Le PDG de France Télécom est plus que jamais en délicatesse. Après un 25e suicide dans l'entreprise jeudi et les critiques de Nicolas Sarkozy sans nommer directement Didier Lombard, dans son interview au Figaro (lire notre article), Didier Lombard a été mis en cause vendredi par un membre du gouvernement et des syndicats dans la gestion des conséquences de la vague de suicides qui touche l'entreprise. Didier Lombard s'est rendu sur place en Bretagne jeudi pour leur exprimer son soutien, mais des délégués syndicaux ont déclaré à des médias qu'il n'avait rencontré qu'une poignée de personnes dans la soirée, au cours de laquelle il a affirmé vouloir "sortir de la spirale infernale", et avait décliné leur invitation de rester pour s'adresser à l'ensemble du personnel ce vendredi.
Au sein du gouvernement, la critique de la réaction affichée par Didier Lombard est donc venue vendredi du secrétaire d'Etat chargé de l'Emploi, Laurent Wauquiez. "La première chose, c'est le boulot interne de France Télécom: il est urgent qu'ils se retroussent les manches, et surtout que le P-DG donne le sentiment d'une empathie et qu'il aille à la rencontre de ses salariés, car je trouve qu'il ne l'a pas suffisamment fait jusqu'à présent", a-t-il dit sur Canal+. Le mois dernier, Didier Lombard avait dû présenter ses excuses après avoir parlé publiquement de la "mode des suicides". Le 5 octobre, son bras droit, Louis-Pierre Wenes, a été remplacé par Stéphane Richard, jusque là directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l'Economie. L'Etat reste le premier actionnaire de France Télécom, ancienne administration d'Etat devenue société anonyme en 1996, et dont l'actionnariat est majoritairement privé depuis 2004.
Lombard auditionné début novembre à l'Assemblée
Le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a de même, mais directement, critiqué la direction de France Télécom. "L'aveuglement de la direction, doublé d'un mépris profond pour les conditions de travail d'agents qui n'ont jamais démérité, est seul responsable de la crise traversée par cette entreprise", dit-il dans un communiqué. Suite de l'affaire, Didier Lombard sera auditionné durant "la première semaine de novembre" à l'Assemblée nationale, a annoncé vendredi le président de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, Pierre Méhaignerie (UMP).
Dans une interview au Figaro (de samedi), Didier Lombard exclut de démissionner. "Ce n'est pas quand le bateau est dans la tempête que le capitaine quitte le navire. Je dois l'amener à bon port, à un état d'entreprise humaine et prospère", déclare-t-il. "Tout ne peut pas changer en une semaine, mais d'ici deux mois la situation devrait être plus sereine", assure Didier Lombard. Le PDG ajoute que les salariés "ont tort de penser qu'on ne les aime plus" car "tout ce que l'on fait vise justement à permettre de les garder tous". "Nos salariés sont impliqués, motivés, dévoués. En dépit de la crise que nous traversons, ils travaillent, l'entreprise tourne", souligne le dirigeant. "Mais cet attachement viscéral à France Télécom fait aussi que certains attendent tout de l'entreprise, qui devient comme une grande famille où tout prend un tour affectif", poursuit-il. "Or, ils ont tort de penser qu'on ne les aime plus: tout ce qu'on fait vise justement à permettre de les garder tous."
Défilé en silence
En participant au défilé, "nous voulions témoigner qu'en tant que cadres dirigeants nous avons conscience de l'ampleur du malaise qui existe", résume le directeur exécutif en charge du marketing et de l'innovation de France Télécom. Les salariés du site France Télécom de Lannion, dans les Côtes d'Armor, ont de leur côté organisé vendredi une marche silencieuse en hommage à leur collègue qui s'est suicidé jeudi à son domicile. L'ensemble du personnel présent sur le site, qui compte environ 1.500 salariés, a débrayé pour se rassembler devant l'entreprise et respecter une minute de silence, avant un défilé auquel ont participé des dirigeants locaux et nationaux. "On est en colère, on attend des décisions et des changements radicaux", résume Sud PTT.
L'ingénieur de 48 ans qui travaillait sur ce site, considéré comme un des fleurons de France Télécom, s'est pendu jeudi chez lui en laissant une lettre d'explication. C'est le second suicide sur le site de Lannion et le 25e depuis qu'en février 2008 les syndicats ont commencé à tenir un décompte. Les salariés de Lannion ont demandé à la direction de "neutraliser" la journée de mardi, pour participer à des ateliers de réflexion consacrés aux chantiers de réforme lancés par la direction.
"Nous allons travailler d'arrache-pied pour mettre en place le climat de confiance et faire en sorte que ce drame absolu ne se reproduise plus", a assuré le directeur exécutif en charge du marketing et de l'innovation de France Télécom. La direction a prévu de mettre en place une cellule de soutien sur le site de Lannion à partir de lundi. Une ligne téléphonique nationale va aussi être ouverte "pour que ceux qui se sentent dans une situation d'urgence puissent s'exprimer" et être aidés par des professionnels de l'écoute psychologique.








