© AFP / M. MedinaLa surmortalité des naissains (les jeunes huîtres) a redémarré ce printemps dans les parcs ostréicoles français, sans que les scientifiques n'aient encore trouvé de solution pour enrayer le phénomène. Et face à cette crise récurrente qui menace leur survie, les ostréiculteurs ont décidé de venir manifester à Paris pour se faire entendre des pouvoirs publics. Avec un geste spectaculaire et symbolique : tôt mercredi matin, entre 200 et 300 producteurs d'huîtres ont bloqué le pont de l'Alma sur lequel ils ont déversé des dizaines de mètre cube de coquilles d'huître.
Ostréiculteurs, métier en voie de disparition ?
Pour la troisième année, les professionnels sont confrontés à une mortalité précoce et massive des jeunes huîtres. Un phénomène qui place les ostréiculteurs dans une situation financière très difficile.
Publié le 05/05/2010
Arrivés à 5 heures, ils ont paralysé à partir de 7 heures et pendant une demi-heure l'avenue Foch au milieu de laquelle ils ont mis à feu un canot rempli de coquilles d'huîtres et de bottes en plastique. "L'ostréiculture crève par l'indifférence des pouvoirs publics", "L'ostréiculteur en voie d'exctinction", "Sarko, sauve les ostréos !", pouvait-on lire sur les banderoles déployées par les manifestants. Le cortège, composé d'une vingtaine de camionnettes remplies de coquilles d'huîtres, s'est ensuite dirigé vers le pont de l'Alma, sur lequel débouche l'avenue Foch, dans le même quartier. Une délégation a ensuite été reçue au ministère de l'Agriculture, où Bruno le Maire a annoncé la tenue d'assises de la conchyliculture au cours du mois de juin.
"Une vraie catastrophe"
"C'est une vraie catastrophe, les pouvoirs publics ne se rendent pas compte mais dans deux ans, on n'aura plus d'huîtres", a déploré Louis Cardonnel, un ostréiculteur normand. "On n'en peut plus, on subit les tempêtes, la crise, les fermetures administratives et là, la surmortalité. Il faut vraiment que les pouvoirs publics réagissent", a abondé Renan Henry, le président du Comité de survie de l'ostréiculture, lui-même ostréiculteur à Saint-Philibert.
En 2009, la surmortalité des naissains a atteint 80 à 100% sur certains lots d'huîtres creuses, selon l'Ifremer. Le phénomène menacerait un quart des 4200 entreprises conchylicoles, selon le Comité national de la conchyliculture. Comme il faut trois ans pour élever une huître, la surmortalité des naissains apparue en 2008 va commencer à se faire sentir sur les étals en fin d'année. Le phénomène apparaît dramatiquement lié à la montée de la température de l'eau de mer ; or celle-ci s'est faite très tôt cette saison. En Méditerranée, "on est reparti dans un processus de surmortalité avec 15 jours d'avance", selon Nathalie Cochennec-Laureau, responsable à l'Ifremer du projet "surmortalité des huîtres juvéniles". La température de l'eau est "montée très vite", atteignant le seuil fatidique des 16°C à partir duquel le virus responsable de la surmortalité de la Crassostrea Gigas (huître creuse) est particulièrement virulent, note-t-elle.
La faute en revient à l'herpès virus OsHV-1, souvent combiné à une bactérie (V. Splendidus). Celui-ci s'attaque aux cellules de l'huître et les conduit à s'autodétruire quand le mollusque est en période de reproduction, donc affaibli. Depuis 2008, ce virus a vu son génome légèrement muter pour une raison que les scientifiques ignorent. Le phénomène naturel de mortalité qui touchait auparavant "entre 10 et 40% des lots testés", s'est alors accentué, touchant désormais entre 60 et 100% des prélèvements effectués par les Affaires maritimes, précise Nathalie Cochennec-Laureau. "Le virus est connu depuis le début des années 1970. (...) Mais les chercheurs savent très peu de choses sur le mécanisme de défense des mollusques", note la scientifique. Les huîtres ne possèdent pas de système immunitaire classique avec production d'anticorps, rendant toute vaccination impossible. Un traitement médicamenteux s'avèrerait également "impossible dans un milieu ouvert comme la mer", souligne la scientifique.
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