organisations syndicales. "Toutes les organisations syndicales ont quitté la séance" pour s'opposer à un projet baptisé "UI excellence", a expliqué Christian Mathorel (CGT). "Il s'agit d'un nouveau projet de flicage pour les techniciens d'intervention", a-t-il précisé.
| Lagarde écrit aux entreprises dont l'Etat est actionnaire |
La ministre de l'Economie Christine Lagarde a écrit le 26 septembre aux entreprises dans lesquelles l'Etat est un actionnaire important pour leur demander d'être "exemplaires", après les suicides survenus à France Télécom, selon son entourage. "Tout effort d'adaptation qui serait nécessaire pour renforcer la compétitivité de votre entreprise doit impérativement être mené dans le cadre d'une stratégie durable d'accompagnement humain (...)", ecrit-elle. Christine Lagarde demande en conséquence aux entreprises concernées de l'informer de leur "politique de gestion provisionnelle des emplois et des compétences, ainsi que de la manière dont (elles) s'efforce(nt) de donner une meilleure visibilité à (leurs) collaborateurs". Aéroports de Paris, GDF Suez, Renault, Safran, Air France KLM, EADS ou la SNCF font partie des nombreuses entreprises dans lesquelles l'Etat possède une importante participation. |
(D'après agence)
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France Télécom: bras-de-fer autour d'un suicide emblématique
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